En cours

mercredi 13 janvier 2016 § 0 commentaire § permalink

Les principaux chantiers que je mène en ce moment sur ce blog portent sur des poèmes phonétiques destinés à la performance, des poésies numériques et transmédias, une série de textes sur les néotopies et des quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux précédents.

Les registrants

mardi 23 août 2016 § 0 commentaire § permalink

Ceci est le trente-sixième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ça va de pis en pis mal. Il y en a qui se réfugient. Là où ça ne se voit pas encore. Des coins qui ont échappé aux grands plans structurels, des sortes de réserves de l’espoir. Il y en a d’autres dont le regard se fige sur une petite zone, un jardin miniature de beauté encerclée de partout. Leur champ de vision se rétrécit comme dans un glaucome à angle fermé. D’autres encore ferraillent sans fin contre les causes du mal. Comme le chercheur qui voit tout l’univers dans une goutte d’eau, ils tirent sur tous les fils de la grande pelote. Mais derrière chaque nœud défait un autre se resserre.. Il faut retrouver du temps mais à force d’en gagner on oublierait d’en perdre. Il faut ralentir ce changement de tout pour rien qui nous englue sur place, nous empêche de ressaisir les devenirs. Vite, vite, il faut ralentir. Il faut remettre l’argent à sa place, mais comment si on n’en a pas. À force ces combats les épuisent.

On ne sait pas comment les registrants sont apparus. Mais on sait où. Au fond du désespoir. Là où on ne pense même plus aux causes tant les effets nous assaillent. Lorsque vient le sentiment qu’on n’y peut plus rien et que quelque chose en nous murmure, si, on peut encore, on peut l’inscrire, le noter, en faire un registre. Noter quoi ? Ce qui, par sa simple existence parle quand la parole nous fait défaut. Une notation qui à elle toute seule ne dirait rien, mais dont la répétition est un message. Aujourd’hui sur la rocade de Calais une jeune fille de 17 ans est morte écrasée par un camion. Un soldat engagé dans l’opération Sentinelle s’est suicidé avec son arme de service, c’est le troisième depuis la déclaration de l’état d’urgence. C’est le 19e soir de suite que des gendarmes ou des CRS évacuent de force les migrants qui se regroupent sous la ligne 2 du métro et détruisent leurs maigres possessions, y compris les certificats médicaux attestant les violences qu’ils ont subies.

Si les registrants en étaient resté à ce type d’informations, ils se seraient fondus dans la masse des dénonciateurs qu’on finit par ne plus écouter. Tout juste aurait-on remarqué que la froide inscription des faits semble émouvoir plus que les énoncés qui anticipent l’indignation.

Les registrants s’intéressent aussi à de petites détails. La mercerie de la rue des Ormeaux a été remplacée par une boutique de vêtements de marque. Le taux de particules fines continue à augmenter dans les zones de fort trafic automobile diesel, indépendamment des performances affichées par les constructeurs. Le nouveau smartphone de la marque A n’a plus de sortie casque. La température des lacs de montagnes l’été a augmenté de deux degrés en dix ans. Ces notations ne sont pas organisées par thèmes ni par toute autre forme d’indexation. Elles sont livrées en vrac. Plusieurs sites les collectent et donnent chacun accès à une immense pile, le registre de tout ce qui a été registré.

Les services soupçonnent qu’un projet aussi immense et apparemment insignifiant doit cacher quelque complot souterrain coordonné par des messages secrets. Ils lancent un programme dont le financement est aussi secret que l’existence. On le désigne par l’acronyme DEREG. Son existence est révélée sur Vite Fuite. Les commentateurs se chamaillent à propos du but possible de ce programme mystérieux : s’agit-il d’une nouvelle étape de la dérèglementation ou d’une approche sécuritaire du dérèglement climatique ? Pendant ce temps les ingénieurs s’activent, munis d’artificielles intelligences qu’on nourrit d’échantillons aléatoires du grand registre. Après une série de résultats illisibles, les intelligences parviennent à une conclusion que les ingénieurs n’ont pour l’instant pas osé révéler à leurs commanditaires : « vos jours sont comptés ».

79. Baignades

lundi 22 août 2016 § 0 commentaire § permalink

Estanh de Naut

ébrouements lacustres
vase sur les pierres
l'eau chargée de fer
sa caresse neuve

78. Amitges

dimanche 21 août 2016 § 0 commentaire § permalink

grande dalle lisse
veilleur de granit
ton fronton immense
s'inquiète de nous

Les vociférants

dimanche 7 août 2016 § 1 commentaire § permalink

Ceci est le trente-cinquième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Des ordures, vous êtes des ordures, mais regardez des loques vous êtes, gluantes, vos fringues ne tiennent même pas dessus vous, allez regardez ailleurs, mais moi je vous vois, je vous tiens, si je vous prends, je vous détruis comme vous m’avez, je me tenais debout et vous les bien polis vous m’avez cassé plus sûr qu’avec des barres, vous m’avez jetée comme un détritus, vos regards ailleurs toujours comme des crachats, mais je vous tiens maintenant, là vous, oui vous le beau petit monsieur de merde, vous lui ressemblez à celui qui m’a et aux autres aussi, mais lui je l’ai cloué dans son sommeil, t’as peur ça se voit peur d’une comme moi, c’est ça que tu vaux, elle le sait l’autre là qui a peur que je la salisse rien qu’en la regardant, mais t’es déjà sâle, tout à l’intérieur et ça déteint dehors, oui marche plus vite va mais tu ne m’échapperas pas, et lui non plus, c’est ça appelez les flics, ils me mettront à Saint-Anne, mais je reviendrai, vous êtes hantés pauvres cons…

Il y en avait toujours eu. Cela commençait par un bruit venu de loin, comme celui des voitures munies de mégaphones qui annonçent la présence d’un cirque. Mais très vite le son devenait inquiétant. C’était celui d’une colère, d’une dispute. Un couple peut-être. Mais se rapprochant c’était clairement un monologue. Une femme ou un homme poursuivant la terre entière de son courroux sans aucune intention de lui laisser placer un mot.
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77. Effacement

samedi 23 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

refletabsent

repentir optique
gommant la montagne
son reflet absent
sur elle replié

76. Lande

vendredi 22 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

lande

désert de bruyères
à perte de vue
griffures d'humains
en quête de tourbe

75. Serpent de ciel

mercredi 20 juillet 2016 § 2 commentaires § permalink

La Dee à Braemar

serpent de rivière
sur la trace plate
d'un ancien glacier
un présent de ciel

Fissures / 20

dimanche 17 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

la terre assoiffée
rétractant sa croûte
révèle un pavage secret
d'hexagones cabossés

ainsi la langue
dépérissant
de chercher en vain
les mots
de l'insensé
affamée
de ce qui ne se peut
éperdue
de dire quand même
la langue
révèle les chemins
de ce qui craque en nous

jetant ce filet
dans la houle
du temps furtif
nous y recueillons
la vague
d'un regard
le battement manqué
d'une inspiration
la précieuse brûlure
d'aimer
et la brise portante
de ce qui se dit à plusieurs

Fissures / 19

jeudi 14 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

le mortier trop dur
ne suit plus
le bâti de nos liens
fissures omniprésentes
combattues
par des tirants serrés
pour éviter les écarts
lourds étaiements
pour que plus rien ne bouge

faut-il alors
enlastifier les fissures
pour que respire à nouveau
le possible
de nos élans

une vitre
nous sépare du monde
opaque et déformante
seules ses brisures
nous permettent d'y voir

quand un verre précieux
se cassait autrefois
on coulait dans ses fentes
de l'or fondu
à présent, de quelque source
il jaillisse
c'est au suc ambré
des mots
qu'il nous faut lapper
quelques gouttes
de lumière

74. Cris

jeudi 14 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

aux cris de la fouine
terreur des oiseaux
l'humain mammifère
pas si rassuré

Fissures / 18

dimanche 10 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

dispersée
en zones de chalandise
identitaire
notre constitution humaine
survit dans ce qui suinte
précieuse dysfonction
bouillonnement intérieur

devinant quelque alchimie
un hasard malicieux
rapproche
nos fêlures
effleurement où surgit
le sens qui nous lie
dans notre étrangeté

turbulences
des flots
jaillisant s'engouffrant
de dans les déchirures
être de ce qui déroge
en nous l'autre
si cela nous est donné
une cicatrice à jamais
y apposera sa marque

on ne sait à quoi
d'autres perçoivent
l'invisible trace
un regard
un geste imperceptible
disent
ce pourrait être
et de le savoir
chacun vertige du possible

Fissures / 17

mercredi 6 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

chacun transporte autour de lui
une cage transparente
cristal gazeux
aux arêtes invisibles
cellule d'isolement
un nulle part
portable en tous lieux

ce pavage de solitudes
étouffe la terre vivante
mais que frémisse le sol
ou tempête le soleil
qu'il vente des aurores
ou érupte le volcan nocturne
et en mille anfractuosités
suinte le suc des corps

soudain
un treillis proliférant
de fissures rougeoyantes
dessine la géométrie
des voisinages
et sa topologie secrète
réunit des amis ignorés

mais nul toucher
ne traverse les faces
et les coresprits
restent divisés
leur peau leur gorge
s'enflamment
d'une soif
inapaisable

vacarme
muet
de leurs yeux

Fissures / 16

samedi 2 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

six et demi
sur l'échelle de Richter
sol sablonneux
des attentes
ondes verticales
comme des haut-le-cœur
tout se fend
aux jointures
de leurs corps
disloqués

s'enchevêtrent les membres
mikado de chair et d'os
une lente reptation
pour se dénouer
bouches guidées
par la soif
mains happant
flancs, seins, hanches, fesses
peignant cheveux
comptant vertèbres
mais à qui
sont ces corps ?

puis ils reposent
demantibulés
angles étranges
de leurs articulations
marmonnent des sons
d'outre les langues
qui disent
les bordures incertaines
qu'ils ne sont plus qu'un
mais séparé
que leur corps ne s'arrête plus
à leur peau
qui appellent
le filet
d'une autre étreinte

Fissures / 15

vendredi 24 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

dans cette plaie
qui ne guérit pas
d'autres flux s'engouffrent
la vie
se mêle à la douleur
l'un temps indicible
murmure de nouveaux mots
le mal connu
féconde l'insu
d'une question ouverte

un visage
entr'aperçu
une voix
traversant les pores
de plus que la peau
visites
sans attaches
régénération
de l'imaginable
baume d'eau fraîche
sur la brûlure

temps de chaos
quarante ans
de carence
nous rattrapent
nous y serons naufragés
happant des bois de dérive
pour y graver
un morceau de sens
mais nous y aimerons
encore

72-73. Dans la nasse

jeudi 23 juin 2016 § 2 commentaires § permalink

16:30 : absence d’incidents sérieux et mes peurs donc infondées. Mais à quel prix : des interpellations en masse pour des motifs qui se révéleront insignifiants, humiliations et confiscations d’objets insignifiants et surtout une dissuasion massive de la participation à la manifestion. La peur temporairement s’éloigne, la fureur devant ces atteintes aux droits les plus élémentaires demeure.


canons remplis d'eau
Faubourg Saint-Antoine
gendarmes mobiles
massés tout autour

apprentis tyrans
nasseurs aux abois
dira-t-on Bastille
comme on dit Charonne ?

Fissures / 14

mercredi 22 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

la topographie inconnue
des sens et des gestes
laisse pourtant affleurer
de nous
un autre corps
où bouillonnent
les flux de convection
du dedans au dehors
et dehors dedans
en pérpétuel mouvement

en tous sens
entrent et sortent
en nous de nous
des jaillissements de mots
de sensations de percepts
d'émotions de désirs
de sexes ignorés
sur la peau et nos fentes
nous sommes alors
fissurés
mais vivants

vivre
c'est un (dés)équilibre métastable
des flux
qui nous traversent
nous lient et nous délient
en nous mêlant
à d'autres

mais parfois
les flux entre deux êtres
sont si intenses
qu'ils sont la vie
même

les délier
est un arrachement
une blessure
qui ne cicatrise pas

Fissures / 13

vendredi 17 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

cavités intérieures
formant une galerie
dans le coresprit
l'empreinte
d'un passage
où se glisse
un fleuve intermittent
révélant
peu à peu
son empire souterrain

doit-on
ces cavernes
au passage
de fleuves rugissants
ou
comme pour
les marmites géantes
aux parois des canyons
à l'érosion lente
d'un goutte à goutte

son empreinte imprimée
dans les parois
sourd de partout
suintante
de sons d'avant la langue
qui disent brûlements
ou délices

suintent aussi par dehors
des mots pour d'autres
le flou des êtres
les tourbillons
des choses
des marques qu'on est seul à voir
un cercle dans l'œil
l'augure d'une présence

entre-deux
des chemins de langage
dans nos chairs fissurées

Fissures / 12

lundi 13 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

témoin brisé
la fissure s'élargit
devient fente
brèche, crevasse
s'ouvre en craquements silencieux
bientôt c'est une faille
dans des strates inconnues

émanations
souffles telluriques
doucement sulfureux
nous respirons
l'haleine de la terre
dépôt de ses âges
dans nos alvéoles

boire
la source cachée
à la bouche
de ton corps

sentir
l'ouverture secrète
de nos cicatrices
la brûlure
de leurs baisers
l'eau chaude
après le vent glacé

rien qu'un rêve
mais pourquoi alors
ce tiraillement des nerfs
ce vertige
le remous des mots
qui sondent
la douleur du réveil

la trace
sur la peau
d'un éclair

71. Pendant que

dimanche 5 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

pendant que saluons
preux et victimes
que fait-on aux jeunes
sous nos yeux atones ?

Écrit pendant la cérémonie à la mémoire de Jean-Louis Steinberg. Avant de m’attribuer quelque point Godwin, sachez que le parallèle fait ici est mûrement réfléchi : il repose sur l’analyse que la montée des processus de fascisation et celle du nazisme n’ont pas consisté en une conversion massive de populations entières à l’autoritarisme, au racisme et à la haine de l’autre, mais bien en une intimidation, puis une terrorisation et une annihilation de ceux qui voulaient s’y opposer et portaient des alternatives. Un système de pouvoirs nationaux et européen qui organise une situation où entre 500 et 1500 personnes meurent par semaine en Méditerranée, où des populations entières sont suspectes et stigmatisées, où le meilleur de la jeunesse, c’est à dire sa sage révolte, est réprimé avec mépris et délectation mérite bien plus que les quelques mots que je jette à sa face.

De la destruction – Amandine André

samedi 14 mai 2016 § 0 commentaire § permalink

Un avertissement d’abord. Je vais vous décrire les textes réunis dans De la destruction comme des torrents charriant mots et petites phrases tels des galets qui s’entrechoquent. Or, pour le peu que j’en sache, quand Amandine André lit ces textes, elle le fait avec une lente et implacable douceur. Je ne crois pas qu’il y ait de contradiction. Le torrent que je décris se précipite dans l’esprit du lecteur du texte, en tout cas dans le mien.

Des rafales. Comme dites par une bouche d’où sortirait un petit zoo de mots. Avec beaucoup de répétitions. Mais ce n’est pas de l’écriture répétitive au sens où on parle de musique répétitive. Dans cette dernière, la répétition installe une constante sur laquelle la variation se détache et prend son sens. Dans l’écriture d’Amandine André, c’est la variation qui est permanente et la répétition en elle des mots, des structures de phrases brèves, ne sert qu’à rendre plus percutant le sens résultant d’un nouvel agencement ou de l’utilisation d’un mot qui n’apparaîtra qu’une fois. Qu’on en juge des premières phrases du texte Cercle des chiens qui ouvre De la destruction :

Chiens. Chiens dans la tête. Chiens dehors. Chiens. Dans la bouche dévorent chair. Chiens. Tournent et chiens fouillent et chiens gardent. Chiens dans la tête bouffent. Plus de silence. Chiens hurlent. Chiens grognent. Chiens menacent. Rognent.

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