En cours

jeudi 7 septembre 2017 § Commentaires fermés sur En cours § permalink

Je poursuis sur ce blog l’écriture d’un texte poétique sur l’anatomie des sens, de poèmes phonétiques destinés à la performance, de poésies numériques et transmédias, d’une série de textes sur les néotopies et de quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux plus anciens.

Ombre et reflets

lundi 30 juillet 2018 § Commentaires fermés sur Ombre et reflets § permalink

après le trop fidèle reflet
vient l’ombre
corps projeté
en infinies déformations

épousant
le terrain de jeu
du monde bosselé
allongée
au couchant soleil
raccourcie
dans les montées

elle suit
le départ de la course
est-ce avec un léger retard ?

bras et jambes
s’y tordent et ondulent

pour Murakami1
une sorte d’âme
dont la perte
nous prive
de liberté et d’amour

soudain l’enfante
découvre le voile
à la fenêtre
tôle ondulée pour son ombre

elle voudrait y amener
tout son monde
une feuille de caoutchouc
pour commencer

et soudain prodige
le reflet dans la vitre
se mêle à l’ombre
son visage habite l’ombre
l’une contour
et l’autre texture

c’est d’une indicible
beauté
qu’elle sait
vérifie qu’on regarde
y revient

y aura-t-il
jamais
pareil
pouvoir sur le monde

  1. dans La fin des temps, Points / Seuil, trad. Corinne Atlan, 2001. []

112. Ben Lomond

samedi 21 juillet 2018 § Commentaires fermés sur 112. Ben Lomond § permalink

moutons parsemés
massifs d'épilobes
des fourmis humaines
chatouillant le ciel

and for our Scottish hosts:

sheep sprinkled on fields
beds of fireweeds
dots of human ants
tickling sky and clouds
Loch Lomond vu de Ben Lomond

Mer

mardi 10 juillet 2018 § Commentaires fermés sur Mer § permalink

d’abord parler aux vagues
leur dire de venir
parfois rétives
puis toujours
obéissantes

tendre le seau
pour recueillir l’offrande
quelques pas en arrière
et verser une libation
sur le reflux mousseux

répéter mille fois
gestes rythmés par
l’horloge marine
inlassables et doux

mots indistincts
de contentement
d’être une pièce
dans le grand être du monde

plus rien n’existe
si les vagues grandissent
elles l’emporteront
mais oseraient-elles
pense le gardien

il mine mentalement
le geste de le rattraper
soudain il se retourne
juste un regard
mais non bien sûr

111. Nage

dimanche 8 juillet 2018 § Commentaires fermés sur 111. Nage § permalink

dans l'onde sans fin
poursuivant la nage
compagnie des morts
à chaque brassée

110. Alarmes

dimanche 1 juillet 2018 § Commentaires fermés sur 110. Alarmes § permalink

ramassées nocturnes
nos âcres alarmes
liqueur révoltée
pour quels lendemains

109. Matin

mardi 26 juin 2018 § Commentaires fermés sur 109. Matin § permalink

brume au grand matin
la peau frémissante
comme à mes seize ans
d'une amour première

Changer de place – Une réflexion

lundi 11 juin 2018 § Commentaires fermés sur Changer de place – Une réflexion § permalink

Je traduis ici une réflexion poétique et phénoménologique de Tina Turco (@larosaturca), dont le texte original italien est reproduit plus bas.


Changer de place – Une réflexion

Je voudrais me souvenir du chant des oiseaux en ce jour, plus touchant aujourd’hui que jamais, doux et mélodieux, scandé d’accents plus délicats et lents, conversant parfois presque comme des oiseaux nouvellement nés; le chant du merle, surtout.

Une chose inouïe s’est produite aujourd’hui pour mon propre chant : quelques vers que je considérais depuis plusieurs semaines comme perdus dans la source indistincte de l’oubli, me sont non seulement revenus à l’esprit au réveil, mais en remontant le fil de cette résurgence, je compris qu’ils m’avaient été rendus parce que je m’étais trouvée physiquement, quelques jours auparavant, dans un endroit qui possédait une affinité essentielle avec ces vers perdus…

Avec quelle surprise m’est alors apparue la prémonition permise par l’écriture poétique, mais aussi le pouvoir intrinsèque de la poésie à entre-mettre différents lieux; à permettre l’expérience sans passer par la sensation physique, et à pourtant s’incarner.

Ici, les vers que je pensais perdus, et dont je doutais qu’ils soient vraiment inspirés, parce qu’ils ne faisaient pas suite à une expérience de vie dans le monde – se réduisant presque à un exercice mental – avaient en fait précédé mon expérience, me permettant de cueillir directement un concentré de sens dans un déplacement qui surpasse1 l’expérience physique de la dimension spatio-temporelle.


Vorrei ricordare oggi i canti degli uccelli, toccanti oggi più di sempre, melodiosi e dolci, marcati da cadenze più soavi, piani e quasi discorsivi a tratti come fossero di uccelli nuovi ; più di tutti, i canti del merlo.

Qualcosa d’inaudito si è compiuto oggi anche per il mio canto : alcuni versi che da settimane consideravo perduti ormai nell’indistinta fonte di Oblio, non solo mi ritornavano alla mente al risveglio, ma riattingendoli comprendevo che ciò poteva accedere grazie al fatto di essermi trovata fisicamente, qualche giorno prima, in un luogo che era per essenza affine ai versi perduti…..

Con quale sorpresa allora ho visto il potere predittivo di poetare, e anche la facoltà intrinseca di Poesia di tra — durci in luoghi diversi ; consentendo l’esperienza senza passare da quella fisica sensoriale, e tuttavia incarnandosi.

Ecco, quei versi che credevo perduti e che dubitavo fossero davvero ispirati perché non erano successivi a un’esperienza viva nel mondo – quasi fossero soltanto un esercizio mentale – in realtà avevano preceduto la mia esperienza, offrendomi di cogliere un distillato di senso direttamente in un moto a luogo che sopravanza l’esperienza fisica della dimensione spazio-temporale.

  1. J’aurais personnellement écrit précède et dépasse mais surpasse est la traduction exacte. []

Lecture

mercredi 30 mai 2018 § Commentaires fermés sur Lecture § permalink

dix-neuf mois
tournant les pages
d’un livre

à chacune une phrase
énoncée en silence
des lèvres
et de la langue
sans aucun son

sa parole muette s’arrête
pour tourner la suivante
l’énoncé porte bien
sur la page

elle conte une histoire
rapide, saccadée
une récitation presque
récapitulant son savoir
de ce qui se passe
inscrit dans les images
et les textes

à la fin du livre
une mosaïque de vignettes
présente les autres
de la collection

elle s’arrête
les examine longtemps
puis repart au début du livre
et reprend
le moulin à lire

108. Exhalaisons

lundi 21 mai 2018 § Commentaires fermés sur 108. Exhalaisons § permalink

soleil matin tôt
réveil des senteurs
énivrée de menthe
splendeur de la sauge

sauge

107. Pissenlits

samedi 21 avril 2018 § Commentaires fermés sur 107. Pissenlits § permalink

une armée d'aigrettes
attendant le vent
nul souffle en moi
que de toi la trace

106. Poulain

samedi 21 avril 2018 § Commentaires fermés sur 106. Poulain § permalink

chevaux immobiles
course du poulain
sur immenses pattes
comme un trait de feu

104-105. Enclaves

vendredi 6 avril 2018 § Commentaires fermés sur 104-105. Enclaves § permalink

Rochers des enclaves
sommet aplati
dans la mer du ciel
Mont-Blanc et Jorasses

le tambour du temps
manque une systole
une éternité
dans la montagne

103. Éclaircie

mercredi 4 avril 2018 § Commentaires fermés sur 103. Éclaircie § permalink

masses presque noires
des pins sur la neige
mauvais temps bientôt
gris intempéries

101-102. Sull’Isola Grande di Brissago

samedi 31 mars 2018 § Commentaires fermés sur 101-102. Sull’Isola Grande di Brissago § permalink

cygnes endormis
au pied des bambous
un souffle de brume
au jardin magique

panneaux de mémoire
d'un monde enfoui
ailleurs aujourd'hui
ceux qui le jardinent

cygnes endormis sous les bambous

Mort d’un cheval dans les bras de sa mère – Jane Sautière

jeudi 1 mars 2018 § Commentaires fermés sur Mort d’un cheval dans les bras de sa mère – Jane Sautière § permalink

Il y a des notes de lecture qui doivent commencer par se situer, non pas par rapport à l’auteure, mais pour expliciter d’où on lit son livre. Nous vivons une époque où des penseurs très divers repensent les relations entre les humains d’une part et les animaux, les plantes, la nature en général, mais aussi certains éléments culturels comme la mémoire des disparus, les esprits qui paraissent habiter le monde dans certaines cultures. Cette reconsidération me paraît être hautement salutaire parce qu’en replaçant les êtres humains dans des réseaux de relations avec leur environnement, elle s’affronte à la mégalomanie et au réductionnisme qui jettent une humanité qui se croirait maîtresse de l’univers dans les pires exactions, y compris à son propre égard. Je me suis notamment passionné pour les approches de courants contemporains de l’anthropologie comme le perspectivisme d’Eduardo Viveiros de Castro et l’école de Philippe Descola, avec une mention spéciale des travaux de Nastassja Martin. Ces travaux portent à l’origine sur des civilisations de chasseurs-cueilleurs, de l’Amazonie à la Sibérie et l’Arctique, civilisations souvent dites animistes, parce qu’elles considèrent les animaux et plus généralement les êtres visibles et invisibles dont ils se sentent entourés comme des personnes, et même, pensent que les animaux eux-mêmes nous pensent comme une sorte particulière d’animaux. Alors que les chasseurs-cueilleurs considèrent les animaux domestiques comme privés de leur âme, en comparaison des animaux sauvages, des théories semblables ont aussi émergé pour analyser les rapports de civilisations d’éleveurs aux animaux qu’ils élèvent, puis même les rapports des humains contemporains aux animaux domestiques. Les auteurs concernés prêtent une attention particulière aux perspectives sur le monde que procure le fait d’avoir un corps, qu’il soit de chat ou de vache, d’humain ou même d’arbre. Ou plutôt à ce que nous humains pouvons imaginer que sont ces perspectives. Cela crée, selon moi, une affinité particulière entre ces penseurs et la phénoménologie d’un Merleau-Ponty. Et tous sont traversés d’un curieux rapport à la littérature, qui les fascine, qu’ils ne peuvent parfois pas se retenir de pratiquer, mais dont ils se sentent forcés de s’écarter pour satisfaire aux règles de leurs disciplines.

Ce qui rend le livre Mort d’un cheval dans les bras de sa mère de Jane Sautière si important, outre la beauté et l’économie de son écriture, c’est qu’elle fait le chemin en sens inverse, et armée de l’attention au détail, de l’empathie et du scrupule à tout écart à la vérité sentie et au souci éthique, elle nous offre une anthropologie domestique et urbaine sans pareille. Il y a d’abord, mais aussi au bout du compte, l’attention à l’animal en nous sans nier ce qui nous en sépare et la responsabilité qui en résulte, ici s’adressant aux animaux :
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100. TGL

mardi 27 février 2018 § Commentaires fermés sur 100. TGL § permalink

à Dax la mangrove
l'Adour débordant
du train la lenteur
nous rend au paysage

99. Réveil

dimanche 25 février 2018 § Commentaires fermés sur 99. Réveil § permalink

le soleil soudain
paupières brûlantes
réveil rouge vif
et nos corps s'ajourent

Triangle

vendredi 26 janvier 2018 § Commentaires fermés sur Triangle § permalink

quatorze mois chaque
l’une sur le genou droit
l’autre genou gauche
d’elle qui lit
à voix haute un livre

du genou droit
il se met à parler
mêlant aux mots contés
un récit incompris de nous
mais pas de l’une

elle quitte le livre des yeux
qui se portent
sur le visage de l’autre
scrutent ses lèvres
lisent son intention
à des signes invisibles

ce qu’elle apprend là
nul ne pourrait l’enseigner
elle boit une pensée
au fil de la parole

comme plus tard adulte
on guettera les mots
murmurés indéchiffrables
par l’aimé.e rêvant

96-97-98. Zigzags de vie

lundi 1 janvier 2018 § Commentaires fermés sur 96-97-98. Zigzags de vie § permalink

arbres alignés
en droites et biais
rien pas une aiguille
sol nu de la pinède

obscure tristesse
des plantes saisies
par la mort terreuse
hiver d'agonie

et dans ce caveau
un zigzag de lueurs
une pause tendre
de reviviscence

suscité par une œuvre de Kalage Prod et une suggestion de Jean-Dominique Fleury.

95. Deux bouleaux

samedi 30 décembre 2017 § Commentaires fermés sur 95. Deux bouleaux § permalink

deux bouleaux

deux bouleaux s'élèvent
au ciel comme peint
leur beauté fragile
le cœur douloureux