En cours

jeudi 7 septembre 2017 § Commentaires fermés sur En cours § permalink

Je poursuis sur ce blog l’écriture d’un texte poétique sur l’anatomie des sens, de poèmes phonétiques destinés à la performance, de poésies numériques et transmédias, d’une série de textes sur les néotopies et de quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux plus anciens.

108. Exhalaisons

lundi 21 mai 2018 § 0 commentaire § permalink

soleil matin tôt
réveil des senteurs
énivrée de menthe
splendeur de la sauge

sauge

107. Pissenlits

samedi 21 avril 2018 § Commentaires fermés sur 107. Pissenlits § permalink

une armée d'aigrettes
attendant le vent
nul souffle en moi
que de toi la trace

106. Poulain

samedi 21 avril 2018 § Commentaires fermés sur 106. Poulain § permalink

chevaux immobiles
course du poulain
sur immenses pattes
comme un trait de feu

104-105. Enclaves

vendredi 6 avril 2018 § Commentaires fermés sur 104-105. Enclaves § permalink

Rochers des enclaves
sommet aplati
dans la mer du ciel
Mont-Blanc et Jorasses

le tambour du temps
manque une systole
une éternité
dans la montagne

103. Éclaircie

mercredi 4 avril 2018 § Commentaires fermés sur 103. Éclaircie § permalink

masses presque noires
des pins sur la neige
mauvais temps bientôt
gris intempéries

101-102. Sull’Isola Grande di Brissago

samedi 31 mars 2018 § Commentaires fermés sur 101-102. Sull’Isola Grande di Brissago § permalink

cygnes endormis
au pied des bambous
un souffle de brume
au jardin magique

panneaux de mémoire
d'un monde enfoui
ailleurs aujourd'hui
ceux qui le jardinent

cygnes endormis sous les bambous

Mort d’un cheval dans les bras de sa mère – Jane Sautière

jeudi 1 mars 2018 § Commentaires fermés sur Mort d’un cheval dans les bras de sa mère – Jane Sautière § permalink

Il y a des notes de lecture qui doivent commencer par se situer, non pas par rapport à l’auteure, mais pour expliciter d’où on lit son livre. Nous vivons une époque où des penseurs très divers repensent les relations entre les humains d’une part et les animaux, les plantes, la nature en général, mais aussi certains éléments culturels comme la mémoire des disparus, les esprits qui paraissent habiter le monde dans certaines cultures. Cette reconsidération me paraît être hautement salutaire parce qu’en replaçant les êtres humains dans des réseaux de relations avec leur environnement, elle s’affronte à la mégalomanie et au réductionnisme qui jettent une humanité qui se croirait maîtresse de l’univers dans les pires exactions, y compris à son propre égard. Je me suis notamment passionné pour les approches de courants contemporains de l’anthropologie comme le perspectivisme d’Eduardo Viveiros de Castro et l’école de Philippe Descola, avec une mention spéciale des travaux de Nastassja Martin. Ces travaux portent à l’origine sur des civilisations de chasseurs-cueilleurs, de l’Amazonie à la Sibérie et l’Arctique, civilisations souvent dites animistes, parce qu’elles considèrent les animaux et plus généralement les êtres visibles et invisibles dont ils se sentent entourés comme des personnes, et même, pensent que les animaux eux-mêmes nous pensent comme une sorte particulière d’animaux. Alors que les chasseurs-cueilleurs considèrent les animaux domestiques comme privés de leur âme, en comparaison des animaux sauvages, des théories semblables ont aussi émergé pour analyser les rapports de civilisations d’éleveurs aux animaux qu’ils élèvent, puis même les rapports des humains contemporains aux animaux domestiques. Les auteurs concernés prêtent une attention particulière aux perspectives sur le monde que procure le fait d’avoir un corps, qu’il soit de chat ou de vache, d’humain ou même d’arbre. Ou plutôt à ce que nous humains pouvons imaginer que sont ces perspectives. Cela crée, selon moi, une affinité particulière entre ces penseurs et la phénoménologie d’un Merleau-Ponty. Et tous sont traversés d’un curieux rapport à la littérature, qui les fascine, qu’ils ne peuvent parfois pas se retenir de pratiquer, mais dont ils se sentent forcés de s’écarter pour satisfaire aux règles de leurs disciplines.

Ce qui rend le livre Mort d’un cheval dans les bras de sa mère de Jane Sautière si important, outre la beauté et l’économie de son écriture, c’est qu’elle fait le chemin en sens inverse, et armée de l’attention au détail, de l’empathie et du scrupule à tout écart à la vérité sentie et au souci éthique, elle nous offre une anthropologie domestique et urbaine sans pareille. Il y a d’abord, mais aussi au bout du compte, l’attention à l’animal en nous sans nier ce qui nous en sépare et la responsabilité qui en résulte, ici s’adressant aux animaux :
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100. TGL

mardi 27 février 2018 § Commentaires fermés sur 100. TGL § permalink

à Dax la mangrove
l'Adour débordant
du train la lenteur
nous rend au paysage

99. Réveil

dimanche 25 février 2018 § Commentaires fermés sur 99. Réveil § permalink

le soleil soudain
paupières brûlantes
réveil rouge vif
et nos corps s'ajourent

Triangle

vendredi 26 janvier 2018 § Commentaires fermés sur Triangle § permalink

quatorze mois chaque
l’une sur le genou droit
l’autre genou gauche
d’elle qui lit
à voix haute un livre

du genou droit
il se met à parler
mêlant aux mots contés
un récit incompris de nous
mais pas de l’une

elle quitte le livre des yeux
qui se portent
sur le visage de l’autre
scrutent ses lèvres
lisent son intention
à des signes invisibles

ce qu’elle apprend là
nul ne pourrait l’enseigner
elle boit une pensée
au fil de la parole

comme plus tard adulte
on guettera les mots
murmurés indéchiffrables
par l’aimé.e rêvant

96-97-98. Zigzags de vie

lundi 1 janvier 2018 § Commentaires fermés sur 96-97-98. Zigzags de vie § permalink

arbres alignés
en droites et biais
rien pas une aiguille
sol nu de la pinède

obscure tristesse
des plantes saisies
par la mort terreuse
hiver d'agonie

et dans ce caveau
un zigzag de lueurs
une pause tendre
de reviviscence

suscité par une œuvre de Kalage Prod et une suggestion de Jean-Dominique Fleury.

95. Deux bouleaux

samedi 30 décembre 2017 § Commentaires fermés sur 95. Deux bouleaux § permalink

deux bouleaux

deux bouleaux s'élèvent
au ciel comme peint
leur beauté fragile
le cœur douloureux

94. Hêtres

lundi 25 décembre 2017 § Commentaires fermés sur 94. Hêtres § permalink

au vent de la crête
les hêtres sinueux
en bosquets se serrent
comme des troupeaux

93. Fouine

samedi 23 décembre 2017 § Commentaires fermés sur 93. Fouine § permalink

cinq heures la fouine
salue le ciel noir
couine me réveille
vite hors du nid

Sextain / 26

samedi 16 décembre 2017 § Commentaires fermés sur Sextain / 26 § permalink

la neige tient au nord en lisière des prés
champs arrimés au sud à la blanche frontière
le liseré boréal fixe les prairies pâles
où au seuil obscur accoste la borée
cordon dégrafé nue la boussole la fleur
ferre aux bords de midi tout le champ tout l'espace

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92. Levée

mercredi 6 décembre 2017 § Commentaires fermés sur 92. Levée § permalink

les Pyrénées vues du train près de Pau

Sept cents kilomètres
sous chape de nuit
le brouillard se lève
montagnes soleil

Sextain / 25

lundi 4 décembre 2017 § Commentaires fermés sur Sextain / 25 § permalink

La pensée harassée s'épuise à nommer
en écrits incertains et missives fuyantes
elle exténue les noms et pourchasse le trait
la parole esquintée, l'aumône douteuse
sa récolte ambiguë de vocables usés
les mots évasifs terrassés dans sa quête

L’écriture comme enfance

vendredi 24 novembre 2017 § 1 commentaire § permalink

… soit chez l’enfant qui apprend à parler, soit chez l’écrivain qui dit et pense pour la première fois quelque chose, enfin chez tous ceux qui transforment en parole un certain silence1

revenir au silence primordial
dans Cabane d’hiver
on l’entend derrière
les bruits de la nature
c’est un silence de fond
comme le coureur

chez le nouveau-né
silence grouillant
des sons entendus
au ventre
brisé déjà par son cri
douleur de l’air
frayant son premier chemin

pour le suivre
d’abord crier
mais sans un bruit
touiller la tambouille
lire silencieusement
à haute voix
le vouloir dire
d’un texte inécrit

Enfant de 12 semaines mêlant sa voix à une conversation d’adultes à la table voisine2.

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  1. Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, p. 224 de l’édition Tel / Gallimard. []
  2. Bande-son d’une vidéo enregistrée le 19 janvier 2017 par Suzanne Aigrain de son fils Léon Aigrain Smith, né le 25 octobre 2016. []

Compte-rendu opératoire

mercredi 1 novembre 2017 § 3 commentaires § permalink

Le propre d’une opération sous anesthésie générale est que vous vous retrouvez privé d’un intervalle de temps, d’une façon radicalement différente de la coupure du sommeil. Lors du réveil après avoir dormi, on sait qu’il s’est passé des choses dans ce sommeil, des cycles, des rêves, qu’on a connu diverses excitations sexuelles, qu’on a continué à respirer sauf dans d’éventuelles apnées, qu’on a bougé ou pas, qu’une dormeuse ou un dormeur a mêlé sa respiration à la vôtre, on ne sait pas comment, mais on le sait. Ce sommeil n’est pas radicalement étranger à la veille, même si on a peiné à s’endormir, même si on est incapable de situer le moment exact on est passé dans ces autre état ou qu’au contraire ce passage a pu se faire en un instant, il y a une sorte de continuité, des états intermédiaires. À l’opposé l’anesthésie avec des produits modernes opère comme une coupure radicale. Même passage direct lors de la revivification dans la salle dédiée à cette activité. Clac, on est 2h40 plus tard, parfaitement conscient, ou du moins on le croît, de ce qui nous entoure et sans aucun souvenir, pas la plus petite trace de ce qui s’est produit dans cet intervalle de temps. Le compte-rendu opératoire est un rite contemporain destiné à vous fournir une expérience sans pareille, celle de s’observer rétrospectivement dans un temps où vous n’étiez pas là. Mais il vous prodigue également quelques surprises.
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Parenthèse

mardi 10 octobre 2017 § Commentaires fermés sur Parenthèse § permalink

Pour les proches de Sylvie

ce qui vit
n’est qu’une parenthèse
une incise
dans le récit du temps

une forme traversée
de mille langues
pétrissant dans ses entrailles
la farine brunie des mots
entendus au passage

de l’intérieur ne parle
pas seulement la voix
mais le corps tout entier
le feu brillant des yeux
et le parcours ferme des gestes

lorsque nous recueillons
ses offrandes
chaque parenthèse
nourrit
le récit des multitudes
où vit sa marque