En cours

mercredi 13 janvier 2016 § Commentaires fermés sur En cours § permalink

J’élabore actuellement sur ce blog un texte poétique sur l’anatomie des sens, des poèmes phonétiques destinés à la performance, des poésies numériques et transmédias, une série de textes sur les néotopies et des quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux précédents.

Rapprendre

mardi 7 mars 2017 § Commentaires fermés sur Rapprendre § permalink

troubles soudains
de l’enfant projeté
par le percevoir mutant
dans des mondes inconnus

il nous faut rapprendre
ce vertige des sens
reconfiguration
de ce qui ondoie
dans le coresprit

comme si au bord du vide
se mêlaient
le délice inquiet
d’un amour naissant
et de l’innommable
la terreur muette

c’est dans cette mixture
qu’une ébauche fragile
peut s’écrire en nous
et vibrer avec d’autres

Parler avant la parole

vendredi 3 mars 2017 § Commentaires fermés sur Parler avant la parole § permalink

quatre mois

le flux continu se fragmente
arrêt et reprise
suppléent le manque de consonnes

transition bruitées
où l’oreille devine
le m et le p
assemblées en une nouvelle prosodie
soulignée de gestes

le chant aussi
bouche et langue
machant délicatement
la matière sonore

elle parle
à nous de comprendre
l’onde du sens
navigue sur notre écoute

un hymne au sein
lâchant le téton
pour trois sons
et le happant
d’un plongeon soudain

relève la tête
sourire triomphant
voyez j’existe
comme être de parole

Les absents

mercredi 1 mars 2017 § Commentaires fermés sur Les absents § permalink

Ceci est le trente-huitième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ça commence par l’empire du pire aspirant tout et le reste avec. Décomposition vivante, digestion de soi, os pourris, ventre mangeoire dévoré dedans de voraces envies nourrissant le chaos. Les espoirs taris en instance de déni.

Le pire des moins pires devient pire que le pire. Les justes moins pires ânonnent leurs dogmes à la gargotte des oligarques et le dégoût qu’ils inspirent alimente l’aimant du pire. Un d’autant plus pire qu’il se présente comme propre sur lui s’enfonce doucement dans le bourbier qu’il a soigneusement creusé. Ailleurs, confits en la certitude d’avoir toujours été du bon des côtés, mais oubliant un peu leurs portefeuilles passés, d’autres s’accrochent avec les dents à l’os qu’ils rongent depuis si longtemps, la médaille du meilleur perdant mais pas magnifique. Les en partance du moins pire hésitent pareillement à risquer le possible. Englués dans les palais du passé, ils courent à la même perte en prétendant les fuir.
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85. Eaux

lundi 20 février 2017 § Commentaires fermés sur 85. Eaux § permalink

près d'Oxford

entre ciel et eau
refuge terrestre
entre ville et champs
une feuille d'eau

84. Lignes

dimanche 19 février 2017 § Commentaires fermés sur 84. Lignes § permalink

croisement des lignes
dans l'air et au sol
un égarement
de toutes les cartes

L’Europe en perdition – Kate Tempest

mercredi 15 février 2017 § Commentaires fermés sur L’Europe en perdition – Kate Tempest § permalink

Je traduis ici ce poème majeur de Kate Tempest, paroles du deuxième titre de l’album Let Them Eat Chaos (7 octobre 2016). Source : Rap Genius.


Dans l’appartement en sous-sol, près des garages
Où les gens jettent leurs vieux matelas
Esther est dans sa cuisine, fait des sandwichs
Les lames de ses stores sont bancales et tordues
On peut la voir de la rue jusqu’à ce qu’elle disparaisse
Pour ôter les bottes de ses pieds fatigués
Elle vient de faire un double poste
Esther est aide familiale, elle fait les nuits
Derrière elle, sur le mur de la cuisine
Il y a une photo noir et blanc d’un vol d’hirondelles
Ses yeux irrités, ses muscles douloureux
Elle ouvre une bière et la boit à grands traits
La tient contre ses lèvres assoiffées
Et l’engloutit d’un coup
Il est 04:18 une fois de plus
Son cerveau est empli de toutes les tâches du jour
Elle sait qu’elle ne dormira pas un instant
Avant que le soleil se lève
Elle s’inquiète du sort du monde cette nuit
Elle s’inquiète toujours
Elle ne sait pas comment elle ferait
Pour s’ôter ce souci de l’esprit
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83. Avant l’éclipse

vendredi 10 février 2017 § Commentaires fermés sur 83. Avant l’éclipse § permalink

flancs neigeux des monts
retenant le jour
cœur empli de lune
bientôt son éclipse

82. Blé

vendredi 10 février 2017 § Commentaires fermés sur 82. Blé § permalink

affleurement tendre
sur la terre grasse
pointes de froment
présage d'été

Situation

jeudi 9 février 2017 § Commentaires fermés sur Situation § permalink

J’écris Anatomie des sens dans une double expérience : l’émerveillement d’un grand-père interagissant avec le développement de trois petits êtres et une lecture immersive de Phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty. Je ne sais pas ce qu’Anatomie des sens sera, si ce n’est qu’il s’agira des relations entre langue, écriture et coresprit. Je ralentis sans cesse ma lecture, ressassant chaque phrase, pas pour atteindre une compréhension supérieure, mais plutôt pour que l’expérience de lecture dure, pour habiter ces mots. Attaquant la troisième et dernière partie, je tombe sur ou plutôt dans une phrase :

Ce livre commencé n’est pas un certain assemblage d’idées, il constitue pour moi une situation ouverte dont je ne saurais pas donner la formule complexe et où je me débats aveuglément jusqu’à ce que, comme par miracle, les pensées et les mots s’organisent d’eux-mêmes.

Voilà un sacré cadeau du philosophe à l’écriveur de poésie, même si le « comme par miracle » n’est jamais donné.

Éclat

samedi 4 février 2017 § Commentaires fermés sur Éclat § permalink

premier éclat
des rires
saluant la répétiton
d’un jeu

son corps balancé
des genoux paternels
en arrière puis avant

à deux cent kilomètres
un enfant de cent jours aussi
regarde la vidéo
de ce prodige

éclate de rire
à son tour

il a trouvé
son pareil autrui

Rumeur

lundi 30 janvier 2017 § Commentaires fermés sur Rumeur § permalink

allongé sur la table

conversations du restaurant
fondues en rumeur ductile

tente un premier son
trop criard

s’arrête écoute

un filet de voix
affluent modeste
joint à la rumeur

s’amplifiant peu à peu
chant qui se cherche

exister
au grand chœur du monde
quelle joie

Flot

mercredi 18 janvier 2017 § Commentaires fermés sur Flot § permalink

rivière de sons
en flot continu

pas un chant
c’est la langue qui coule
in-formée encore

mots roulant
comme pierres
charriées

torrent en nous
de part en part

vouloirs tout autour
et le nôtre
comme une basse continue

est-ce cela qu’on appelle soi ?

Regards

mardi 3 janvier 2017 § Commentaires fermés sur Regards § permalink

boire des yeux
ou se noyer
dans la houle
d’un autre regard

avant les larmes
avant les yeux brillants
si fort déjà le courant
qu’il épuise l’esprit
brûle le corps

le regard de l’infant
se détourne bientôt
de cette lave qui l’épuise

plus tard les amants
revivront le feu
la si douce noyade

s’ils se détournent
fut-ce un instant
est-ce désamour
ou pour goûter d’y revenir ?

Prosodie

mercredi 28 décembre 2016 § Commentaires fermés sur Prosodie § permalink

prosodie première
avant les mots
avant tout signifié

l’animal y lit l’intention
du petit humain
tout le corps en frémit

prosodie
première imitation
tout y manque encore

en quête
d’une nouvelle musique
de la langue

le poète
impuissant nourrisson
retrouve cet état premier

Alteri nos

mercredi 21 décembre 2016 § Commentaires fermés sur Alteri nos § permalink

ça bruisse de vouloirs
requiérant le nôtre

choses, êtres et ces choses
que des êtres ont voulu
et nous donnent
est-ce pour que nous
en soyons les jouets ?

parmi les êtres
nos petits semblables
rivaux et complices

une sorte d’énigme
posée sous nos yeux
plus mystérieuse encore
qu’un reflet au miroir

présentés à nous
comme une offrande
que nous hésitons à saisir
de tous nos sens
en devenir

Ma tante Gina

lundi 19 décembre 2016 § Commentaires fermés sur Ma tante Gina § permalink

Toute lecture est une écriture en nous. Mais parfois la lecture provoque à l’écriture d’une façon plus visible, à travers une coïncidence qui justement cesse d’en être une, s’empare de nous comme nous nous emparons d’elle. Deux chapitres de Ce qu’il faut de Corinne Lovera Vitali1 ont pour titre ma tante Gina et encore ma tante Gina. Il se trouve que moi aussi j’ai eu une tante Gina, dont je ne fus pas aussi proche, mais dont j’ai un vif souvenir qui n’est pas pour rien dans le tropisme qui m’emmène souvent au-delà des Alpes.

Je dis vif souvenir, mais je ne sais plus rien de son visage, de sa silhouette, plus de cinquante ans ont passé depuis ces temps où elle m’appelait ragazzino pour m’épargner la vexation supposée du bambino. C’était dans la maison d’A. l’un de ses fils. Le père d’A. était un cousin germain de mon grand-père, et c’est pour cela qu’on me la désignait comme tante. Dans les années 1920, il était parti en Italie exploiter un procédé chimique en même temps que mon grand-père faisait de même en Belgique et son frère en France. Ma tante Gina a dû donc vivre à Milan où l’entreprise s’était établie, mais je pense qu’elle était originaire d’ailleurs, d’un monde plus rural ou montagnard, de quelque part en tout cas où ne régnait pas la réserve milanaise. Gina était pour moi le maillon italien de la famille.
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  1. Ce billet n’est pas une note de lecture de Ce qu’il faut : je m’abstiens depuis 2014 d’écrire ici des notes de lecture des textes édités par publie.net pour éviter toute confusion entre la promotion que j’en fais comme éditeur et les notes de lectures critiques sur mon site personnel. []

Espace

vendredi 16 décembre 2016 § Commentaires fermés sur Espace § permalink

expansion

la vue porte plus loin
au fond sans fond
devenu objet ou motif

pour l’atteindre
tout entier tendu
le corps
soutient le regard

un nouveau monde
s’inscrit en lui
dessine
des pièces intérieures

puis au soir
les yeux fermés
s’ouvrent sur
ce monde inconnu

l’esprit s’habite
de terreur
et d’exultation

le sommeil se refuse
la nuit geint
et puis s’apaise

demain le monde nouveau
sera familier

Avant les mots

mercredi 7 décembre 2016 § Commentaires fermés sur Avant les mots § permalink

avant les mots
avant le babil même
les pleurs ne sont pas seuls
à rompre le silence

le corps joue de ses instruments
flûte respirante
couinements et gargouillis
une pré-langue
agence des vouloirs

pendant le sommeil paradoxal
les rêves turbulents
de la jeune dormeuse
conversent en un sabir sonore
accompagné de gestes
comme plus tard
le seront les phrases

déjà elle parle

81. Landes

dimanche 4 décembre 2016 § Commentaires fermés sur 81. Landes § permalink

grands rectangles d'arbres
posés sur le plat
des Landes sans fin 
sol déserté entre

Le silence primordial

jeudi 24 novembre 2016 § Commentaires fermés sur Le silence primordial § permalink

Avec l’émerveillement sans fin d’observer le développement perceptif et cognitif d’A., L. et L., la lecture de Maurice Merleau Ponty m’accompagne dans l’écriture d’anatomie des sens. En voici un extrait :

Nous perdons conscience de ce qu’il y a de contingent1 dans l’expression et dans la communication, soit chez l’enfant qui apprend à parler, soit chez l’écrivain qui dit et pense pour la première fois quelque chose, enfin chez tous ceux qui transforment en parole un certain silence. Il est pourtant bien clair que la parole constituée, telle qu’elle joue dans la vie quotidienne, suppose accompli le pas décisif de l’expression. Notre vue sur l’homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous décrirons pas le geste qui rompt ce silence. La parole est un geste, et sa signification un monde.

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, p. 224 de l’édition Tel / Gallimard.
  1. Par contingent, Merleau-Ponty signifie ici non déterminé par des significations déjà formées. Est donc contingent, ce qui constitue un événement dans l’histoire (individuelle ou sociale) des significations, comme est contingent dans l’évolution biologique ce qui n’était pas déjà déterminé, avec la différence que ce n’est pas le seul jeu du hasard, mais celui de la constitution de sujets dans et avec le monde. « Rien ne me détermine du dehors, non que rien ne me sollicite, mais au contraire parce que je suis d’emblée hors de moi et ouvert au monde » écrit-il dans la conclusion de Phénoménologie de la perception. []