Effets secondaires

Lundi 29 septembre 2014 § 2 commentaires § permalink

Tu as ouvert la notice qu’il ne faut jamais regarder. Tu ne sais pas résister. C’est tellement plus sûr d’avoir un ancrage statistique pour s’inquiéter. Alors tu lis dans la rubrique Effets secondaires les plus fréquemment observés : rêves bizarres. Cela t’étonne un peu. Parce que tes rêves, ils sont déjà assez bizarres. C’est même à ça que tu reconnais que tu es en train de rêver. Mais il y a bizarre et bizarre. Tu rêves d’une femme-tronc. Un homme la porte, avec difficulté. Il la pose par terre. Elle fait une galipette un peu comme un culbuto qui oscillerait trop loin. Elle rit. Lui sourit. Ce qui est bizarre, c’est que cela te paraît tout naturel.

La nuit suivante, nouveau rêve bizarre. C’est un paysage paisible, immobile sauf le frémissement des feuilles dans le vent. Pas trace d’humain ni d’animal. Il ne se passe strictement rien. Et c’est un cauchemar absolu. Le cri s’arrête à tes lèvres, gelé comme le paysage. Rien d’étrange pourtant dans ce paysage. Est-ce une menace invisible qui pèse sur lui ? Est-ce la survie d’un monde où nous ne sommes plus ? Pourquoi te sens-tu comme un intrus dans ton propre rêve ?

Encore une nuit. Tu rêves d’un environnement ordinaire, des rues. Il ne s’y passe rien de spécial. Des passants, la vie quotidienne urbaine. Un homme allongé sur le trottoir, comme il y en a tant près de chez toi. De jeunes lycéens se disputant pour de faux à voix forcée, deux femmes attablées pour boire un café dans la fraîcheur matinale, ostentatoirement belles et heureuses. Tous ces visages sont inhabituellement nets tout de même pour un rêve, inconnus mais pourtant familiers. C’est plus tard, dans la journée, que ton rêve d’avant devient rétrospectivement bizarre. Tu les croises, tous. Tu les reconnais. Ce sont ceux de ton rêve. Toujours inconnus mais plus familiers encore. Comment ton rêve pouvait-il le prévoir ? Tu te souviens de la définition médicale de prémonitoire : « Qui apparaît avant la phase aiguë d’une maladie et en permet le diagnostic précoce1 ». Est-ce eux ou toi que la maladie menace inexorablement ? Est-ce que ton médicament sait des choses sur ton corps que tu ignores ?

  1. Dictionnaire du CNRTL. []

Mise en ligne de l’abécédaire en une page

Lundi 15 septembre 2014 § 0 commentaire § permalink

L’abécédaire amoureux étant terminé, je l’ai mis en ligne en une seule page interactive. Vous pouvez également télécharger l’abécédaire sous la forme d’une page Web autonome, consultable en l’ouvrant avec un navigateur (enregistrer la page sur votre disque dur avant de la réouvrir avec un navigateur). Il s’agit d’une maquette rudimentaire préfigurant ce que pourraient être des objets éditoriaux Web. Elle fonctionne sur tout appareil disposant d’un navigateur Web décent. Je reviendrai prochainement sur les peerspectives ouvertes par ce type d’éditorialisation et les problèmes restant à résoudre dans un article qui paraîtra sur le site de publie.net.

Z

Samedi 13 septembre 2014 § 1 commentaire § permalink

zoo
de zones
à zieuter
en zoom
ou zoner
en zigzags
de ZAC
à déguster
en zakouskis
sans zapper
et de ZAD
pour plus tard
au zénith

X

Jeudi 11 septembre 2014 § 1 commentaire § permalink

pendant qu'il
lui XXXXait
la XXXXte
elle
XXXXotait
négligeXXXXX
sa XXte
en XXXmurant
de XXXXXXeuses
XXXXXnités
à son
XXXille
conXXXXXcente

V

Mercredi 10 septembre 2014 § 0 commentaire § permalink

vois la
veine
vibrante
la voile
s'enflant
le tendre
vermeil
le pouls
versatile
les corps
vacillants
les chairs
ravies1
  1. Chipé à Verlaine, difficile à ignorer à la lettre V. []

Y

Lundi 8 septembre 2014 § 1 commentaire § permalink

la
joyeuse
invite
dans
ses
yeux
rayonnants
appelle
tes
mains
sous
sa
tunique
soyeuse

W

Samedi 6 septembre 2014 § 1 commentaire § permalink

wow
elle
m'a cuisiné
au wok
l'avait
un warrant
quel waterzoï
mon coeur
fais le woofer
sur le
walkie-talkie
du web
WAF

Pantoum – Brigitte Célérier

Vendredi 5 septembre 2014 § 8 commentaires § permalink

sur le thème : le neuf et l’ancien se rencontrent en nous et dans le monde

sur ma cour s'efface la nuit aube blancheur indécise yeux fermés, noyés les ennuis en ma somnolence exquise
aube blancheur indécise air immobile en attente en ma somnolence exquise vie et ris viennent et me tentent
air immobile en attente jour suspendu en sa magie vie et ris viennent et me tentent ma vieille âme cherche énergie
jour suspendu en sa magie ce jour neuf qui nait du jour mort ma vieille âme cherche énergie s'en va mon doux penchant vers mort
ce jour neuf qui nait du jour mort s'ébrouent des pépiements dans l'air s'en va mon doux penchant vers mort que tombe de moi cet hiver
s'ébrouent des pépiements dans l'air en parfum le jour s'éveille que tombe de moi cet hiver bien vivre ce jour ô vieille
en parfum le jour s'éveille rosée vient qui pleure la nuit bien vivre ce jour ô vieille sur ma cour s'efface la nuit

Texte: Brigitte Célérier


Depuis que les vases communicants sont venus rythmer mon écriture, je me dis de temps en temps : « un jour, je ferai un vase avec Brigitte Célérier ». C’est comme une promesse qu’on s’est fait et dont on sait qu’elle sera tenue (si l’intéressée le veut bien). Voilà, c’est fait, et j’ai la joie d’héberger celle qui fait vivre les vases communicants, qui en tient la chronique et peut-être plus important encore est l’exemple vivant de leur philosophie. Elle dit sur son blog Paumée que « Brigetoun et ses entours surtout, ne sont pas Brigitte Célérier et ses entours – se ressemblent fortement – ont beaucoup de points communs – ne sont pas totalement identiques – fantaisie ou mensonge revendiqués ». Gageons donc que Brigitte Célérier en son for intérieur sait que son intelligence pétille, que même quand elle la dit fatiguée, c’est pour nous offrir les merveilles de la vie simple, que sans être technicienne elle pratique la culture numérique à son meilleur. Non contente d’avoir apprécié sans complaisance ce qu’écrivent et jouent tant d’autres, elle nous donne des textes (souvent illustrés de photographies) qui sont une de nos richesses communes, variée, savante, jubilatoire souvent, sérieuse aussi et d’une grande sensibilité personnelle, comme le pantoum (ou pantoun paraît-il) que vous venez de lire.

Je suis tout fier de glisser chez elle mon propre pantoum sur le même thème. C’est par Brigitte Célérier que j’ai découvert les pantoums (et plusieurs autres formes poétiques que j’ignorais). Et c’est aussi elle qui vous livre la liste des vases communicants de ce mois.

B

Jeudi 4 septembre 2014 § 0 commentaire § permalink

s'abandonner
au brouillard
de l'aube
à la
lueur
blanche
aux sons
murmurés
lèvres
closes
au bruissement
des draps
bannis

U

Mardi 2 septembre 2014 § 0 commentaire § permalink

usine
urgente
du désir
futur
instantané
fissure
brûlante
l'un l'une
éperdus
syncope
utopique
de l'ultime
ravissement