En cours

jeudi 7 septembre 2017 § Commentaires fermés sur En cours § permalink

Je poursuis sur ce blog l’écriture d’un texte poétique sur l’anatomie des sens, de poèmes phonétiques destinés à la performance, de poésies numériques et transmédias, d’une série de textes sur les néotopies et de quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux plus anciens.

L’écriture comme enfance

vendredi 24 novembre 2017 § 0 commentaire § permalink

… soit chez l’enfant qui apprend à parler, soit chez l’écrivain qui dit et pense pour la première fois quelque chose, enfin chez tous ceux qui transforment en parole un certain silence1

revenir au silence primordial
dans Cabane d’hiver
on l’entend derrière
les bruits de la nature
c’est un silence de fond
comme le coureur

chez le nouveau-né
silence grouillant
des sons entendus
au ventre
brisé déjà par son cri
douleur de l’air
frayant son premier chemin

pour le suivre
d’abord crier
mais sans un bruit
touiller la tambouille
lire silencieusement
à haute voix
le vouloir dire
d’un texte inécrit

Enfant de 12 semaines mêlant sa voix à une conversation d’adultes à la table voisine2.

prosodie première
portant l’emprise
du corps sur le sens
l’animal la comprend
à trois mois l’enfant
la destine aux choses
la mêle aux conversations

Le même, au même âge, parlant à une girafe sonore qui refuse de lui obéïr.

est-ce la quête de mots
qui esquisse la prosodie
ou déjà donnée
sa contrainte
mètre chez le poète
larynx chez le nourrisson
qui les appâtera

ce certain silence
que les sons rompent
ces flots d’autres paroles
auxquels ils se joignent
ils sont l’espoir d’une vague
les mots son écume

  1. Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, p. 224 de l’édition Tel / Gallimard. []
  2. Bande-son d’une vidéo enregistrée le 19 janvier 2017 par Suzanne Aigrain de son fils Léon Aigrain Smith, né le 25 octobre 2016. []

Compte-rendu opératoire

mercredi 1 novembre 2017 § 3 commentaires § permalink

Le propre d’une opération sous anesthésie générale est que vous vous retrouvez privé d’un intervalle de temps, d’une façon radicalement différente de la coupure du sommeil. Lors du réveil après avoir dormi, on sait qu’il s’est passé des choses dans ce sommeil, des cycles, des rêves, qu’on a connu diverses excitations sexuelles, qu’on a continué à respirer sauf dans d’éventuelles apnées, qu’on a bougé ou pas, qu’une dormeuse ou un dormeur a mêlé sa respiration à la vôtre, on ne sait pas comment, mais on le sait. Ce sommeil n’est pas radicalement étranger à la veille, même si on a peiné à s’endormir, même si on est incapable de situer le moment exact on est passé dans ces autre état ou qu’au contraire ce passage a pu se faire en un instant, il y a une sorte de continuité, des états intermédiaires. À l’opposé l’anesthésie avec des produits modernes opère comme une coupure radicale. Même passage direct lors de la revivification dans la salle dédiée à cette activité. Clac, on est 2h40 plus tard, parfaitement conscient, ou du moins on le croît, de ce qui nous entoure et sans aucun souvenir, pas la plus petite trace de ce qui s’est produit dans cet intervalle de temps. Le compte-rendu opératoire est un rite contemporain destiné à vous fournir une expérience sans pareille, celle de s’observer rétrospectivement dans un temps où vous n’étiez pas là. Mais il vous prodigue également quelques surprises.
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Parenthèse

mardi 10 octobre 2017 § Commentaires fermés sur Parenthèse § permalink

Pour les proches de Sylvie

ce qui vit
n’est qu’une parenthèse
une incise
dans le récit du temps

une forme traversée
de mille langues
pétrissant dans ses entrailles
la farine brunie des mots
entendus au passage

de l’intérieur ne parle
pas seulement la voix
mais le corps tout entier
le feu brillant des yeux
et le parcours ferme des gestes

lorsque nous recueillons
ses offrandes
chaque parenthèse
nourrit
le récit des multitudes
où vit sa marque

Trop loin, trop près

lundi 18 septembre 2017 § Commentaires fermés sur Trop loin, trop près § permalink

C’est rien de dire que j’ai du mal à m’y remettre, après avoir plus ou moins déserté l’atelier pendant sept mois. Pendant ces sept mois, j’ai écrit, puis révisé suite aux retours de premières lectrices, un roman dont je ne vous dirais— presque — rien dans ce billet. L’écriture de ce texte s’emparait de toutes les activités corporelles et mentales qui sont pour moi nécessaires à la production littéraire, dont beaucoup n’ont rien à voir avec l’acte physique de presser des touches, bouger des curseurs ou faire défiler des textes. Je n’avais pas cessé pour autant de m’engager dans des interactions intenses avec d’autres, certains ayant pris dans cette période une place particulière : mes trois petits-enfants dont le développement refuse obstinément de se ralentir un peu pour je parvienne à correctement l’observer et m’en délicer et nos hôtes étrangers qu’avec tant d’autres nous essayons de protéger de la maltraitance politique et administrative et de doter de la considération au sens que Marielle Macé donne à ce mot, c’est à dire une respiration qui conjoigne la colère [contre le sort qui leur est fait] et l’attention, l’être affecté et le scrupule et au bout du compte, simplement les maintenir dans leurs droits. Pendant ce tunnel d’écriture, j’ai éprouvé le besoin de rapatrier de la vie sociale quelques tableaux qui sont insérés dans le texte du roman comme si le temps et l’espace d’écriture faisait irruption dans l’univers fictionnel. Mais la séparation restait grande.

La grande difficulté que je ressens à retrouver l’interpénétration quotidienne de l’écriture sur le site et des autres temps, ceux des promenades et des conversations, des tâches travailleuses et domestiques, des regards et des gestes rend explicite pour moi ce que cette interpénétration a d’irremplaçable, la façon dont elle constitue un tissu où les possibles de la langue entrouvrent ceux de la vie et les élans de la vie se métamorphosent en textes. Le temps de l’écriture en chambre est soit trop loin de celui du réel qu’il abolit pour le recréer, soit lorsqu’on le réel y fait irruption, trop près pour qu’on y voit nettement. Tout cela peut être beau, mais ce qui alimente vraiment un parcours d’écriture, c’est la juste distance que permet l’atelier sur le web.

Louise Crawford – Les danseurs contemporains

vendredi 1 septembre 2017 § Commentaires fermés sur Louise Crawford – Les danseurs contemporains § permalink

Depuis sept mois, j’ai plus ou moins déserté ce blog pour rédiger, puis réviser un roman dont je viens de finaliser le tapuscrit que je vais soumettre à divers éditeurs. Il est temps de revenir dans ma maison numérique, mais il faut que je m’y réacclimate progressivement. Fin juillet une main heureuse a fait émerger du fouillis des productions de la famille, une création textuelle et graphique que ma fille Louise, alors âgée de seize ans m’a offerte le 9 septembre 2000 pour fêter en retard mon anniversaire et célébrer notre commune passion pour la danse contemporaine que nous consommions avec délice dans la Belgique d’alors. Avec sa permission, j’en publie ici le texte, accompagné de scans des 4 pages manuscrites illustrées (cliquer sur chaque image pour une version en haute résolution).


Les danseurs contemporains

dessin et écriture Louise Aigrain

Ils n’ont rien oublié du respect qu’ils doivent aux poussiéreux mais grandioses ballets des siècles passés. Ils ont su en prendre le meilleur pour enfin en abolir les lois centenaires, ridicules et oppressantes pour leurs imaginations. Qu’ils sont jeunes ! Gardiens du savoir depuis la nuit des temps murmuré dans le milieu de la danse ainsi que celui, encore inexploré qu’ils inventent, chaque jour, ils créent une révolution douce et amusée.

Leur immobilités sont devenues aussi précieuses que leurs mouvements et ils portent la grâce de cette immobilité tel un bijou au prix inconcevable. Ils ont parfois l’air embarrassé de tous…

dessin et écriture Louise Aigrain

… leurs membres, puis, subitement, ils leur trouvent une utilité nouvelle, un bras pour attirer ou repousser un voisin, un tremblement, une ondulation jusqu’à l’extrêmité d’un doigt, captivante.

Ils rebondissent contre des murs invisibles et surpassent des obstacles d’air qui apparaissent alors insurmontables. Leur musique n’est qu’une suite de sons, répétés ou oubliés; des battements tels ceux de leur cœur que vous semblez déjà entendre résonner dans votre propre corps. Ils jouent avec la lumière ou l’obscurité que reflètent leurs habits, leur absence d’habits, leurs peaux.

dessin et écriture Louise Aigrain

Tous s’immobilisent, les regards se créent, se tendent, le silence s’installe, se fait admettre puis oublier. Spectateurs aux aguets, rien ne bouge, tout change… Et, lorsqu’enfin vous avez accepté de comprendre que la parole n’est qu’accessoire, que le corps, l’œil, l’ambiance créée ou troublée, la musique et ses silences peuvent en faire autant, enfin, enfin, ils vous parlent. Tout d’abord ce ne sont que des cris accompagnant leurs mouvements, leurs croisements dans l’espace. Puis viennent des mots, solitaires et insensés, interloquants. Aucun dialogue habituel ne se fon-…

dessin et écriture Louise Aigrain

… -de juste quelques questions lancées et abandonnées dans leur suspend, répondues par d’autres interrogations, plus futiles encore.

L’espace, les corps, les sons bougent, créant un naturel nouveau que les danseurs vous font accepter, adopter, au risque de l’oublier, les marches descendues et la porte refermée.


90. Ver luisant

mercredi 2 août 2017 § Commentaires fermés sur 90. Ver luisant § permalink

l'allée sous les arbres
crépuscule moite
ver luisant au sol
soudain la fraîcheur

89. Averse

dimanche 30 juillet 2017 § Commentaires fermés sur 89. Averse § permalink

jardin torse nu
piqûres de gouttes
caressant mon dos
averse trop brève

Les âmes sauvages – Nastassja Martin

lundi 10 juillet 2017 § Commentaires fermés sur Les âmes sauvages – Nastassja Martin § permalink

Ainsi ces êtres liminaires peuplent-ils toutes les histoires, passées ou actuelles : ils sont ceux qui donnent envie aux hommes d’exister en leur ouvrant un nouveau registre de possibles dans les moments les plus sombres, c’est à dire en leur montrant qu’aucune certitude sur le statut des autres ne tient face à l’inventivité dont ils sont capables. En les réintégrant sans cesse dans le collectif humain, les hommes ordinaires réincorporent cette aptitude à la métamorphose et deviennent à leur tout autres : des êtres eux aussi hors du commun.
Les âmes sauvages, p.241

Mon travail littéraire s’abreuve à certains courants de l’anthropologie et de la philosophie. La rencontre avec le livre de Nastassja Martin1 ne procède donc pas du hasard, mais plutôt d’une sorte de navigation au jugé, de suivi de certaines traces de pensée qui me paraissent porteuses d’un nécessaire renouvellement du regard chez ceux qui veulent explorer les possibles de la langue et du récit. C’est en suivant la trace du perspectivisme d’Eduardo Viveiros de Castro découvert lors d’une conférence-performance de Vera Mantero, que j’ai rencontré Les âmes sauvages. Eduardo Viveiros de Castro a formulé sa théorie du perspectivisme, dont il reconnaît qu’elle a eu de nombreux précurseurs, pour rendre compte des modes de pensée de populations de chasseurs-cueilleurs d’Amazonie. Il en a donné lui même un définition lumineuse dans le seul texte de lui que j’ai pu lire :

il s’agit de la conception commune à de nombreux peuples du continent [sud-américain], selon laquelle le monde est habité par différentes espèces de sujets et de personnes, humaines et non-humaines, qui l’appréhendent selon des points de vue distincts.

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  1. Les âmes sauvages : face à l’occident, la résistance d’un peuple d’Alaska, Éditions La Découverte, 2016. []

89. Retour (bis)

dimanche 2 juillet 2017 § Commentaires fermés sur 89. Retour (bis) § permalink

milan revenu
chasse les intrus
soleil après pluie
espoir de légumes

Rapport d’observation (d’ici là n° 10)

mercredi 21 juin 2017 § Commentaires fermés sur Rapport d’observation (d’ici là n° 10) § permalink

Je republie ici ce petit morceau de littérature numérique initialement paru dans D’ici là n° 10.


Rapport dobservation

Sujet : 2148AZP72

Le protocole dobservation sensorielle, émotive et cognitive externe nonintrusive a été appliqué conformément aux instructions. Lessentiel des données recueillies semble lié aux interactions du sujet avec un individu non identifié qui selon lagent danalyse de données pourrait être la sujette 3965DGC86. Lagent se base sur la présence chez les deux individus de profils confusionnels dont les signatures sont proches, indication quil estime renforcée par des expressions rationnelles en opposition de phase assez typiques des égarements amoureux sur CFG098786 (la planète Terre en langue régionale autochtone). Cette hypothèse na pu être confirmée de façon certaine en raison de la prohibition absolue de lobservation nominale conjointe de plusieurs individus.

La principale zone érogène chez le sujet 2148AZP72 semble être lesprit. Lesprit de 2148AZP72 est un organe diffus réparti dans lensemble du corps. Curieusement, les habitants de CFG098786 tiennent pour ridicule cette idée dun esprit diffus et corporel pourtant exprimée plusieurs milliers dannées auparavant par 7648LKF12 dit Lucrèce (qui prétend sinspirer dun certain Epicure). Les effets spécifiques de lesprit, en particulier lérection, la chair de poule, les tremblements, des alternances de chaleur et de froid ou des bafouillements sévères sont principalement déclenchés dans le cas particulier par les mots de la sujette suspectée, que ce soit dans lexpression orale ou écrite.

Dans les périodes de silence, 2148AZP72 adopte une expression rêveuse. Si nous interprétons correctement les signaux recueillis dans dautres cas, lavis général des terriens est que cette expression donne un air stupide. La présence dun avis contraire chez une observatrice semble un signe de réciprocité et produit des effets assez voisins de ceux détaillés plus haut, réactivant dailleurs les mêmes circuits neuronaux, sanguins et musculaires.

En cas de contact physique, les mécanismes impliqués sont entièrement différents. Lesprit de 2148AZP72 cesse de fonctionner en un temps particulièrement bref pour un mécanisme de commutation biologique. Leffet est observé même en présence de contacts non directs. En cas de contacts poussés, des phénomènes de liquéfaction partielle sont observés. Curieusement, la mise en hibernation de lesprit se traduit par un intense plongement dans le réel, limagination un instant auparavant des gestes pratiqués faisant place à une totale immanence saccompagnant de maladresses variées. Les observations concernant des sujettes suggèrent que malgré des chaos sensoriels intenses, leur esprit continue souvent de fonctionner, ce qui leur permet de guider les sujets égarés.

Conformément à la note de service BDUAGO75630, je dois rapporter ici un phénomène étrange. La retranscription de ces faits provoque en moi un trouble qui semble incompatible avec la continuation de laccomplissement de ma tâche dobservation. Je demande donc à en être déchargé.

Vera Mantero – Les Serrenhos du Caldeirão, exercices en anthropologie fictionnelle

dimanche 21 mai 2017 § 1 commentaire § permalink

Le plus sûr signe qu’on est face à une création artistique majeure, c’est qu’on se dit que cela ne ressemble à rien et que pourtant cela évoque pour nous tout un univers. Le risque est alors grand de vouloir raccrocher ce qu’on a éprouvé comme expérience à d’autres œuvres plus familières, risque que je vais tenter d’éviter ici en me tenant au plus près du vécu de cette expérience.

Photo Rencontres Chorégraphiques Internationales de la Seine Saint-Denis

Photo : Rencontres Chorégraphiques Internationales, lien vers le site du mag de la Seine Saint-Denis

Vera Mantero fait preuve d’une remarquable rigueur intellectuelle qui se manifeste dès le choix du sous-titre de son spectacle : « exercices en anthropologie fictionnelle ». Ce n’est pas rien d’arriver à susciter un enthousiasme unanime d’un public venu voir une danseuse-chorégraphe en lui proposant un spectacle où la danse n’occupe que deux minutes d’une sorte de post-face sur laquelle je reviens plus bas, tout le reste relevant du chant, de la performance, d’une scénographie utilisant des matériaux filmiques documentaires et d’une sorte de conférence que donnerait à un public d’amis une intellectuelle raffinée mais modeste. Ce détournement est possible justement parce qu’il s’agit d’une anthropologie fictionnelle, qui agit sur deux ressorts fondamentaux de notre expérience : la curiosité de l’autre qui par sa différence même nous révèle ce que nous sommes et la projection dans un récit qui nous permet d’imaginer ce que nous pourrions être. Voyons donc comment cela se passe.
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88. Monarque

mercredi 3 mai 2017 § Commentaires fermés sur 88. Monarque § permalink

Le milan monarque
chasse le manant
pour jouir solitaire
du règne des airs

86-87. MIE

jeudi 13 avril 2017 § Commentaires fermés sur 86-87. MIE § permalink

tes seize ans déniés
à nouveau l'errance
si c'était mon pays
il serait ta terre

mais mon pays m'étrange
en te maltraitant
nous faut le migrer
le changer sur place


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Les têtes parlantes

mercredi 12 avril 2017 § Commentaires fermés sur Les têtes parlantes § permalink

Les têtes parlantes est un poème précédé d’un pré-texte qui a été dit pour la première fois lors du festival de lectures-performances Incipit que j’ai organisé avec Mathilde Roux dans le cadre de son exposition In Situ. Vous pouvez en écouter l’enregistrement sur le site de L’aiR Nu et lire le texte sur remue.net.

Rapprendre

mardi 7 mars 2017 § Commentaires fermés sur Rapprendre § permalink

troubles soudains
de l’enfant projeté
par le percevoir mutant
dans des mondes inconnus

il nous faut rapprendre
ce vertige des sens
reconfiguration
de ce qui ondoie
dans le coresprit

comme si au bord du vide
se mêlaient
le délice inquiet
d’un amour naissant
et de l’innommable
la terreur muette

c’est dans cette mixture
qu’une ébauche fragile
peut s’écrire en nous
et vibrer avec d’autres

Parler avant la parole

vendredi 3 mars 2017 § Commentaires fermés sur Parler avant la parole § permalink

quatre mois

le flux continu se fragmente
arrêt et reprise
suppléent le manque de consonnes

transition bruitées
où l’oreille devine
le m et le p
assemblées en une nouvelle prosodie
soulignée de gestes

le chant aussi
bouche et langue
machant délicatement
la matière sonore

elle parle
à nous de comprendre
l’onde du sens
navigue sur notre écoute

un hymne au sein
lâchant le téton
pour trois sons
et le happant
d’un plongeon soudain

relève la tête
sourire triomphant
voyez j’existe
comme être de parole

Les absents

mercredi 1 mars 2017 § Commentaires fermés sur Les absents § permalink

Ceci est le trente-huitième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ça commence par l’empire du pire aspirant tout et le reste avec. Décomposition vivante, digestion de soi, os pourris, ventre mangeoire dévoré dedans de voraces envies nourrissant le chaos. Les espoirs taris en instance de déni.

Le pire des moins pires devient pire que le pire. Les justes moins pires ânonnent leurs dogmes à la gargotte des oligarques et le dégoût qu’ils inspirent alimente l’aimant du pire. Un d’autant plus pire qu’il se présente comme propre sur lui s’enfonce doucement dans le bourbier qu’il a soigneusement creusé. Ailleurs, confits en la certitude d’avoir toujours été du bon des côtés, mais oubliant un peu leurs portefeuilles passés, d’autres s’accrochent avec les dents à l’os qu’ils rongent depuis si longtemps, la médaille du meilleur perdant mais pas magnifique. Les en partance du moins pire hésitent pareillement à risquer le possible. Englués dans les palais du passé, ils courent à la même perte en prétendant les fuir.
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85. Eaux

lundi 20 février 2017 § Commentaires fermés sur 85. Eaux § permalink

près d'Oxford

entre ciel et eau
refuge terrestre
entre ville et champs
une feuille d'eau

84. Lignes

dimanche 19 février 2017 § Commentaires fermés sur 84. Lignes § permalink

croisement des lignes
dans l'air et au sol
un égarement
de toutes les cartes