Neuf quatrains du Grand Paradis

Dimanche 19 avril 2015 § 0 commentaire § permalink

Lors d’une randonnée à skis en compagnie d’amis et du recueil de poésie L’ajour d’André du Bouchet, j’ai composé (sur un petit carnet, une fois n’est pas coutume) ces neuf quatrains :

54. Temps de neige

temps si lent de neige
la parole tue
tremblement qui gronde
de cris étouffés

55. Chamois

prairie hibernée
saturée de neige
les sabots fendus
appellent les herbes

56. Jour

trop plein de lumière
au sein du brouillard
si le jour se lève
aux yeux sa brûlure

57. Trio

entre elles à table
semblant hésiter
entre sa pareille
et l'autre enlacée

58. Poséidon

tridents et bifides
harponnant le ciel
sur les monts de neige
la nave d'un dieu

59. Traces

les ondes des skis
enlaçant leurs tresses
une chevelure
sur l'épaule nue

60. Rouge !

rouge ! deux oiseaux
poursuite joyeuse
où donc leur nichée
si demain tempête ?

61 Fer

amont du refuge
élancement brun
au fer chaud des pierres
la menace fond

62. Oiseaux

oiseaux quatre fois
par deux dans un sens
un dans l'un et l'autre
un en ronds encore

Sextain / 17

Lundi 30 mars 2015 § 0 commentaire § permalink

bourrasque jamais vue, corps emportés en feuilles
fibres enlevées par le vent, chairs éperdues
tourmentant de lames leurs vues leurs âmes vives
ils se tenaient l'un à lautre pour écarter
de leurs peaux enflammées la page lue la trombe ;
d'un pétale pensé elle fit don au vent nu

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Turin

Vendredi 27 mars 2015 § 2 commentaires § permalink

ciel bleu fin d'hiver
décor feint à chaque
rue de monts neigeux
la ville la belle

in italiano per miglioramento a cura degli studenti d’i-voix al Liceo Ceccioni di Livorno :

Torino

cielo blu tardo inverno
ogni strada decorato
di montagne innevate finte
la città la bella

Sonnet / 1

Lundi 16 mars 2015 § 0 commentaire § permalink

ta si vive absence, sœur inexistante
ne manque pas à l'appel des vents printaniers
ils connaissent ton corps, frôlent ta chevelure
leurs doigts y embrouillent mon esprit égaré

j'y habite parfois un sommeil agité
tout un peuple rêvé en écorce brumeuse
t'escortant de feuilles, d'une robe végétale
un drap vert à froisser où je glisse mes mains

d'autres fois ce n'est que murmure suspendu
la forêt de bouleaux me guette désertée
où donc te caches-tu derrière leur troncs frêles ?

il est des nuits rares où nue tu me regardes
alors soudain je cesse d'exister sous tes yeux
je deviens le frère de ta mémoire absente

Loin de moi de Clément Rosset

Lundi 9 mars 2015 § 0 commentaire § permalink

La campagne de solidarité politique avec la Grèce que nous avons lancée à quelques-un(e)s ne me laisse pas le temps d’écrire, un seul poème depuis un mois, absence qui murmure à mon oreille son reproche. Mais le temps de lire est toujours là. L’émotion mais aussi la jubilation de lire Noémi Lefebvre et sur un rythme plus lent The Lover d’A.B. Yeshosha. Et puis ce Loin de moi de Clément Rosset. Étude sur l’identité dit le sous-titre mais un avertissement précise qu’il s’agit d’une étude sur le sentiment d’identité. Clément Rosset est un philosophe comme ils devraient tous être : il analyse des choses complexes et nous présente sa pensée dans des mots simples, une écriture fluide, des intuitions raccrochées à la littérature, aux films, à la vie quotidienne. Loin de moi élabore la distinction entre deux formes (de sentiments) d’identité. Une identité « personnelle », identité intime du moi qui constituerait sa réalité ultime, et dont il affirme qu’elle est insaisissable, au bout du compte inexistante, que la quête de la saisir est vouée à l’échec, inutile et même « que moins on se connaît, mieux on se porte ». Il y oppose l’dentité sociale, celle qui nous vient de comment nous apparaissons aux autres et que nous considérons souvent une façade artificielle, celle aussi qui nous constitue par l’intérêt ou l’amour qu’il nous portent ou dont nous croyons qu’ils nous le portent. Clément Rosset affirme que tout désordre qui met en cause notre sentiment d’identité personnelle est de façon primordiale, antérieure, un trouble de l’identité sociale. Dans la deuxième partie du livre, il s’intéresse aux identités d’emprunt, non pas dans le sens d’identités usurpées, mais dans celui des modèles (parentaux ou amoureux) que nous nous prenons pour construire une identité qui nous échappe cependant inexorablement puisque justement c’est celle d’un(e) autre ou celle qu’un autre nous renvoie en nous aimant.
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Sextain / 16

Lundi 23 février 2015 § 2 commentaires § permalink

corps amoindris, esprits en embrouillaminis
vies en labyrinthe où déchoit leur substance
mais qu'elles se mêlent en forte compagnie
consciences assemblées en écheveau sommaire
association fluide d'imaginaires sommés
leur collection usée devient grâce confuse

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Sextain / 15

Lundi 9 février 2015 § 0 commentaire § permalink

de la mémoire insue un poème de rencontre
récitant les listes d'un carnet entrevu
voix m'arraisonnant d'un catalogue de doutes
abouchement d'oubli et pouvoirs ignorés
visiteurs inconnus à l'air de souvenance
gazouillis de lettres rassemblant le passé

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Entrelacs

Mardi 3 février 2015 § 0 commentaire § permalink

branches de mémoire
aux liens vigoureux
vos brins de silence
obstiné tourment

Sextain / 14

Samedi 31 janvier 2015 § 0 commentaire § permalink

faim de nous dévorant nos esprits et nos muscles
nos nerfs s'enflamment et submergeant nos pensées
tourmentent nos chairs de démons imaginaires
lutins aux mille dents convoitant avec vigueur
nos désirs embrasés d'une vie fantaisiste
nos sens engloutis dans la matière des corps

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Les années 10 de Nathalie Quintane

Mercredi 28 janvier 2015 § 0 commentaire § permalink

Dans ce petit coin du Web où je loge mes écrits, une auteure pour qui les prépositions (comme les chaussures et les tomates) sont des sujets méritant qu’on leur donne une place centrale dans un ouvrage bénéficie d’un préjugé très favorable. Et si en plus, elle les décline – les prépositions – pour décortiquer toutes les façons d’échouer à cerner ce que peut recouvrir une notion comme les pauvres, pratiquant ainsi une autodéfense lexicale qui s’adresse aussi à ses propres efforts, le préjugé devient prétexte à une lecture réjouissante. Mais il ne faut pas en rester à ce prétexte. Les années 10 font, fait très rare, un bon petit bout de chemin vers la réalisation d’un programme qui est formulé dans le livre lui-même, tout à la fin :

…que l’acte littéraire en soit un, et qu’il soit symboliquement et socialement actif …, que la lecture de certains textes relève de l’expérience qu’on fait et, s’ils sont bons, mène à la pleine et entière possession de cette expérience et ce, jusqu’à nous pousser à agir ailleurs que dans les livres… »

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