En cours

jeudi 7 septembre 2017 § Commentaires fermés sur En cours § permalink

Je poursuis sur ce blog l’écriture d’un texte poétique sur l’anatomie des sens, de poèmes phonétiques destinés à la performance, de poésies numériques et transmédias, d’une série de textes sur les néotopies et de quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Pour mes performances et textes (hors livres) non inclus dans ce blog, voir ma page sur remue.net et d’autres revues. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux plus anciens.

Naturalisme et animisme

samedi 20 mars 2021 § Commentaires fermés sur Naturalisme et animisme § permalink

la conversation se déroule dans la chambre où ils ont rapproché leurs lits.

L. (4 ans) : « A circle has no end. »
A. (6 ans) : « The universe has no end either1. »
L. : « Oui mais mon blutak2 est plus grand que ton bébé panda roux donc c’est lui qui sait »

Mal en point dans la disputation
L. y substitue celle des peluches
au rapport de forces inversé

en Oxfordshire
on n’est pas loin des daemons
de Philip Pullman3
ils habitent les peluches
et prennent quelques libertés

  1. Leur mère est astrophysicienne. []
  2. Bébé manchot dans un dessin animé, ici pingouin en peluche. []
  3. Voir ses trilogies His Dark Materials et The Book of Dust. []

152-153. Signes

mercredi 24 février 2021 § Commentaires fermés sur 152-153. Signes § permalink

des non-humains parfois
laissent une marque
à notre attention
si souvent distraite

quel présent inouï
qu'au détour des pas
celui de l'écorce
fendue de ce hêtre

151. Sirocco

dimanche 21 février 2021 § Commentaires fermés sur 151. Sirocco § permalink

sirocco brûlant
troublant l'air d'ici
de quel erg tes sables,
nos neiges absentes

148-150. Hêtres

vendredi 19 février 2021 § Commentaires fermés sur 148-150. Hêtres § permalink

désordre de feuilles
à peine visibles
les traces d'humains
trop raide chemin

la crête calcaire
vertige d'avens
les pas hésitants
sur l'arête grise

et soudain surgi
un océan de hêtres
bientôt le dédale
perdues nos pensées

Contrarticuler

vendredi 12 février 2021 § Commentaires fermés sur Contrarticuler § permalink

Je suis heureux de partager ici cet écho en français de la puissance d’évocation poétique de Tina Turco
VO : Contro—articolare


Contrarticuler

Donner forme est un effort musculaire
La force du tronc, la force hoquetante et aveugle
de la
volonté
de vivre, qui ne peut : exister

Redonner à la brise l’inflammation douloureuse de cette odeur d’herbe et du parfum doux-amer de fleurs

lui assigner lit
et domicile

la lisser
juste un souffle, l’aimer en secret
la guérir
de
temps.

Les lois de l’ascension – Céline Curiol

jeudi 4 février 2021 § Commentaires fermés sur Les lois de l’ascension – Céline Curiol § permalink

Dans la première partie de son livre Le fil perdu, essais sur la fiction moderne, Jacques Rancière caractérise la transmutation du roman à l’âge moderne comme une révolution démocratique. Elle place à égalité les sujets de fiction en y installant les vies ordinaires, mais aussi les modes de récit en faisant place aux surprises, au hasard, à la contingence. La littérature n’est plus forcément mise en scène dans des styles normés de personnages héroïques reliés par des intrigues magistrales relevant de la nécessité ou de la vraisemblance. Il y a donc des livres qui explorent l’ordinaire dont nous sommes faits, les liens que le tissu social, les coïncidences, les ressources imprévues qui nichent en nous ou le désir tissent pour le pire et le meilleur. Mais Rancière affirme également que cette révolution démocratique est inachevée1, car elle laisse intacte la différence de position entre celui qui écrit et ceux qui sont écrits ou lisent. C’est dans l’inachèvement de cette révolution que se tient la variété des efforts du roman contemporain : les chemins sont multiples pour tenter de dépasser ce qui reste une limite de la démocratie littéraire.

Certains comme Gabriel Franck dans Laques ont choisi l’écriture fragmentaire laissant à charge du lecteur ce qui sépare les fragments, d’autres des écritures polyphoniques ou la multiplicité des voix est elle-même démocratie, d’autres d’éroder la distinction entre auteur et personnage en faisant du premier son propre objet de récit, d’autres encore comme Hélène Bessette dans 20 minutes de silence ou Philippe de Jonckheere dans Une fuite en Égypte de parcourir à chaque instant plusieurs possibles ou comme Paul Auster2 de suivre plusieurs voies dans le dépliement du récit de 4-3-2-1. D’autres enfin, dont Céline Curiol elle-même, ont mêlé les genres en se tenant aux confins des essais et de la poésie.

Dans Les lois de l’ascension, Céline Curiol associe plusieurs de ces chemins d’écriture, tout en innovant sur un point particulier et important. Quelques précisions sur le dispositif du livre : il se déroule sur quatre journées réparties sur les quatre saisons d’une année, et dans chacune, six chapitres se succèdent, dans un ordre fixe, narrant chacun la journée d’un personnage. Si l’on excepte deux sœurs, ces personnages ont tout pour ne pas se rencontrer, si ce n’est des coïncidences, de nom, de lieu, de hasards. Autour d’eux gravitent des personnages secondaires… qui ne le sont pas. On suit donc deux sœurs engagées dans des carrières professionnelles où elles tentent de faire vivre l’exigence du bien commun tout en y recherchant tout de même la reconnaissance d’institutions qui ont d’autres visées, une jeune femme dérivant des études vers un travail prolétarisé et l’hôpital psychiatrique, un immigré à la fin de son parcours professionnel dans une association de soutien qui cultive un jardin secret poétique, un psychanalyste en quête de reconnaissance publique qui au passage néglige sa famille et ceux qui l’entourent et un jeune en pleine radicalisation.
» Lire la suite «

  1. En particulier dans les chapitres consacrés à la poésie et le théâtre. []
  2. Que Celine Curiol a traduit et à qui elle fait hommage de son livre. []

Intervention au Chandrabhaga Poetry Festival – 9 janvier 2021 – FR/EN

jeudi 28 janvier 2021 § Commentaires fermés sur Intervention au Chandrabhaga Poetry Festival – 9 janvier 2021 – FR/EN § permalink

Au Chandrabhaga Poetry Festival le 9 janvier 2021.

Intervention dans la session « French poetry » animée par Guilhem Fabre et co-organisée par les éditions Phloème. Merci à Savita Singh et Ashwani Kumar pour l’invitation. Vous pouvez visionner l’ensemble de la session ici.

L’animisme des enfants

lundi 14 décembre 2020 § Commentaires fermés sur L’animisme des enfants § permalink

L. (4 ans) dessine un paysage
avec des arbres
à un moment délicieux

tous transpire d’amour
et gribouillé le mot love
envahit tout les blancs

Le soleil va se coucher
et c’est ce qu’il va faire
et c’est pourquoi
il n’y a
qu’un petit bout de soleil

And when it rises in the morning, I always send a letter to somebody … and the sun gives a lovely kiss to the mind of its little sun…


L’écriture d’après, c’est pendant

vendredi 4 décembre 2020 § Commentaires fermés sur L’écriture d’après, c’est pendant § permalink

Comme je ne peux pas vous répéter tout le temps que Sœur(s) est bien et qu’il faut le lire, vu que d’autres l’ont déjà dit et que les lieux et activités où vous pourriez rencontrer le livre et son auteur sont en stand-by, sauf le site de l’éditeur et celui de certains libraires, j’ai décidé, une fois n’est pas coutume, de vous parler de ce qui m’occupe – écriture et lectures – depuis février dernier. Février, ce n’était pas le début de la pandémie mais le début de notre prise de conscience de son impact. C’était aussi le moment où la revue Squeeze a annoncé que son prochain appel à textes porterait sur le thème Après la guerre et que la date limite était fin avril 2020. Je m’y suis mis lentement, la pandémie avait envahi ma vie quotidienne et mes efforts intellectuels. Ce retard fut bénéfique en me conduisant à écrire un texte sur l’après d’une guerre qui serait aussi l’après de la pandémie d’après, pas celle dans laquelle nous sommes encore plongés mais celle qui surviendra si nous ne tirons pas à temps les leçons de la présente. Ce texte, vous pouvez le lire. Je l’ai envoyé à une amie et elle m’a dit : « tu écris un autre roman ! ». En fait, j’avais essayé d’en écrire deux autres qui étaient plus ou moins en hibernation et je n’avais pas du tout l’intention de me lancer dans un troisième deuxième roman. C’est le constat – elle n’a pas dit « tu devrais en faire un roman », mais « tu écris un autre roman ! » ‐ qui a précipité les choses.

Je vois venir la déception de ceux qui redoutent une nième dystopie post-apocalyptique. Il n’y a pas de doute, c’est post-apocalyptique, mais vu qu’il y a trop-plein de dystopies, je n’en fait pas une de plus, tandis que les néotopies pas gnan-gnan, il n’y en a pas tant que ça. Évidemment, je ne vais pas vous raconter, mais pas de raison de vous cacher le continent que j’explore. Depuis des décennies, l’une des sources de ma réflexion et de mes écrits est l’anthropologie. Comme tous les amateurs investis, j’y ai picoré avec éclectisme, mais rétrospectivement on peut quand même y discerner une lignée rassemblant dans le désordre Marcel Mauss, André Leroi-Gourhan, Claude Levi-Strauss, Philippe Descola, Eduardo Viveiros de Castro et Nastassja Martin, avec en contrepoint la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty poursuivie par Gilbert Simondon puis Bernard Stiegler, les approches post-darwiniennes de l’évolution (Stephen Jay Gould et son influence sur Baptiste Morizot) et les approches artistiques et militantes de Claudia Andujar. Si je cite ces noms fameux, ce n’est pas pour me réclamer de leur auctorité, mais parce qu’aujourd’hui, la prise en compte de leurs pensées converge vers deux questions fondamentales pour notre temps :

  • Dans le contexte de la crise écologique au sens large (y compris social, sanitaire et éthique), peut-on construire un pacte du vivant qui combinerait une forme d’animisme à ethos de réciprocité1 et la rationalité du naturalisme qui semble s’y opposer en tous points ?
  • Quelles relations établir avec les objets techniques qui externalisent des processus mentaux humains2 et à travers eux avec ceux qui les conçoivent ?

Nous sommes très nombreux à tenter de répondre à la première question et ce bouillonnement est fertile. En 2005, Philippe Descola se moquait gentiment du néo-chamanisme mais aujourd’hui il s’agit d’autre chose que de singer des rites. Il s’agit de penser des droits, de construire des communs, des systèmes d’échange et des politiques à échelles multiples, dans lesquels les entités variées qui constituent le vivant aient une place, sans oublier pour autant que communs, échanges et politiques sont des concepts humains. Je m’efforce de contribuer à ces efforts, mais mon sentiment est que Baptiste Morizot dans le champ de la philosophie et Nastassja Martin dans celui de la littérature3 ont une bonne longueur d’avance.

La seconde question, celle d’un ethos de la conception et de la relation aux machines, suscite de grands bavardages, mais je pense avoir une sorte de devoir, surtout après la disparition de Bernard Stiegler, de continuer d’y ouvrir, dans le champ de la littérature, puisque c’est celui où j’agis aujourd’hui, de nouveaux chemins du possible. Mon roman en cours, qui n’a pas encore de titre, laboure cette question des relations avec les machines (vous verrez pourquoi j’utilise cette métaphore agricole). Il utilise un dispositif narratif très différent de celui de Sœur(s), mais j’espère qu’il joindra un jour l’agréable à l’utile pour ses lectrices et lecteurs. En attendant, je rame et transpire, mais c’est la vie.

  1. Pour la diversité des éthos qui peuvent être associés aux grandes fondations des identités, voir la partie « Écologie des relations » de Par-delà nature et culture de Philippe Descola. []
  2. Et pour qui donc les humains constituent un milieu associé et réciproquement ils constituent un milieu associé du développement humain. []
  3. Surtout si elle franchit le pas qui mène du récit à la fiction. []

147. Cap de la lune

lundi 30 novembre 2020 § Commentaires fermés sur 147. Cap de la lune § permalink

quelques jours par an
le Cap des Ventails1
enfante la lune
qui sur son flanc roule
  1. Cap des vents : sur les cartes Cap des Bentails. []

146. Pleine

dimanche 29 novembre 2020 § Commentaires fermés sur 146. Pleine § permalink

pleine, émergente
derrière les monts
la lune visite
Jupiter et Mars1
  1. Jupiter à 180° dans le ciel, Mars plus haut à 90°. []

145. Lune

lundi 23 novembre 2020 § Commentaires fermés sur 145. Lune § permalink

paysage soir

lune de huit jours
veille sur le ciel
le soleil dessine
ses traces ultimes

Actualité

jeudi 8 octobre 2020 § Commentaires fermés sur Actualité § permalink

Dans mon roman Sœurs la surveillance généralisée est présente comme un environnement factuel de nos sociétés. Sœurs n’est pas un livre sur la surveillance, il n’en rajoute pas une couche, comme le ferait une dystopie qui aurait bien du mal à surpasser la réalité de ce qui se passe dans le Xinjiang pour les Ouighours ou même de ce que nous mijotent les politiciens de chez nous. Sœurs donne la voix à l’incomplétude de chacun, à l’incertitude et la force des amours, aux pouvoirs de la langue quand on la libère de de ses usages polluants, aux tours que jouent le hasard. Le récit prend les choses par en bas, si vous y cherchez les GAFAM, vous les trouverez sous la forme de startuppers minables qui ont oublié de s’arrêter de grandir à temps. Cet en bas, c’est celui des degrés de liberté qui restent et où se construisent des sororités, de celles qui ont aussi une place pour les hommes et les frères pour le jour où on inscrira Liberté-Égalité-Sororité aux frontons des mairies et des écoles. Mais tout de même, il serait dommage de se passer d’un petit coup de main promotionnel dont un livre publié par une maison d’édition indépendante a bien besoin.

Nous avons donc embauché très temporairement les promoteurs de ce qu’un article du Monde d’hier appelle :

des méthodes d’enquête – certes encadrées – de plus en plus tournées vers la captation en temps réel, le « prédictif », et de facto relevant pour beaucoup du domaine du renseignement. Notamment grâce à l’utilisation d’une méthode contestée qui doit faire l’objet, en France, d’un débat parlementaire en 2021 : la détection de menace par algorithme.

Cela fait un moment qu’ils étaient là, comme le racontent dans Sœur(s) les membres d’un groupe d’enquêteurs plutôt limiteurs de dégâts mais radicalement dépassés par le cours des choses. Car si vous cherchez des menaces par algorithmes, soyez rassurés, vous en trouverez, et ceux qui ne sont pas encore suspects le deviendront vite une fois qu’ils auront subi quelques conséquences de leur détection. Et je parle de toutes les menaces, par exemple les tenues qui portent atteinte à l’ordre républicain ou les croyances qui ne seraient pas compatibles avec les valeurs dont la Constitution de la République Française ne dit rien car elle n’emploie le mot valeur que deux fois dans l’expression « mise en valeur de l’environnement. »1

Pour faire face aux dangers de la détection de menaces par algorithme, présente dans Sœurs sous le nom de révélation de culpabilité potentielle, il nous faut accroître le nombre de suspects, ce que je vous invite à faire en achetant et lisant le livre sans tarder.

  1. A l’opposé, la Charte des droits fondamentaux de l’Union europénenne inclut trois mentions des valeurs dans son préambule, dont l’une a suscité d’importants débats du fait de l’inclusion de « consciente de son patrimoine spirituel et moral ». []

Douce menace

vendredi 4 septembre 2020 § Commentaires fermés sur Douce menace § permalink

Un temps trop parfait
immobile comme une menace
les monts méditent sur notre sort
la terre du jardin
nous comble de dons
~
Le bourdonnement de la centrale
prépare les lumières artificielles
déjà quelques réverbères
mais je mange sans allumer
dans le soir qui tombe
Jupiter déjà haute
annonce l’automne
la nuit
dépose son tissu de soie.

144. Cumulo-Nimbus

lundi 17 août 2020 § Commentaires fermés sur 144. Cumulo-Nimbus § permalink

au lieu de l'orage
quelques térawatts
sans un bruit s'absentent
dans le ciel en feu

143. Soir

mercredi 5 août 2020 § Commentaires fermés sur 143. Soir § permalink

un temps de syncope
tout l'air s'est gelé
la chaleur nocturne
et nos tremblements

Little boy – Lawrence Ferlinghetti (en anglais)

lundi 8 juin 2020 § Commentaires fermés sur Little boy – Lawrence Ferlinghetti (en anglais) § permalink

image of the paper cover

Pour une fois commençons par l’objet. D’habitude, je n’aime pas les livres cartonnés et les surcouvertures – ça a sûrement un nom qui m’échappe – ici les deux sont magnifiques. Et puis surtout, sur la page de mention de l’éditeur (Doubleday), il y a le tampon de CityLights Bookstore, la librairie fondée par l’auteur, où les amis qui m’ont amené le livre l’ont acheté. Sur la surcouverture, il y a écrit A novel, mais la forme de ce roman est un immense poème en prose, sans aucune ponctuation, où les scansions qui délimitent des sortes de phrases sont signalées par une majuscule sans point avant et les très rares paragraphes commencent par une préposition, une conjonction ou un bref adverbe écrit tout en majuscules. Lu comme un roman, on s’y égare parfois, mais lu comme un poème en prose, à voix haute ou intérieure, ça coule de source.

Lawrence Ferlinghetti a écrit ce livre pendant sa 99ème année, même si son éditeur a choisi de le publier à l’occasion de son centième anniversaire pour la première occurence du Ferlinghetti Day décrété par la municipalité de San Francisco pour tous les 24 mars à venir. En le lisant, l’idée que je puisse avoir encore une trentaine d’années pour écrire, fut-ce des textes bien moins remarquables, m’a un instant visité mais j’ai préféré en revenir à l’ignorance du temps qui me reste. Little Boy commence par une narration de la vie de sa mère et des circonstances de sa petite enfance. Plus loin, il dit de son enfance : This is how rebels are fomented. Et comme nous sommes quelques-uns à bientôt fomenter des indocilités poétiques pour la troisième édition du festival de poésie-performance Ourdir, je me suis émerveillé qu’en anglais on puisse être fomenté.

Après que Ferlinghetti nous ait montré que, s’il voulait, il pourrait être un maître de la narration plus classique, un tourbillon gigantesque se lève qui brasse le sexe, l’amour, la démographie, les animaux, la culture, l’écriture, la science, les crises écologiques, le bouddhisme, son café de North Beach1, Paris, le débarquement en Normandie, les rencontres avec les écrivains, et à nouveau ou toujours l’amour et le sexe. Les coulées verbales s’enchaînent et se répètent avec variations, contradiction même parfois, car le microphone est dans la pensée et la pensée n’a pas peur de se contredire. C’est magnifique. À la fin il retourne, non je n’ai pas le droit de vous dire où puisque c’est la fin, quelle que soit mon envie car ce lieu improbable, je le connais, je l’ai parcouru dans mon premier voyage dans le pays où mes parents se sont rencontrés. Au passage Ferlinghetti écrit aussi sur ce qu’il est en train d’écrire, et dans un de ces passages, il énonce une sorte de programme pour la poésie et le roman contemporains :

… a poem with an invisible subject like a novel that has no plot but wanders around, in which its characters wander around through life in what would appear to be an aimless fashion, or at least with no steady intention or aim, and in the end, even the author has no idea where his back is headed or will end up, just like life itself, and if art is supposed to imitate life we are left with a masterpiece the past a heap of broken images and the future an infinite no -man’s-land…

  1. Cafe Trieste. []

Pour les petits-enfants confinés

mercredi 3 juin 2020 § Commentaires fermés sur Pour les petits-enfants confinés § permalink

Au début du confinement au Royaume-Uni, j’ai écrit quatre poèmes pour mes petits-enfants, chacun décliné en français et en anglais. En français, ces poèmes suivent la forme de mes quatrains inspirés de la poésie Tang, avec quelques exceptions à l’alternance des terminaisons féminines et masculines. En anglais, ils restent pentasyllabiques, mais sont dominés par la multiplicité des assonances et allitérations qui ont fait de l’anglais une des langues privilégiées des comptines pour enfants.

Arthur

Arthur s’aventure                     Arthur ventures
au fond du jardin                     up in the garden
tout un univers                       with his giant boots
à portée de bottes                    from stars to planets
Léon

le plus doux des lions                the coolest lion
il rugit et griffe                    he roars and scratches
ou est-ce qu'il miaule                or does he miaow
et fait des calins                    and give cuddles
Lucie

Lucie lit un livre                     Lucie reads a book
à sa sœur assise                       sister sits in wonder
planètes rangées                       the planets queuing
pour entrer en classe                  before class starts
Chloé

ses yeux comme bouches                 eyes like two mouths
prêtes à dévorer                       ready to swallow
le monde tout cru                      the whole word raw
et nous tous avec                      and you together

133-134. Assemblée

dimanche 19 avril 2020 § Commentaires fermés sur 133-134. Assemblée § permalink

canins ou humains
les trotteurs s'agitent
tirant maladroits
chacun sur sa laisse

insus les décrets
du conseil félin
en session nocturne
sur moult toitures

132. Cinquième motif

samedi 18 avril 2020 § Commentaires fermés sur 132. Cinquième motif § permalink

traces hésitantes
des coureurs épars
cernes dans la ville
aussitôt gommés