En cours

mercredi 13 janvier 2016 § 0 commentaire § permalink

J’élabore actuellement sur ce blog un texte poétique sur l’anatomie des sens, des poèmes phonétiques destinés à la performance, des poésies numériques et transmédias, une série de textes sur les néotopies et des quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux précédents.

Avant

samedi 24 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

Rien.

Ou peut-être le goût de ce liquide.
Mais aucun avant qui permettrait de le caractériser.
Ou même de dire : cela existe.

Rien donc.

Puis peut-être une lueur de son. Un bruit de lumière quand le rideau passe devant.
Devant quoi ? Les sons, tiens il y en a plusieurs. Tout autour. Vibrent.

Ivresse du mouvement. Mais ça résiste. Ça presse. Ça coince. Ça décoince.

Parfois ça bouge. Ça berce avant le berceau.

Tout est un avant. Ignorant de quoi ?

En ce temps quelque chose se forme, qui nous sera à jamais inaccessible. Tout s’écrit si vite que rien ne peut s’effacer. Avant l’oubli, donc avant la mémoire.

À vif

vendredi 23 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

jamais uniques | interdits parfois

les penser avant la langue | en dessous de la langue | entre les langues
même si ne peuvent se dire que dans

la langue nous dit la difficulté de les dire dans son embrouillamini

les sens de sens ou avec

  • sens-ations
  • les sens (les cinq ou six et ceux dont les transports)
  • sensible | sensuel
  • s-ignifié : il y a du feu dans le sens
  • la raison et la perdre
  • dans ce sens : par là ou aussi à comprendre comme
  • sentiment (ce qu’on ressent pour | opinion sur) et pres-sentiment
  • bon sens ou sens commun

il n’y a pas d’essence des sens
une substance des sens, alors ?

l’anatomie des sens dans le coresprit
mais il faudrait une dissection à vif

Anatomie des sens

vendredi 23 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

Anatomie des sens est un projet initié le 23 septembre 2016, à un moment où ayant soumis des travaux précédents à divers éditeurs, leur poids invisible a cessé de m’empêcher d’en entamer un nouveau. L’écriture de ce texte poétique se fera sans doute entièrement sur ce blog, mais je n’en publierai probablement que certains fragments au fil de leur écriture.

Transfuges

lundi 12 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

Ceci est le trente-septième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ils sont dans la voiture 5, pas loin de la tête du train. Dans la lumière du jour finisssant, à l’approche de l’entrée du tunnnel, une légère appréhension saisit les passagers même expérimentés. Se réfugient dans le sommeil, dans le silence, dans un livre ou un film. Lui macère dans. Quoi, la honte ? L’impuissance ?. En tout cas de savoir qu’ils passent à grande vitesse le long de la rocade, pas loin de la jungle. Que bientôt, les anglais vont y construire un mur, comme si c’était eux qui délivraient les permis de construire dans le Pas-de-Calais.

À peine un petit choc. Dans une voiture, on aurait soupçonné un raté du moteur. Puis freinage à bloc. Leurs corps plaqués contre les sièges – les billets pas chers sont toujours dans le sens inverse de la marche – un long sifflement, l’arrêt et puis plus rien. Pas une conversation. C’est déjà arrivé une fois. Au retour. Des personnes s’étaient introduites dans le tunnel avait dit la voix du haut-parleur qui s’excusait du retard et de l’inconvenience mais on allait nous dédommager, c’est sûr. Personne n’avait rien dit. Mais là il y a eu un choc. Et pas d’annonce. Puis finalement si. Une qui dit qu’on est arrêté en pleine voie et de ne pas essayer d’ouvrir les portes. Des bruits de choc assourdis sur les parois. Une vitre fendue. On caillasse le train. C’est là qu’il arrête de penser.

Il se lève, se dirige vers le bout du wagon. Elle a compris qui sait quoi, mais le suit. Il appuye sur le bouton et la porte s’ouvre. Reçoit une pierre sur le bras. Forte douleur. Crie « stop, we are with you ». Les silhouettes s’approchent, veulent monter. « Three only ! » leur dit. Pourquoi trois, il ne saura jamais. Elle lui murmure à l’oreille : « Tu es fou, les autres voyageurs vont nous dénoncer ». Deux jeunes hommes qu’ils imaginent afghans. Et une jeune fille, arabe sans doute. Ils montent. La porte se referme. Un bip, bip retentit semblable à celui d’une pelle mécanique qui recule. Stupeur dans le wagon. « Il faut leur donner d’autres vêtements » dit-elle. Ils ouvrent leurs valises. Un jeune homme propose d’équiper l’un des afghans d’un sweater Abercrombie du plus bel effet. Plus loin, jeunes financiers ambitieux et bons citoyens s’affairent sur leurs portables et tablettes. Personne n’ose la dénonciation téléphonique. Bientôt un vide se crée au milieu du wagon, une minorité hésitante se rassemblant côté des réfugiés et une majorité craintive de l’autre. Remarques narquoises puis invectives à distance. Certains des bons citoyens partent vers la tête de train chercher des contrôleurs, lesquels sont de l’autre côté, ne trouveront que des préposés aux plateaux repas. Mais ça sent le roussi.

Le train parcourt les 53,5 km du tunnel et semble prendre un temps infini. C’est alors qu’ils se rendent compte que les réfugiés ont disparu. Évaporés. Sortie du tunnel. Ils s’attendent à ce que le train s’arrête pour fouilles et arrestations. Mais c’est sur une voie de garage d’Ashford International qu’on les parque. Flics ou militaires avec exosquelettes et armes de guerre tout autour. Les transfuges lèvent prudemment les mains, tout en continuant à fusiller du regard les bons citoyens. Ils sont à l’heure actuelle encore détenus pour interrogatoire et punitions applicables. Pas de nouvelle des réfugiés si ce n’est le communiqué habituel selon lequel aucune personne non autorisée n’est parvenue à entrer au Royaume-Uni par le train.

Faire le mur – Emmanuèle Jawad

samedi 3 septembre 2016 § 2 commentaires § permalink

C’était au Marché de la poésie, sur le stand des Éditions Lanskine. Sur une table, les livres regroupés des copines du Général : Lucie Taïeb, Marie de Quatrebarbes, Anne Kawala. Et celui-là, que je n’avais pas lu. Après une petite conversation, l’éditrice me donne le livre d’Emmanuèle Jawad, geste attentionné. Il est resté quelque mois sur l’étagère des livres qui me reprochent de n’avoir pas été lus. Puis m’a accompagné un matin pour aller boire un café au soleil. Je ne comptais pas en faire une note de lecture. Mais si.

En fait j’en avais déjà lu des bouts dans remue.net. Mais ce n’était pas la lecture au café ensoleillé. Le léger éblouissement dû au trop de lumière sur les pages, la sensation que ça ne va pas durer, ce moment, qu’il y faut y ếtre à plein. Pour la poésie cela donne la possibilité de percevoir en même temps la forme et ce que le poème dit/fait, au lieu de devoir alterner. Donc à l’oloé du café ensoleillé, j’emmène toujours des livres de poésie, parce que si on lit rien qu’un poème comme ça, la journée est sauvée.

Emmanuèle Jawad rend visite aux murs bien sûr, les incontournables (Berlin, Belfast, Chypre, la Palestine) et surtout ceux immenses et dispersés tout autour de notre Europe forteresse de la honte et au nord du Mexique. Ça, c’est la réalité, celle dont Mallarmé dit que le travail du poème est de l’abolir1, pas en la détruisant, mais en défaisant de ce qu’elle a d’évidence qui s’impose à nous et nous empêche de penser.
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  1. Ceci imprégné de la lecture de Pierre Campion, Mallarmé, poésie et philosophie. []

Les registrants

mardi 23 août 2016 § 0 commentaire § permalink

Ceci est le trente-sixième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ça va de pis en pis mal. Il y en a qui se réfugient. Là où ça ne se voit pas encore. Des coins qui ont échappé aux grands plans structurels, des sortes de réserves de l’espoir. Il y en a d’autres dont le regard se fige sur une petite zone, un jardin miniature de beauté encerclée de partout. Leur champ de vision se rétrécit comme dans un glaucome à angle fermé. D’autres encore ferraillent sans fin contre les causes du mal. Comme le chercheur qui voit tout l’univers dans une goutte d’eau, ils tirent sur tous les fils de la grande pelote. Mais derrière chaque nœud défait un autre se resserre.. Il faut retrouver du temps mais à force d’en gagner on oublierait d’en perdre. Il faut ralentir ce changement de tout pour rien qui nous englue sur place, nous empêche de ressaisir les devenirs. Vite, vite, il faut ralentir. Il faut remettre l’argent à sa place, mais comment si on n’en a pas. À force ces combats les épuisent.

On ne sait pas comment les registrants sont apparus. Mais on sait où. Au fond du désespoir. Là où on ne pense même plus aux causes tant les effets nous assaillent. Lorsque vient le sentiment qu’on n’y peut plus rien et que quelque chose en nous murmure, si, on peut encore, on peut l’inscrire, le noter, en faire un registre. Noter quoi ? Ce qui, par sa simple existence parle quand la parole nous fait défaut. Une notation qui à elle toute seule ne dirait rien, mais dont la répétition est un message. Aujourd’hui sur la rocade de Calais une jeune fille de 17 ans est morte écrasée par un camion. Un soldat engagé dans l’opération Sentinelle s’est suicidé avec son arme de service, c’est le troisième depuis la déclaration de l’état d’urgence. C’est le 19e soir de suite que des gendarmes ou des CRS évacuent de force les migrants qui se regroupent sous la ligne 2 du métro et détruisent leurs maigres possessions, y compris les certificats médicaux attestant les violences qu’ils ont subies.
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79. Baignades

lundi 22 août 2016 § 0 commentaire § permalink

Estanh de Naut

ébrouements lacustres
vase sur les pierres
l'eau chargée de fer
sa caresse neuve

78. Amitges

dimanche 21 août 2016 § 0 commentaire § permalink

grande dalle lisse
veilleur de granit
ton fronton immense
s'inquiète de nous

Les vociférants

dimanche 7 août 2016 § 1 commentaire § permalink

Ceci est le trente-cinquième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Des ordures, vous êtes des ordures, mais regardez des loques vous êtes, gluantes, vos fringues ne tiennent même pas dessus vous, allez regardez ailleurs, mais moi je vous vois, je vous tiens, si je vous prends, je vous détruis comme vous m’avez, je me tenais debout et vous les bien polis vous m’avez cassé plus sûr qu’avec des barres, vous m’avez jetée comme un détritus, vos regards ailleurs toujours comme des crachats, mais je vous tiens maintenant, là vous, oui vous le beau petit monsieur de merde, vous lui ressemblez à celui qui m’a et aux autres aussi, mais lui je l’ai cloué dans son sommeil, t’as peur ça se voit peur d’une comme moi, c’est ça que tu vaux, elle le sait l’autre là qui a peur que je la salisse rien qu’en la regardant, mais t’es déjà sâle, tout à l’intérieur et ça déteint dehors, oui marche plus vite va mais tu ne m’échapperas pas, et lui non plus, c’est ça appelez les flics, ils me mettront à Saint-Anne, mais je reviendrai, vous êtes hantés pauvres cons…

Il y en avait toujours eu. Cela commençait par un bruit venu de loin, comme celui des voitures munies de mégaphones qui annonçent la présence d’un cirque. Mais très vite le son devenait inquiétant. C’était celui d’une colère, d’une dispute. Un couple peut-être. Mais se rapprochant c’était clairement un monologue. Une femme ou un homme poursuivant la terre entière de son courroux sans aucune intention de lui laisser placer un mot.
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77. Effacement

samedi 23 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

refletabsent

repentir optique
gommant la montagne
son reflet absent
sur elle replié

et en version anglaise pour nos guides en ces terres écossaises :

Pentimento

pentiment of light
the mountain erased
its reflection gone
or just folded back

76. Lande

vendredi 22 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

lande

désert de bruyères
à perte de vue
griffures d'humains
en quête de tourbe

et en version anglaise pour nos guides en ces terres écossaises :

Moorland

heather unlimited
the moorland desert
save human scratches
in a quest of peat

75. Serpent de ciel

mercredi 20 juillet 2016 § 2 commentaires § permalink

La Dee à Braemar

serpent de rivière
sur la trace plate
d'un ancien glacier
un présent de ciel

et en version anglaise pour nos guides en ces terres écossaises :

Meander

the Dee lays its snake
in the flat valley
from very old ice
a present of sky

Fissures / 20

dimanche 17 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

la terre assoiffée
rétractant sa croûte
révèle un pavage secret
d'hexagones cabossés

ainsi la langue
dépérissant
de chercher en vain
les mots
de l'insensé
affamée
de ce qui ne se peut
éperdue
de dire quand même
la langue
révèle les chemins
de ce qui craque en nous

jetant ce filet
dans la houle
du temps furtif
nous y recueillons
la vague
d'un regard
le battement manqué
d'une inspiration
la précieuse brûlure
d'aimer
et la brise portante
de ce qui se dit à plusieurs

Fissures / 19

jeudi 14 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

le mortier trop dur
ne suit plus
le bâti de nos liens
fissures omniprésentes
combattues
par des tirants serrés
pour éviter les écarts
lourds étaiements
pour que plus rien ne bouge

faut-il alors
enlastifier les fissures
pour que respire à nouveau
le possible
de nos élans

une vitre
nous sépare du monde
opaque et déformante
seules ses brisures
nous permettent d'y voir

quand un verre précieux
se cassait autrefois
on coulait dans ses fentes
de l'or fondu
à présent, de quelque source
il jaillisse
c'est au suc ambré
des mots
qu'il nous faut lapper
quelques gouttes
de lumière

74. Cris

jeudi 14 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

aux cris de la fouine
terreur des oiseaux
l'humain mammifère
pas si rassuré

Fissures / 18

dimanche 10 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

dispersée
en zones de chalandise
identitaire
notre constitution humaine
survit dans ce qui suinte
précieuse dysfonction
bouillonnement intérieur

devinant quelque alchimie
un hasard malicieux
rapproche
nos fêlures
effleurement où surgit
le sens qui nous lie
dans notre étrangeté

turbulences
des flots
jaillisant s'engouffrant
de dans les déchirures
être de ce qui déroge
en nous l'autre
si cela nous est donné
une cicatrice à jamais
y apposera sa marque

on ne sait à quoi
d'autres perçoivent
l'invisible trace
un regard
un geste imperceptible
disent
ce pourrait être
et de le savoir
chacun vertige du possible

Fissures / 17

mercredi 6 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

chacun transporte autour de lui
une cage transparente
cristal gazeux
aux arêtes invisibles
cellule d'isolement
un nulle part
portable en tous lieux

ce pavage de solitudes
étouffe la terre vivante
mais que frémisse le sol
ou tempête le soleil
qu'il vente des aurores
ou érupte le volcan nocturne
et en mille anfractuosités
suinte le suc des corps

soudain
un treillis proliférant
de fissures rougeoyantes
dessine la géométrie
des voisinages
et sa topologie secrète
réunit des amis ignorés

mais nul toucher
ne traverse les faces
et les coresprits
restent divisés
leur peau leur gorge
s'enflamment
d'une soif
inapaisable

vacarme
muet
de leurs yeux

Fissures / 16

samedi 2 juillet 2016 § 0 commentaire § permalink

six et demi
sur l'échelle de Richter
sol sablonneux
des attentes
ondes verticales
comme des haut-le-cœur
tout se fend
aux jointures
de leurs corps
disloqués

s'enchevêtrent les membres
mikado de chair et d'os
une lente reptation
pour se dénouer
bouches guidées
par la soif
mains happant
flancs, seins, hanches, fesses
peignant cheveux
comptant vertèbres
mais à qui
sont ces corps ?

puis ils reposent
demantibulés
angles étranges
de leurs articulations
marmonnent des sons
d'outre les langues
qui disent
les bordures incertaines
qu'ils ne sont plus qu'un
mais séparé
que leur corps ne s'arrête plus
à leur peau
qui appellent
le filet
d'une autre étreinte

Fissures / 15

vendredi 24 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

dans cette plaie
qui ne guérit pas
d'autres flux s'engouffrent
la vie
se mêle à la douleur
l'un temps indicible
murmure de nouveaux mots
le mal connu
féconde l'insu
d'une question ouverte

un visage
entr'aperçu
une voix
traversant les pores
de plus que la peau
visites
sans attaches
régénération
de l'imaginable
baume d'eau fraîche
sur la brûlure

temps de chaos
quarante ans
de carence
nous rattrapent
nous y serons naufragés
happant des bois de dérive
pour y graver
un morceau de sens
mais nous y aimerons
encore

72-73. Dans la nasse

jeudi 23 juin 2016 § 2 commentaires § permalink

16:30 : absence d’incidents sérieux et mes peurs donc infondées. Mais à quel prix : des interpellations en masse pour des motifs qui se révéleront insignifiants, humiliations et confiscations d’objets insignifiants et surtout une dissuasion massive de la participation à la manifestion. La peur temporairement s’éloigne, la fureur devant ces atteintes aux droits les plus élémentaires demeure.


canons remplis d'eau
Faubourg Saint-Antoine
gendarmes mobiles
massés tout autour

apprentis tyrans
nasseurs aux abois
dira-t-on Bastille
comme on dit Charonne ?