En cours

jeudi 7 septembre 2017 § Commentaires fermés sur En cours § permalink

Je poursuis sur ce blog l’écriture d’un texte poétique sur l’anatomie des sens, de poèmes phonétiques destinés à la performance, de poésies numériques et transmédias, d’une série de textes sur les néotopies et de quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Pour mes performances et textes (hors livres) non inclus dans ce blog, voir ma page sur remue.net et d’autres revues. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux plus anciens.

Little boy – Lawrence Ferlinghetti (en anglais)

lundi 8 juin 2020 § Commentaires fermés sur Little boy – Lawrence Ferlinghetti (en anglais) § permalink

image of the paper cover

Pour une fois commençons par l’objet. D’habitude, je n’aime pas les livres cartonnés et les surcouvertures – ça a sûrement un nom qui m’échappe – ici les deux sont magnifiques. Et puis surtout, sur la page de mention de l’éditeur (Doubleday), il y a le tampon de CityLights Bookstore, la librairie fondée par l’auteur, où les amis qui m’ont amené le livre l’ont acheté. Sur la surcouverture, il y a écrit A novel, mais la forme de ce roman est un immense poème en prose, sans aucune ponctuation, où les scansions qui délimitent des sortes de phrases sont signalées par une majuscule sans point avant et les très rares paragraphes commencent par une préposition, une conjonction ou un bref adverbe écrit tout en majuscules. Lu comme un roman, on s’y égare parfois, mais lu comme un poème en prose, à voix haute ou intérieure, ça coule de source.

Lawrence Ferlinghetti a écrit ce livre pendant sa 99ème année, même si son éditeur a choisi de le publier à l’occasion de son centième anniversaire pour la première occurence du Ferlinghetti Day décrété par la municipalité de San Francisco pour tous les 24 mars à venir. En le lisant, l’idée que je puisse avoir encore une trentaine d’années pour écrire, fut-ce des textes bien moins remarquables, m’a un instant visité mais j’ai préféré en revenir à l’ignorance du temps qui me reste. Little Boy commence par une narration de la vie de sa mère et des circonstances de sa petite enfance. Plus loin, il dit de son enfance : This is how rebels are fomented. Et comme nous sommes quelques-uns à bientôt fomenter des indocilités poétiques pour la troisième édition du festival de poésie-performance Ourdir, je me suis émerveillé qu’en anglais on puisse être fomenté.

Après que Ferlinghetti nous ait montré que, s’il voulait, il pourrait être un maître de la narration plus classique, un tourbillon gigantesque se lève qui brasse le sexe, l’amour, la démographie, les animaux, la culture, l’écriture, la science, les crises écologiques, le bouddhisme, son café de North Beach1, Paris, le débarquement en Normandie, les rencontres avec les écrivains, et à nouveau ou toujours l’amour et le sexe. Les coulées verbales s’enchaînent et se répètent avec variations, contradiction même parfois, car le microphone est dans la pensée et la pensée n’a pas peur de se contredire. C’est magnifique. À la fin il retourne, non je n’ai pas le droit de vous dire où puisque c’est la fin, quelle que soit mon envie car ce lieu improbable, je le connais, je l’ai parcouru dans mon premier voyage dans le pays où mes parents se sont rencontrés. Au passage Ferlinghetti écrit aussi sur ce qu’il est en train d’écrire, et dans un de ces passages, il énonce une sorte de programme pour la poésie et le roman contemporains :

… a poem with an invisible subject like a novel that has no plot but wanders around, in which its characters wander around through life in what would appear to be an aimless fashion, or at least with no steady intention or aim, and in the end, even the author has no idea where his back is headed or will end up, just like life itself, and if art is supposed to imitate life we are left with a masterpiece the past a heap of broken images and the future an infinite no -man’s-land…

  1. Cafe Trieste. []

Pour les petits-enfants confinés

mercredi 3 juin 2020 § Commentaires fermés sur Pour les petits-enfants confinés § permalink

Au début du confinement au Royaume-Uni, j’ai écrit quatre poèmes pour mes petits-enfants, chacun décliné en français et en anglais. En français, ces poèmes suivent la forme de mes quatrains inspirés de la poésie Tang, avec quelques exceptions à l’alternance des terminaisons féminines et masculines. En anglais, ils restent pentasyllabiques, mais sont dominés par la multiplicité des assonances et allitérations qui ont fait de l’anglais une des langues privilégiées des comptines pour enfants.

Arthur

Arthur s’aventure                     Arthur ventures
au fond du jardin                     up in the garden
tout un univers                       with his giant boots
à portée de bottes                    from stars to planets
Léon

le plus doux des lions                the coolest lion
il rugit et griffe                    he roars and scratches
ou est-ce qu'il miaule                or does he miaow
et fait des calins                    and give cuddles
Lucie

Lucie lit un livre                     Lucie reads a book
à sa sœur assise                       sister sits in wonder
planètes rangées                       the planets queuing
pour entrer en classe                  before class starts
Chloé

ses yeux comme bouches                 eyes like two mouths
prêtes à dévorer                       ready to swallow
le monde tout cru                      the whole word raw
et nous tous avec                      and you together

133-134. Assemblée

dimanche 19 avril 2020 § Commentaires fermés sur 133-134. Assemblée § permalink

canins ou humains
les trotteurs s'agitent
tirant maladroits
chacun sur sa laisse

insus les décrets
du conseil félin
en session nocturne
sur moult toitures

132. Cinquième motif

samedi 18 avril 2020 § Commentaires fermés sur 132. Cinquième motif § permalink

traces hésitantes
des coureurs épars
cernes dans la ville
aussitôt gommés

Où sommes-nous enfermés ?

dimanche 12 avril 2020 § 2 commentaires § permalink

Lu ce matin un texte de Paul B. Preciado, précieux commentateur des bio-politiques. Il se termine par ceci :

Pendant des années, nous avons placé les migrants et les réfugiés dans des centres de détention, limbes politiques sans droit et sans citoyenneté, perpétuelles salles d’attente. Maintenant, c’est nous qui vivons dans les centres de détention de nos propres maisons.

Dans le chapitre 57 – rassurez-vous, ils sont courts – de Sœur(s), écrit au printemps 2017, j’ai mis dans la voix intérieure de la mère d’une jeune fille, ces mots :

Elle dit, vous ne savez pas reconnaître les camps d’internement des Roms d’il y a 80 ans parce que maintenant les barbelés sont tout autour de nous et on les parque, les nomades d’aujourd’hui, dans des espaces interstitiels de plus en plus réduits entre nos propres zones d’internement. Elle dit, même les généreux s’y retrouvent murés, un geste pour rendre ces interstices un peu plus vivables est aussitôt détruit parce qu’on les rétrécit, qu’on les pourrit, mais au moins ceux qui essayent les voient, ceux qui sont dedans. Elle dit que nous méritons bien d’être parqués dans notre grand camp de consommation forcée et de travaux bureaucratisés.

» Lire la suite «

Roman

lundi 23 mars 2020 § Commentaires fermés sur Roman § permalink

L’écoulement incessant du monologue intérieur
Nathalie Sarraute, Forme et contenu du roman

On pourrait appeler ça une narration polyphonique à base de micro-chapitres émanant de voix intérieures à l’écriture plus ou moins poétique. Mais pourquoi faire si compliqué ? Jacques Rancière dans le premier texte du Fil du roman, Nathalie Sarraute dans L’ère du soupçon et dans Forme et contenu du roman 1, Virginia Woolf dans Les vagues, John Berger dans G 2 et Pierre Bergougnoux dans B17-G, ont démontré par la théorie ou par la pratique l’extrême résilience du mot roman face aux mutations de ce qu’il désigne. Si on voulait l’abandonner, il faudrait comme Antoine Volodine avec ses narrats et entrevoûtes déconstruire le mot en multiples formes, ce à quoi je n’oserais prétendre pour un premier essai. C’est donc bien un roman que dans six mois jour pour jour, les Éditions publie.net – Littérature{s} et Bifurcations vous proposeront. Je ne vous dirai rien ici de ce qu’il narre. Juste du chemin qui m’y a conduit.

Les visiteurs de mon Atelier de bricolage littéraire y ont trouvé des explorations poétiques assez éclectiques et des fictions brèves, souvent sérielles. Ils ont vu les publications s’y raréfier, en partie parce que les expériences poétiques que sont mes morphoses ne se prêtent à mon sens à la publication qu’après qu’elles aient suffisamment existé dans les performances et parce que je me suis investi dans des projets d’écriture de longue haleine que je n’ai, à quelques exceptions près, pas souhaité publier par morceaux. Encore un donc, qui, infidèle à la poésie, s’en irait parcourir les terres déjà labourées du roman. Pourtant, ce départ est un retour. Pas seulement parce que mes premiers textes, il y a près de 50 ans, furent des nouvelles. Lorsqu’à partir de 2005, j’ai décidé de prendre l’écriture littéraire au sérieux (ce qui n’exclut pas de s’y amuser), c’est à un projet de roman que j’ai travaillé pendant cinq ans. Ce fut un total échec si l’on mesure en nombre de pages produites. Disons que j’y exploré quelques formes stylistiques qui restent utiles pour mon écriture de fiction et surtout compris, à la dure, ce qu’il ne me fallait pas faire. Avoir un plan, un schéma narratif, des personnages et des thèmes, et travailler de façon descendante à remplir des cases, voilà pour moi la recette de l’échec. D’accord, quelques séances avec une animatrice d’atelier d’écriture qui comprendrait ma visée m’auraient appris beaucoup plus rapidement à éviter ces écueils, mais il a des choses qu’il faut apprendre par l’expérience. Pas tant pour les savoir, mais pour savoir quoi faire d’autre.

Se situer comme un modeste pion dans la lignée esquissée plus haut ne dispense pas d’innover, pas pour le principe d’innover, mais parce que de nouvelles visions de ce qu’il fait sens d’écrire dans le monde contemporain sont apparues. Je les résumerait en deux exigences : qu’est-ce qu’un collectif enraciné dans une multitude de singularités et, pour suivre J. G. Ballard, quand la réalité dépasse la fiction comment l’écriture peut-elle mettre au jour des possibles inaperçus ?

Sœur(s) est né de trois voix, un il, une elle et un groupe qui représente ceux qui pensent gérer le grand tout du monde que certains appellent système, que Fernand Braudel disait être irreprésentable 3. Je ne saurais jamais si c’est pure chance ou intuitions bienveillantes, mais ces trois voix, qui parlent sans se connaître, ont tissé toutes les histoires qui s’ensuivent, ont interagi, appelé d’autres voix, qui forment elles un collectif. C’est ainsi que Sœur(s) s’est écrit par mon clavier, dans un orage quotidien pendant cinq mois, c’est par ces voix qu’il y a une sœur et des sœur(s), qu’Éros joue des tours à Thanatos et réciproquement, bref, que c’est un roman. Après, il y a eu plusieurs années de transpiration sporadique pour élaguer ce qu’il y avait de trop et ne laisser que l’os du récit et celui des mots. Ce fut un travail avec d’autres, parfois dans une vibrante sympathie et parfois dans le rebond qu’autorise un retour qui souligne négativement ce que à quoi justement on tient. Ce n’est pas à moi de dire ce que vaut le résultat, mais, dans ma surprise que ce livre existe (aujourd’hui dans tous ses morceaux, même s’il n’est pas encore un objet physique ou numérique), je suis impatient qu’il soit dans vos mains. Son devenir vous appartiendra, il vous appartient déjà.

Mieussy, 12-13 mars 2020

  1. Merci à François Bon de sa lecture du texte de cette conférence. []
  2. J’écris ces lignes de son village de Mieussy. []
  3. Dans Civilisation matérielle, Economie et Capitalisme, Armand Colin, 1986. []

131. Printemps

dimanche 22 mars 2020 § Commentaires fermés sur 131. Printemps § permalink

splendeur matinale
couple de mésanges
butinant nectar
puis vol sans confins

seul le poème a pu capturer l’instant, mais voici une fleur éclose

orchidée

130. Dans la forêt

mardi 10 mars 2020 § Commentaires fermés sur 130. Dans la forêt § permalink

strates de neige

aux flancs de la trace
un mètre de neige
les sapins chargés
et nos cœurs légers

Initiation au ski dans l’anthropocène finissant

mercredi 26 février 2020 § Commentaires fermés sur Initiation au ski dans l’anthropocène finissant § permalink

Mi-février, la montagne a son costume de juin. Le temps au beau fixe finit par coller sur le paysage une couche d’irréalité. Asthmes et virus variés aidant, l’assez mal nommé écobuage (en fait, c’est aujourd’hui un brûlis sur pied des broussailles et arbustes, voir cet article de wikipedia) combiné à l’inversion de température rend l’air irrespirable, la fumée s’étale en bandes horizontales en dessous desquelles la moins visible pollution automobile et chauffagière exerce ses effets. Les petits sont là, cinq et trois ans, plus tard ils chausseront les skis de randonnée dans une forme ou une autre, mais pour l’instant il revient aux grands-parents de leur faire franchir quelques étapes préliminaires : monter en canard ou escalier, glisser, tourner, s’arrêter. On pourrait sans doute s’en passer, mais les monitrices et moniteurs retraités mobilisés pour cette semaine d’affluence ont quelques techniques pédagogiques qui nous feront gagner du temps. On s’embarque donc pour 30 km en voiture puisque les endroits où habiter agréablement sont assez loin de ceux que les stations ont occupés et histoire d’ajouter nos particules fines à nous à celles déjà présentes. Le petiot s’endort, sa tête abandonnée valse dans le siège bébé et à l’arrivée, il trouve à son goût la quasi-fraîcheur et poursuit sa sieste. La montagne est brune et poussiéreuse, rayée de lignes blanches légèrement obliques, appelées pistes. Comme l’isotherme 0° C nocturne est à 3500 m certaines nuits, les canons à neige sont au chômage technique et des tracteurs tirent de grosses carrioles remplies de neige venue des hauteurs et les déversent pour que les dameuses les étalent sur les pistes. Dans les régions plus riches, des hélicoptères s’en chargent et aux pays de l’or noir, on réfrigère directement le désert. Le parking est plein et le petiot dort toujours.
» Lire la suite «

129. Provisoirement

dimanche 12 janvier 2020 § Commentaires fermés sur 129. Provisoirement § permalink

provisoirement
momentanément
passagèrement
transitoirement

128. Vertiges

dimanche 29 décembre 2019 § Commentaires fermés sur 128. Vertiges § permalink

vue du pic de Pan

sur le pic de Pan
croquante des monts
mais où donc le dire
du vertige d'elle

127. Vague

mercredi 4 décembre 2019 § Commentaires fermés sur 127. Vague § permalink

rouge matinal
sur la mer du ciel
des nuées la vague
coulant sur la grève

Naissance de la parole

mercredi 6 novembre 2019 § Commentaires fermés sur Naissance de la parole § permalink

quatre mois et un jour
retrouve sa maison

C’est elle qui parle d’abord
puis sa mère questionne
sa joie du retour
des jouets retrouvés
du voyage

Quatre phrases d’elle1
plus loin sa soeur
parle à son père
» Lire la suite «

  1. Les questions de la mère ont été supprimées de l’enregistrement. []

Croire aux fauves – Nastassja Martin

dimanche 3 novembre 2019 § Commentaires fermés sur Croire aux fauves – Nastassja Martin § permalink

Je chronique à nouveau un livre de Nastassja Martin ici. Deux raisons pour cette réitération : bien sûr le fait que ces deux livres comptent particulièrement pour moi, mais aussi le sentiment que cette seconde note de lecture est une sorte de continuation de la première, et l’occasion de mieux exprimer ce qui m’importe dans le traitement littéraire des relations entre humains et animaux ou plus généralement avec des entités que nous pouvons reconnaître comme des sortes de personnes.

Dans la première note, portant sur le livre issu de la thèse d’anthropologie de Nastassja Martin, j’écrivais ceci :

…j’ai lu tout le livre comme un texte littéraire, même les parties où elle décortique de la façon la plus méthodique possible ce qu’elle observe. Et ce ne fut pas en vain, car ils sont nombreux les passages où, au détour d’une phrase, elle montre ce qu’elle pourrait faire dans ce registre…

C’est dire le bonheur que j’ai eu à découvrir en Croire aux Fauves la preuve qu’elle avait suivi ce chemin que sans doute elle avait déjà l’intention de parcourir. Mais Croire aux fauves n’est pas un roman, c’est un récit, et le récit d’une rencontre violente avec une personne-ours, des séquelles de cette violence (l’ours n’en est pas sorti indemne non plus), de ce qu’elle a dû traverser pour renaître comme une autre personne et pourtant la même. Pourtant la même parce que dans les mots des Évènes du Kamtchatka, elle était déjà mathukha (ourse humaine) et qu’après la rencontre elle va devenir miedka (moitié-moitié femme et ourse). J’écris dans le train de retour des Pyrénées, terre d’adoption, où les rencontres entre ours, brebis et bergers se font sous le signe d’une autre violence. Ces derniers temps, certains ours sont saisis d’une fureur qui paraît folle, ils tuent les brebis en masse, directement ou en les poursuivant jusqu’à ce qu’elles sautent des barres rocheuses, ils défigurent les vaches en les griffant sauvagement. Ces ours ont subi eux-mêmes une violence que les commentateurs négligent, celle d’avoir été transplantés de Slovénie dans les Pyrénées. Les bergers espagnols disent que les Slovènes ont envoyé en France des ours violents, semblables au lion qui tue trop de vaches et qu’il faut chasser dans La chasse au lion à l’arc de Jean Rouch. Mais je pencherais plutôt pour le traumatisme de la transplantation, de la perte du territoire, d’ailleurs ils parcourent dans les Pyrénées des distances très inhabituelles et erratiques.
» Lire la suite «

Jam session à Anglesey abbey

dimanche 22 septembre 2019 § Commentaires fermés sur Jam session à Anglesey abbey § permalink

l’été prolongé
d’un jour en automne
autour les sous-bois
jonchés de cyclamens

sur le gazon
allongée près de son père
paupières fermées
soleil dans les yeux

onze semaines
elle aussi se mêle
aux conversations

à côté sa mère et une amie
chantent avec grande sœur
et l’autre enfante

difficile de suivre le rythme
mais elle y parvient
applaudissements
puis again
et démarre aussitôt

126. Arachnes

lundi 22 juillet 2019 § Commentaires fermés sur 126. Arachnes § permalink

gouttes de rosée
sur toiles d'arachnes
comme les insectes
ma pensée piégée

Lecture

lundi 22 juillet 2019 § Commentaires fermés sur Lecture § permalink

la petite sœur a une semaine
la grande – 31 mois
lui lit un livre
pas choisi par hasard

Pip and Posy : The new friend 1

Elle tourne les pages
pour se souvenir
de l’histoire
qu’elle résume

en désordre
Posy likes Pip
does not like Zac
… at start but after2
Pozac (poor Zac) Pozac
3

la petite écoute
en agitant les bras
signe d’intérêt préhensile
puis profite de silences
pour glisser ses sons
à elle dans la lecture

Mais quelle histoire
raconte-t-elle ?

  1. Axel Scheffter, Pip and Posy: The New friend, Nosy Crow. []
  2. Là, c’est moi qui résume. []
  3. Une mouette lui vole son goûter et il se révèle digne d’intérêt. []

Nommer

jeudi 4 juillet 2019 § Commentaires fermés sur Nommer § permalink

quatre heures du matin
dans le nord d’ici
déjà la lumière du jour
il n’y a pas de rideaux

on a pris le babyphone
pour que les parents dorment
et dans le silence
juste un mot
ni crié ni murmuré
rien que dit

Chloé

le nom
de sa petite sœur
née il y a deux jours

répondant peut-être à
un pleur ou une première voyelle

en la nommant
elle la fait exister
pas de toutes pièces
d’une qui vient d’elle
petit morceau rajouté
au grand puzzle d’un être

125. Sombré

vendredi 21 juin 2019 § Commentaires fermés sur 125. Sombré § permalink

sombré en sommeil
obscurité rouge
compagnie de poème1
de corps et d'absence
  1. Laurine Rousselet, Nuit témoin, Éditions Isabelle Sauvage. []

Les narrantes

mercredi 29 mai 2019 § Commentaires fermés sur Les narrantes § permalink

Ceci est le quarante-deuxième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Nous ne savons quoi faire de cet homo narrans devenu peu à peu homo publicans. Shahryar s’affole, tout à coup mille et une Shéhérazade se présentent à lui.
Lionel Ruffel, Trompe-la-mort, Verdier, 2019

L’information clé est la surrection d’un mouvement furtif dans la cité et plus généralement l’alterville. Avec pour mots d’ordre la fuite, l’invisibilité, l’intraçabilité, le brouillage, le flou.
Alain Damasio, Les furtifs, La Volte, 2019.

C’est une histoire de récits. Pas de romans nationaux. Ni des grands récits des avenirs radieux. Encore moins du story-telling de communicants. Pas même de ce que les anglophones appellent des narratives en se lamentant qu’on ne sache plus en produire qui soulèveraient les foules. Non, plutôt des récits semblables par leur multiplicité aux narrats post-exotiques, parce qu’ils permettent de continuer à vivre dans des temps et des lieux invivables, mais différents, parce qu’ils font vivre des agrégats, comme des organismes mono-cellulaires dont l’assemblage dessinerait des possibles devenirs sociaux.

Dans les ruines de l’université, il en était un qui s’intéressait depuis longtemps aux narrations, multiples par le nombre de récits mais aussi de celles qui les racontent, narrations qui trompent la mort ou rouvrent la vie après elle, comme les Mille et une nuits et le Décaméron. Il se demandait quels récits contemporains auraient la force dans des temps mortifères d’ouvrir des chemins qui valent. Il pensa les trouver dans certains projets d’écriture collective, plus ou moins anonymes, qui avaient suscité l’ire de politiques en quête d’ennemis intérieurs pour compléter l’invocation du risque terroriste et des submersions migratoires. Leur pitoyable échec à transformer les œuvres textuelles en preuves de méfaits matériels nous avaient il est vrai bien fait rire, même si leur obstination augurait mal des lendemains. En prime, la contestation – toute relative – de la position d’auteur dans ces textes avait de quoi séduire le narratologue. Ces textes, cependant, souffraient d’une étrange habitude, loin enracinée, qui consiste à ne s’enthousiasmer que pour une population indéterminée, supposée réunie dans des territoires temporairement libérés, chaque individu considéré en particulier trouvant peu de grâce à leurs yeux surtout s’il se mêle de penser un peu différemment. Même si on se réjouissait des déconvenues des croque-morts, il y avait finalement un risque à les laisser désigner en les stigmatisant les récits qui nous rouvriraient la vie. Un autre narrateur, issu d’une frange considérée comme marginale, avait longtemps mûri un narrat nettement plus inclusif, où des constructeurs de cabanes, des hackers voisinaient avec des proferrants (faisant cours au hasard des lieux délaissés), des constructeurs d’armes neutralisant celles qu’on dit non létales, des philologues, des permacultivateurs et des écholologues1. Il n’est pas sûr que les narrantes en aient eu connaissance.
» Lire la suite «

  1. J’utilise ce terme, dû à @echolology, en référence aux activités d’analyse et de production sonores d’un des personnages des Furtifs. []