En cours

jeudi 7 septembre 2017 § Commentaires fermés sur En cours § permalink

Je poursuis sur ce blog l’écriture d’un texte poétique sur l’anatomie des sens, de poèmes phonétiques destinés à la performance, de poésies numériques et transmédias, d’une série de textes sur les néotopies et de quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Pour mes performances et textes (hors livres) non inclus dans ce blog, voir ma page sur remue.net et d’autres revues. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux plus anciens.

L’animisme des enfants

lundi 14 décembre 2020 § Commentaires fermés sur L’animisme des enfants § permalink

L. (4 ans) dessine un paysage
avec des arbres
à un moment délicieux

tous transpire d’amour
et gribouillé le mot love
envahit tout les blancs

Le soleil va se coucher
et c’est ce qu’il va faire
et c’est pourquoi
il n’y a
qu’un petit bout de soleil

And when it rises in the morning, I always send a letter to somebody … and the sun gives a lovely kiss to the mind of its little sun…


L’écriture d’après, c’est pendant

vendredi 4 décembre 2020 § Commentaires fermés sur L’écriture d’après, c’est pendant § permalink

Comme je ne peux pas vous répéter tout le temps que Sœur(s) est bien et qu’il faut le lire, vu que d’autres l’ont déjà dit et que les lieux et activités où vous pourriez rencontrer le livre et son auteur sont en stand-by, sauf le site de l’éditeur et celui de certains libraires, j’ai décidé, une fois n’est pas coutume, de vous parler de ce qui m’occupe – écriture et lectures – depuis février dernier. Février, ce n’était pas le début de la pandémie mais le début de notre prise de conscience de son impact. C’était aussi le moment où la revue Squeeze a annoncé que son prochain appel à textes porterait sur le thème Après la guerre et que la date limite était fin avril 2020. Je m’y suis mis lentement, la pandémie avait envahi ma vie quotidienne et mes efforts intellectuels. Ce retard fut bénéfique en me conduisant à écrire un texte sur l’après d’une guerre qui serait aussi l’après de la pandémie d’après, pas celle dans laquelle nous sommes encore plongés mais celle qui surviendra si nous ne tirons pas à temps les leçons de la présente. Ce texte, vous pouvez le lire. Je l’ai envoyé à une amie et elle m’a dit : « tu écris un autre roman ! ». En fait, j’avais essayé d’en écrire deux autres qui étaient plus ou moins en hibernation et je n’avais pas du tout l’intention de me lancer dans un troisième deuxième roman. C’est le constat – elle n’a pas dit « tu devrais en faire un roman », mais « tu écris un autre roman ! » ‐ qui a précipité les choses.

Je vois venir la déception de ceux qui redoutent une nième dystopie post-apocalyptique. Il n’y a pas de doute, c’est post-apocalyptique, mais vu qu’il y a trop-plein de dystopies, je n’en fait pas une de plus, tandis que les néotopies pas gnan-gnan, il n’y en a pas tant que ça. Évidemment, je ne vais pas vous raconter, mais pas de raison de vous cacher le continent que j’explore. Depuis des décennies, l’une des sources de ma réflexion et de mes écrits est l’anthropologie. Comme tous les amateurs investis, j’y ai picoré avec éclectisme, mais rétrospectivement on peut quand même y discerner une lignée rassemblant dans le désordre Marcel Mauss, André Leroi-Gourhan, Claude Levi-Strauss, Philippe Descola, Eduardo Viveiros de Castro et Nastassja Martin, avec en contrepoint la phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty poursuivie par Gilbert Simondon puis Bernard Stiegler, les approches post-darwiniennes de l’évolution (Stephen Jay Gould et son influence sur Baptiste Morizot) et les approches artistiques et militantes de Claudia Andujar. Si je cite ces noms fameux, ce n’est pas pour me réclamer de leur auctorité, mais parce qu’aujourd’hui, la prise en compte de leurs pensées converge vers deux questions fondamentales pour notre temps :

  • Dans le contexte de la crise écologique au sens large (y compris social, sanitaire et éthique), peut-on construire un pacte du vivant qui combinerait une forme d’animisme à ethos de réciprocité1 et la rationalité du naturalisme qui semble s’y opposer en tous points ?
  • Quelles relations établir avec les objets techniques qui externalisent des processus mentaux humains2 et à travers eux avec ceux qui les conçoivent ?

Nous sommes très nombreux à tenter de répondre à la première question et ce bouillonnement est fertile. En 2005, Philippe Descola se moquait gentiment du néo-chamanisme mais aujourd’hui il s’agit d’autre chose que de singer des rites. Il s’agit de penser des droits, de construire des communs, des systèmes d’échange et des politiques à échelles multiples, dans lesquels les entités variées qui constituent le vivant aient une place, sans oublier pour autant que communs, échanges et politiques sont des concepts humains. Je m’efforce de contribuer à ces efforts, mais mon sentiment est que Baptiste Morizot dans le champ de la philosophie et Nastassja Martin dans celui de la littérature3 ont une bonne longueur d’avance.

La seconde question, celle d’un ethos de la conception et de la relation aux machines, suscite de grands bavardages, mais je pense avoir une sorte de devoir, surtout après la disparition de Bernard Stiegler, de continuer d’y ouvrir, dans le champ de la littérature, puisque c’est celui où j’agis aujourd’hui, de nouveaux chemins du possible. Mon roman en cours, qui n’a pas encore de titre, laboure cette question des relations avec les machines (vous verrez pourquoi j’utilise cette métaphore agricole). Il utilise un dispositif narratif très différent de celui de Sœur(s), mais j’espère qu’il joindra un jour l’agréable à l’utile pour ses lectrices et lecteurs. En attendant, je rame et transpire, mais c’est la vie.

  1. Pour la diversité des éthos qui peuvent être associés aux grandes fondations des identités, voir la partie « Écologie des relations » de Par-delà nature et culture de Philippe Descola. []
  2. Et pour qui donc les humains constituent un milieu associé et réciproquement ils constituent un milieu associé du développement humain. []
  3. Surtout si elle franchit le pas qui mène du récit à la fiction. []

147. Cap de la lune

lundi 30 novembre 2020 § Commentaires fermés sur 147. Cap de la lune § permalink

quelques jours par an
le Cap des Ventails1
enfante la lune
qui sur son flanc roule
  1. Cap des vents : sur les cartes Cap des Bentails. []

146. Pleine

dimanche 29 novembre 2020 § Commentaires fermés sur 146. Pleine § permalink

pleine, émergente
derrière les monts
la lune visite
Jupiter et Mars1
  1. Jupiter à 180° dans le ciel, Mars plus haut à 90°. []

145. Lune

lundi 23 novembre 2020 § Commentaires fermés sur 145. Lune § permalink

paysage soir

lune de huit jours
veille sur le ciel
le soleil dessine
ses traces ultimes

Actualité

jeudi 8 octobre 2020 § Commentaires fermés sur Actualité § permalink

Dans mon roman Sœurs la surveillance généralisée est présente comme un environnement factuel de nos sociétés. Sœurs n’est pas un livre sur la surveillance, il n’en rajoute pas une couche, comme le ferait une dystopie qui aurait bien du mal à surpasser la réalité de ce qui se passe dans le Xinjiang pour les Ouighours ou même de ce que nous mijotent les politiciens de chez nous. Sœurs donne la voix à l’incomplétude de chacun, à l’incertitude et la force des amours, aux pouvoirs de la langue quand on la libère de de ses usages polluants, aux tours que jouent le hasard. Le récit prend les choses par en bas, si vous y cherchez les GAFAM, vous les trouverez sous la forme de startuppers minables qui ont oublié de s’arrêter de grandir à temps. Cet en bas, c’est celui des degrés de liberté qui restent et où se construisent des sororités, de celles qui ont aussi une place pour les hommes et les frères pour le jour où on inscrira Liberté-Égalité-Sororité aux frontons des mairies et des écoles. Mais tout de même, il serait dommage de se passer d’un petit coup de main promotionnel dont un livre publié par une maison d’édition indépendante a bien besoin.

Nous avons donc embauché très temporairement les promoteurs de ce qu’un article du Monde d’hier appelle :

des méthodes d’enquête – certes encadrées – de plus en plus tournées vers la captation en temps réel, le « prédictif », et de facto relevant pour beaucoup du domaine du renseignement. Notamment grâce à l’utilisation d’une méthode contestée qui doit faire l’objet, en France, d’un débat parlementaire en 2021 : la détection de menace par algorithme.

Cela fait un moment qu’ils étaient là, comme le racontent dans Sœur(s) les membres d’un groupe d’enquêteurs plutôt limiteurs de dégâts mais radicalement dépassés par le cours des choses. Car si vous cherchez des menaces par algorithmes, soyez rassurés, vous en trouverez, et ceux qui ne sont pas encore suspects le deviendront vite une fois qu’ils auront subi quelques conséquences de leur détection. Et je parle de toutes les menaces, par exemple les tenues qui portent atteinte à l’ordre républicain ou les croyances qui ne seraient pas compatibles avec les valeurs dont la Constitution de la République Française ne dit rien car elle n’emploie le mot valeur que deux fois dans l’expression « mise en valeur de l’environnement. »1

Pour faire face aux dangers de la détection de menaces par algorithme, présente dans Sœurs sous le nom de révélation de culpabilité potentielle, il nous faut accroître le nombre de suspects, ce que je vous invite à faire en achetant et lisant le livre sans tarder.

  1. A l’opposé, la Charte des droits fondamentaux de l’Union europénenne inclut trois mentions des valeurs dans son préambule, dont l’une a suscité d’importants débats du fait de l’inclusion de « consciente de son patrimoine spirituel et moral ». []

Douce menace

vendredi 4 septembre 2020 § Commentaires fermés sur Douce menace § permalink

Un temps trop parfait
immobile comme une menace
les monts méditent sur notre sort
la terre du jardin
nous comble de dons
~
Le bourdonnement de la centrale
prépare les lumières artificielles
déjà quelques réverbères
mais je mange sans allumer
dans le soir qui tombe
Jupiter déjà haute
annonce l’automne
la nuit
dépose son tissu de soie.

144. Cumulo-Nimbus

lundi 17 août 2020 § Commentaires fermés sur 144. Cumulo-Nimbus § permalink

au lieu de l'orage
quelques térawatts
sans un bruit s'absentent
dans le ciel en feu

143. Soir

mercredi 5 août 2020 § Commentaires fermés sur 143. Soir § permalink

un temps de syncope
tout l'air s'est gelé
la chaleur nocturne
et nos tremblements

Little boy – Lawrence Ferlinghetti (en anglais)

lundi 8 juin 2020 § Commentaires fermés sur Little boy – Lawrence Ferlinghetti (en anglais) § permalink

image of the paper cover

Pour une fois commençons par l’objet. D’habitude, je n’aime pas les livres cartonnés et les surcouvertures – ça a sûrement un nom qui m’échappe – ici les deux sont magnifiques. Et puis surtout, sur la page de mention de l’éditeur (Doubleday), il y a le tampon de CityLights Bookstore, la librairie fondée par l’auteur, où les amis qui m’ont amené le livre l’ont acheté. Sur la surcouverture, il y a écrit A novel, mais la forme de ce roman est un immense poème en prose, sans aucune ponctuation, où les scansions qui délimitent des sortes de phrases sont signalées par une majuscule sans point avant et les très rares paragraphes commencent par une préposition, une conjonction ou un bref adverbe écrit tout en majuscules. Lu comme un roman, on s’y égare parfois, mais lu comme un poème en prose, à voix haute ou intérieure, ça coule de source.

Lawrence Ferlinghetti a écrit ce livre pendant sa 99ème année, même si son éditeur a choisi de le publier à l’occasion de son centième anniversaire pour la première occurence du Ferlinghetti Day décrété par la municipalité de San Francisco pour tous les 24 mars à venir. En le lisant, l’idée que je puisse avoir encore une trentaine d’années pour écrire, fut-ce des textes bien moins remarquables, m’a un instant visité mais j’ai préféré en revenir à l’ignorance du temps qui me reste. Little Boy commence par une narration de la vie de sa mère et des circonstances de sa petite enfance. Plus loin, il dit de son enfance : This is how rebels are fomented. Et comme nous sommes quelques-uns à bientôt fomenter des indocilités poétiques pour la troisième édition du festival de poésie-performance Ourdir, je me suis émerveillé qu’en anglais on puisse être fomenté.

Après que Ferlinghetti nous ait montré que, s’il voulait, il pourrait être un maître de la narration plus classique, un tourbillon gigantesque se lève qui brasse le sexe, l’amour, la démographie, les animaux, la culture, l’écriture, la science, les crises écologiques, le bouddhisme, son café de North Beach1, Paris, le débarquement en Normandie, les rencontres avec les écrivains, et à nouveau ou toujours l’amour et le sexe. Les coulées verbales s’enchaînent et se répètent avec variations, contradiction même parfois, car le microphone est dans la pensée et la pensée n’a pas peur de se contredire. C’est magnifique. À la fin il retourne, non je n’ai pas le droit de vous dire où puisque c’est la fin, quelle que soit mon envie car ce lieu improbable, je le connais, je l’ai parcouru dans mon premier voyage dans le pays où mes parents se sont rencontrés. Au passage Ferlinghetti écrit aussi sur ce qu’il est en train d’écrire, et dans un de ces passages, il énonce une sorte de programme pour la poésie et le roman contemporains :

… a poem with an invisible subject like a novel that has no plot but wanders around, in which its characters wander around through life in what would appear to be an aimless fashion, or at least with no steady intention or aim, and in the end, even the author has no idea where his back is headed or will end up, just like life itself, and if art is supposed to imitate life we are left with a masterpiece the past a heap of broken images and the future an infinite no -man’s-land…

  1. Cafe Trieste. []

Pour les petits-enfants confinés

mercredi 3 juin 2020 § Commentaires fermés sur Pour les petits-enfants confinés § permalink

Au début du confinement au Royaume-Uni, j’ai écrit quatre poèmes pour mes petits-enfants, chacun décliné en français et en anglais. En français, ces poèmes suivent la forme de mes quatrains inspirés de la poésie Tang, avec quelques exceptions à l’alternance des terminaisons féminines et masculines. En anglais, ils restent pentasyllabiques, mais sont dominés par la multiplicité des assonances et allitérations qui ont fait de l’anglais une des langues privilégiées des comptines pour enfants.

Arthur

Arthur s’aventure                     Arthur ventures
au fond du jardin                     up in the garden
tout un univers                       with his giant boots
à portée de bottes                    from stars to planets
Léon

le plus doux des lions                the coolest lion
il rugit et griffe                    he roars and scratches
ou est-ce qu'il miaule                or does he miaow
et fait des calins                    and give cuddles
Lucie

Lucie lit un livre                     Lucie reads a book
à sa sœur assise                       sister sits in wonder
planètes rangées                       the planets queuing
pour entrer en classe                  before class starts
Chloé

ses yeux comme bouches                 eyes like two mouths
prêtes à dévorer                       ready to swallow
le monde tout cru                      the whole word raw
et nous tous avec                      and you together

133-134. Assemblée

dimanche 19 avril 2020 § Commentaires fermés sur 133-134. Assemblée § permalink

canins ou humains
les trotteurs s'agitent
tirant maladroits
chacun sur sa laisse

insus les décrets
du conseil félin
en session nocturne
sur moult toitures

132. Cinquième motif

samedi 18 avril 2020 § Commentaires fermés sur 132. Cinquième motif § permalink

traces hésitantes
des coureurs épars
cernes dans la ville
aussitôt gommés

Où sommes-nous enfermés ?

dimanche 12 avril 2020 § 2 commentaires § permalink

Lu ce matin un texte de Paul B. Preciado, précieux commentateur des bio-politiques. Il se termine par ceci :

Pendant des années, nous avons placé les migrants et les réfugiés dans des centres de détention, limbes politiques sans droit et sans citoyenneté, perpétuelles salles d’attente. Maintenant, c’est nous qui vivons dans les centres de détention de nos propres maisons.

Dans le chapitre 57 – rassurez-vous, ils sont courts – de Sœur(s), écrit au printemps 2017, j’ai mis dans la voix intérieure de la mère d’une jeune fille, ces mots :

Elle dit, vous ne savez pas reconnaître les camps d’internement des Roms d’il y a 80 ans parce que maintenant les barbelés sont tout autour de nous et on les parque, les nomades d’aujourd’hui, dans des espaces interstitiels de plus en plus réduits entre nos propres zones d’internement. Elle dit, même les généreux s’y retrouvent murés, un geste pour rendre ces interstices un peu plus vivables est aussitôt détruit parce qu’on les rétrécit, qu’on les pourrit, mais au moins ceux qui essayent les voient, ceux qui sont dedans. Elle dit que nous méritons bien d’être parqués dans notre grand camp de consommation forcée et de travaux bureaucratisés.

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Roman

lundi 23 mars 2020 § Commentaires fermés sur Roman § permalink

L’écoulement incessant du monologue intérieur
Nathalie Sarraute, Forme et contenu du roman

On pourrait appeler ça une narration polyphonique à base de micro-chapitres émanant de voix intérieures à l’écriture plus ou moins poétique. Mais pourquoi faire si compliqué ? Jacques Rancière dans le premier texte du Fil du roman, Nathalie Sarraute dans L’ère du soupçon et dans Forme et contenu du roman 1, Virginia Woolf dans Les vagues, John Berger dans G 2 et Pierre Bergougnoux dans B17-G, ont démontré par la théorie ou par la pratique l’extrême résilience du mot roman face aux mutations de ce qu’il désigne. Si on voulait l’abandonner, il faudrait comme Antoine Volodine avec ses narrats et entrevoûtes déconstruire le mot en multiples formes, ce à quoi je n’oserais prétendre pour un premier essai. C’est donc bien un roman que dans six mois jour pour jour, les Éditions publie.net – Littérature{s} et Bifurcations vous proposeront. Je ne vous dirai rien ici de ce qu’il narre. Juste du chemin qui m’y a conduit.

Les visiteurs de mon Atelier de bricolage littéraire y ont trouvé des explorations poétiques assez éclectiques et des fictions brèves, souvent sérielles. Ils ont vu les publications s’y raréfier, en partie parce que les expériences poétiques que sont mes morphoses ne se prêtent à mon sens à la publication qu’après qu’elles aient suffisamment existé dans les performances et parce que je me suis investi dans des projets d’écriture de longue haleine que je n’ai, à quelques exceptions près, pas souhaité publier par morceaux. Encore un donc, qui, infidèle à la poésie, s’en irait parcourir les terres déjà labourées du roman. Pourtant, ce départ est un retour. Pas seulement parce que mes premiers textes, il y a près de 50 ans, furent des nouvelles. Lorsqu’à partir de 2005, j’ai décidé de prendre l’écriture littéraire au sérieux (ce qui n’exclut pas de s’y amuser), c’est à un projet de roman que j’ai travaillé pendant cinq ans. Ce fut un total échec si l’on mesure en nombre de pages produites. Disons que j’y exploré quelques formes stylistiques qui restent utiles pour mon écriture de fiction et surtout compris, à la dure, ce qu’il ne me fallait pas faire. Avoir un plan, un schéma narratif, des personnages et des thèmes, et travailler de façon descendante à remplir des cases, voilà pour moi la recette de l’échec. D’accord, quelques séances avec une animatrice d’atelier d’écriture qui comprendrait ma visée m’auraient appris beaucoup plus rapidement à éviter ces écueils, mais il a des choses qu’il faut apprendre par l’expérience. Pas tant pour les savoir, mais pour savoir quoi faire d’autre.

Se situer comme un modeste pion dans la lignée esquissée plus haut ne dispense pas d’innover, pas pour le principe d’innover, mais parce que de nouvelles visions de ce qu’il fait sens d’écrire dans le monde contemporain sont apparues. Je les résumerait en deux exigences : qu’est-ce qu’un collectif enraciné dans une multitude de singularités et, pour suivre J. G. Ballard, quand la réalité dépasse la fiction comment l’écriture peut-elle mettre au jour des possibles inaperçus ?

Sœur(s) est né de trois voix, un il, une elle et un groupe qui représente ceux qui pensent gérer le grand tout du monde que certains appellent système, que Fernand Braudel disait être irreprésentable 3. Je ne saurais jamais si c’est pure chance ou intuitions bienveillantes, mais ces trois voix, qui parlent sans se connaître, ont tissé toutes les histoires qui s’ensuivent, ont interagi, appelé d’autres voix, qui forment elles un collectif. C’est ainsi que Sœur(s) s’est écrit par mon clavier, dans un orage quotidien pendant cinq mois, c’est par ces voix qu’il y a une sœur et des sœur(s), qu’Éros joue des tours à Thanatos et réciproquement, bref, que c’est un roman. Après, il y a eu plusieurs années de transpiration sporadique pour élaguer ce qu’il y avait de trop et ne laisser que l’os du récit et celui des mots. Ce fut un travail avec d’autres, parfois dans une vibrante sympathie et parfois dans le rebond qu’autorise un retour qui souligne négativement ce que à quoi justement on tient. Ce n’est pas à moi de dire ce que vaut le résultat, mais, dans ma surprise que ce livre existe (aujourd’hui dans tous ses morceaux, même s’il n’est pas encore un objet physique ou numérique), je suis impatient qu’il soit dans vos mains. Son devenir vous appartiendra, il vous appartient déjà.

Mieussy, 12-13 mars 2020

  1. Merci à François Bon de sa lecture du texte de cette conférence. []
  2. J’écris ces lignes de son village de Mieussy. []
  3. Dans Civilisation matérielle, Economie et Capitalisme, Armand Colin, 1986. []

131. Printemps

dimanche 22 mars 2020 § Commentaires fermés sur 131. Printemps § permalink

splendeur matinale
couple de mésanges
butinant nectar
puis vol sans confins

seul le poème a pu capturer l’instant, mais voici une fleur éclose

orchidée

130. Dans la forêt

mardi 10 mars 2020 § Commentaires fermés sur 130. Dans la forêt § permalink

strates de neige

aux flancs de la trace
un mètre de neige
les sapins chargés
et nos cœurs légers

Initiation au ski dans l’anthropocène finissant

mercredi 26 février 2020 § Commentaires fermés sur Initiation au ski dans l’anthropocène finissant § permalink

Mi-février, la montagne a son costume de juin. Le temps au beau fixe finit par coller sur le paysage une couche d’irréalité. Asthmes et virus variés aidant, l’assez mal nommé écobuage (en fait, c’est aujourd’hui un brûlis sur pied des broussailles et arbustes, voir cet article de wikipedia) combiné à l’inversion de température rend l’air irrespirable, la fumée s’étale en bandes horizontales en dessous desquelles la moins visible pollution automobile et chauffagière exerce ses effets. Les petits sont là, cinq et trois ans, plus tard ils chausseront les skis de randonnée dans une forme ou une autre, mais pour l’instant il revient aux grands-parents de leur faire franchir quelques étapes préliminaires : monter en canard ou escalier, glisser, tourner, s’arrêter. On pourrait sans doute s’en passer, mais les monitrices et moniteurs retraités mobilisés pour cette semaine d’affluence ont quelques techniques pédagogiques qui nous feront gagner du temps. On s’embarque donc pour 30 km en voiture puisque les endroits où habiter agréablement sont assez loin de ceux que les stations ont occupés et histoire d’ajouter nos particules fines à nous à celles déjà présentes. Le petiot s’endort, sa tête abandonnée valse dans le siège bébé et à l’arrivée, il trouve à son goût la quasi-fraîcheur et poursuit sa sieste. La montagne est brune et poussiéreuse, rayée de lignes blanches légèrement obliques, appelées pistes. Comme l’isotherme 0° C nocturne est à 3500 m certaines nuits, les canons à neige sont au chômage technique et des tracteurs tirent de grosses carrioles remplies de neige venue des hauteurs et les déversent pour que les dameuses les étalent sur les pistes. Dans les régions plus riches, des hélicoptères s’en chargent et aux pays de l’or noir, on réfrigère directement le désert. Le parking est plein et le petiot dort toujours.
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129. Provisoirement

dimanche 12 janvier 2020 § Commentaires fermés sur 129. Provisoirement § permalink

provisoirement
momentanément
passagèrement
transitoirement

128. Vertiges

dimanche 29 décembre 2019 § Commentaires fermés sur 128. Vertiges § permalink

vue du pic de Pan

sur le pic de Pan
croquante des monts
mais où donc le dire
du vertige d'elle