Lacune

Jeudi 17 avril 2014 § 0 commentaire § permalink

retour au départ
l'océan lacunaire
peuplé de visages
échappant aux mots

Tamis

Mercredi 16 avril 2014 § 2 commentaires § permalink

bleu sans fond du ciel
et ventre serré
l'esprit en friche
tamise les herbes

Contra-diction

Dimanche 13 avril 2014 § 2 commentaires § permalink

Ceci est le dix-huitième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Le printemps déroule ses milliards de feuilles, éclot des fleurs innombrables. On marche dans des prairies de myosotis, de véronique, de violettes, de pissenlits et de bourrache. On laisse un soleil qui n’est déjà plus timide brûler légèrement nos joues. On s’endort pour une sieste improvisée la tête sur des cuisses aimées. Le vert tendre caresse nos rétines. On s’insoucie en marches lentes, on laisse nos regards errer, nos gestes sont hésitants et intrépides comme des caresses. La vie se multiplie et nous nous émerveillons de son infinie singularité. On sourit à des inconnus, on parle à des voisins de train de banlieue.

prairie

Pourtant la souffrance est tout autour de nous, en nous aussi. Pas seulement le lot de souffrance qui est celui de la vie même, celui sans lequel le mot bonheur n’existerait pas. Pas seulement la mort, la maladie et leurs injustices. Pas non plus les maux qui nous font vivre plus fort et parfois trop. Pas seulement nos frustrations de n’être que ce que nous sommes alors qu’il y a tant à faire et à donner qui nous paraît à portée. Non, les souffrances construites comme des édifices par les ingénieurs anonymes de nos consentements, les souffrances des assignations absurdes, des fausses contraintes, de la rupture d’humanité, des inégalités sauvages, des distinctions arbitraires, du temps capturé.

Cette contradiction est notre lot commun, mais c’est un lot dont nous décidons ce que nous faisons. De la contradiction, nous pouvons tirer la contra-diction, le dire contre et celui pour. De nos dires et des écrits qui les multiplient, nous pouvons entrelacer un treillis où grimpent les liserons de nos espoirs. Seulement, il faut que ce soit des dires agissants. Des dires de reprise de pouvoirs que nous avons abandonnés.

Congé

Vendredi 11 avril 2014 § 0 commentaire § permalink

surgie de l'obscur
debout, nue et pâle
invention du rêve
me donnant congé

Ancre de Joanna McClure

Mercredi 9 avril 2014 § 1 commentaire § permalink

Ancre

Oh mon amour, qui m'aima
Sans détour
Avec la délicatesse
D'un cœur touché,

Dont les épaules
M'ont protégée,
Dont l'attention
M'a déchirée,

Faisant surgir des sources de larmes,
Coulant de fissures
Longtemps scellées et douloureuses,
Sur de douces nouvelles surfaces —

La lenteur qui calmait la peur,
L'honnêteté qui protégeait,
L'ironie légère qui remettait d'aplomb,
Le choix des mots qui me gravaient

Moi irréparable.
T'arracher/M'arracher de mon cœur
Est un prix que je n'avais
Pas prévu de payer.

Je le dis donc ici :
Cette douleur, ce jour,
Tout ton désentrelacement tranquille
Finalement ne m'épargne pas du tout.

Le mal de t'aimer
Demeure, une ancre sombre,
Témoin de délices passés
Sombrant à nouveau au fond.

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Vol 990

Lundi 7 avril 2014 § 0 commentaire § permalink

grand fondu au blanc
rideau des paupières
corps abandonnés
filant kilomètres
neuf mille neuf cents 
quinze par minute
terme du décompte
les embrassements

Les quatrains de l’ère Tang (7-8e siècle chinois) dits de style moderne dont je m’inspire dans cette série étaient parfois utilisés séparément, mais aussi sous forme de huitain composé de deux quatrains (lüshi) ou de huitain suivi d’un certain nombre de distiques (jueju ou poème règlé long)1. Chaque vers était composé de 5 ou 7 caractères, caractères qui à l’époque représentaient une idée ou action qu’il faut souvent deux mots pour traduire en français. De ce fait les traductions de ces poèmes ont souvent 10 ou 12 syllabes par vers, bien qu’on les appelle pentasyllabiques ou heptasyllabiques. Ma réinterprétation ne prétend pas à une impossible fidélité aux poèmes Tang, si ce n’est en ce qui concerne les 5 ou 7 syllabes et l’absence – sauf exception – de verbes.

  1. Voir l’introduction par Dominique Hoisey de sa traduction de poèmes de Li Bai, Sur notre terre exilé, Orphée / La différence, 1990. []

Un monde qui s’accorde à nos limites – Emma Reel

Vendredi 4 avril 2014 § 0 commentaire § permalink

chelsea_ 005

Clefs perdues
Des courriels effacés
Cache-cache improvisé
Pour nos chers disparus
Dans cet univers mathématique j’étais venue demander de combattre à plat, sans coup de pelle, comme pour contester une imagerie belliqueuse qui était restée celle du pentest, de l’intrusion. Je glissais la plaque d’identification sous ma prothèse externe, le métal se réchauffait au contact de ma peau au point que chaque soir à l’ôter je la sentais collée sur mon cœur, et que chaque matin à la repositionner elle me transmettait un frisson. Puis, derrière plusieurs ordinateurs allumés en même temps je lisais Manning plaide coupable, Compromissions, Souveraineté du cyberespace – téraoctets d’un avenir qui télescopait à l’occasion des milliers de goélands poisseux, de harengs pourris ou de porcs empoisonnés charriés à 72 pixels / pouce en surface des eaux. C’était fou, toute cette énergie dépensée à défendre une planète en regardant passer les containers sur des écrans ornés de logos basse consommation.

***

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Instant

Mercredi 2 avril 2014 § 0 commentaire § permalink

cet instant donné
résonnant sans fin
mes paumes en cercle
autour de sa flamme

Vibration

Samedi 29 mars 2014 § 0 commentaire § permalink

mélopée vibrant
dans les os sans cesse
indue souveraine
la vie sans déni

Apnée

Vendredi 28 mars 2014 § 1 commentaire § permalink

l'air paraît diaphane
souffles raccourcis
la parole fluette
nos mots empêchés