Les années 10 de Nathalie Quintane

Mercredi 28 janvier 2015 § 0 commentaire § permalink

Dans ce petit coin du Web où je loge mes écrits, une auteure pour qui les prépositions (comme les chaussures et les tomates) sont des sujets méritant qu’on leur donne une place centrale dans un ouvrage bénéficie d’un préjugé très favorable. Et si en plus, elle les décline – les prépositions – pour décortiquer toutes les façons d’échouer à cerner ce que peut recouvrir une notion comme les pauvres, pratiquant ainsi une autodéfense lexicale qui s’adresse aussi à ses propres efforts, le préjugé devient prétexte à une lecture réjouissante. Mais il ne faut pas en rester à ce prétexte. Les années 10 font, fait très rare, un bon petit bout de chemin vers la réalisation d’un programme qui est formulé dans le livre lui-même, tout à la fin :

…que l’acte littéraire en soit un, et qu’il soit symboliquement et socialement actif …, que la lecture de certains textes relève de l’expérience qu’on fait et, s’ils sont bons, mène à la pleine et entière possession de cette expérience et ce, jusqu’à nous pousser à agir ailleurs que dans les livres… »

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Requête

Mardi 27 janvier 2015 § 0 commentaire § permalink

alerte sans mots
grand cri de silence
nous voilà requis
d'étreindre le vide

Zones d’autodéfense lexicale

Dimanche 25 janvier 2015 § 0 commentaire § permalink

On a d’abord essayé de libérer toute la langue, mais c’est trop dur. L’entre les langues est attirant, mais pas à la portée de certains. Alors on a décidé d’adopter des mots. Juste quelques-uns, mais bien choisis. Ceux là, on ne les lâchera pas. Il y a deux sortes de zones d’autodéfense lexicale, celles des mots qu’on ne laissera pas salir et celles des mots qu’on ne laissera pas passer en douce.

Les deux premiers, ce sont radicalisation et peuplement. Ensemble curieusement. L’un sans doute étant censé compenser l’autre. Se radicaliser, c’est revenir à la racine, à l’essence de quelque chose. Ce genre de mot, quand il fait son irruption dans le discours politique pour désigner ce qu’on veut éradiquer, c’est par effraction. Pas comme terme juridique dans le code pénal. Non, il se loge dans les exposés des motifs, dans les études d’impact, dans des justificatifs d’amendements pour rendre un texte pire qu’avant. Pour faire passer la pilule, ils ajoutent parfois « violente ». Mais d’autres fois se gardent bien de le préciser. Parce que c’est vraiment après la radicalisation qu’ils en ont. Ce qui est fâcheux, vu que nous, on en a besoin, de se radicaliser. Et vite. En plus, nous avons quelque chose de plus difficile à faire : comprendre ce qu’il y a d’humain et de politique chez ces criminels qui sont nos enfants et savoir agir en commun avec ceux oh combien plus nombreux que nous avons également maltraités et qui ont fait avec, jour après jour, sans que nous sachions comment.
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Sextain / 13

Jeudi 22 janvier 2015 § 0 commentaire § permalink

visage de bronze venu des monts du fleuve
masque d'orichalque, cours ruisseau de tes dents !
val habité des flots le profil de ton buste
image tes seins en statue née de la mer
idole sortie de l'eau en haute ressemblance
aux têtes d'airain issues du val des torrents

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Sextain / 12

Lundi 19 janvier 2015 § 0 commentaire § permalink

amender le tissu ingrat des solitudes 
le pauvre enchaînement de leurs déserts viciés
en cohue féconde enchevêtrer nos manques
vagabonds affaiblis et jeunes incongrus
la tendre coque de nos étoffes luisantes
réparera la chair démunie du social

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Les insommés

Mercredi 14 janvier 2015 § 4 commentaires § permalink

Comme quelque chose qui a longtemps dormi, la rébellion est à son état de pachyderme, un gros pachyderme, de tortue, elle avance tout doux.
Charles Pennequin et l’armée noire, La manifiesta

C’est l’union nationale. Avec les fachos et les dictateurs qui baillonnent la liberté d’expression. Encore ça ce n’est rien, il y en a toujours eu qui ont réussi à se glisser au premier rang. Le plus grave, c’est qu’il y en a qui ne s’y sentaient pas bienvenus. A cause de leur couleur ou de leur religion diront certains. Peut-être, mais pas seulement. Quelque chose faisait qu’ils ne s’y sentaient pas chez eux. Et puis il y a les insommés. Les insommés ce sont ceux ou celles qui ne répondent pas à la sommation de l’événement. Pourtant on les a mis en demeure, mais il y a quelque chose en eux qui renacle. Ce sont ceux aussi dont tout cela ne fait pas la somme. S’ils y étaient allés, à l’union nationale, s’y seraient sentis chez eux, connaissent tous les mots, même ceux qui ne veulent plus rien dire. Mais voilà, ils ne voulaient pas y être. Oh, ça leur aurait fait plaisir, ce moment d’être ensemble avec beaucoup. Se sentir agir soudain alors qu’on a été si passifs pendant des années. Elles auraient aimé les panneaux avec les expressions individuelles, cette symphonie de chacuns qui forment un tout. Elles auraient trouvé les gens beaux. Ils auraient eu peur de la foule mais admiré son calme.

Les insommés, ils écrivent et enregistrent leurs paroles. Ils expliquent pourquoi ils doutent. Le premier ministre, lui, il n’en a pas de doutes. Il va faire des mesures exceptionnelles mais pas de mesures d’exception. On va se cogner un Acte patriotique. Les insommés, eux, elles, ils font autre chose. Ils expliquent tout ce qui déborde, qui ne tient dans cette grande sommation. Une fait parler ses élèves et raconte ce qu’ils ont dit. Un autre parle de l’alternance de la passivité et de l’effusion et conclut que : « aucun élément concret ne permet pour l’instant de croire que ce ne sont pas les plus mauvais choix qui seront retenus ». Un autre encore explique comment la formule « je suis Charlie » a fonctionné comme une sommation. Les insommés ne sont pas seuls, ils se reconnaissent. On n’est pas près d’en faire la somme.

Sextain / 11

Lundi 12 janvier 2015 § 1 commentaire § permalink

ciel d'hiver harmonies grisâtres sur la ville
pâles frimas d'azur s'agençant en cité
champs de couleurs froides, espaces d'injustice
centres de discorde au vieux destin fardé
oh chœur du froid aux éclats nuancés de musique,
colore l'an commun en un temps fraternel !

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Janvier

Vendredi 2 janvier 2015 § 3 commentaires § permalink

vue de la grange
la sente perdue
feuilles sous les pieds
bouleaux en lisière
versant nord la neige

la pente l'oblique
puis l'herbe les murs
et bientôt la grange
havre de janvier

Sextain / 10

Jeudi 1 janvier 2015 § 0 commentaire § permalink

l'atmosphère pâlit dans l'instant crépuscule
urgence s'éclipsant à la tombée du jour
estompe de l'azur, avant-nuit perpétuelle
au ciel décoloré le couchant insistant
enveloppe de lueurs pendant une seconde
le décor pressenti d'une aurore rougie

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Sextain / 9

Mercredi 24 décembre 2014 § 1 commentaire § permalink

imperceptiblement les jours pâles rallongent
la clarté délavée s'entr'ouvre peu à peu
doucement le soleil inconsistant s'étire
ajoutant pas à pas une tournure de sang
l'existence s'accroît en brusques fulgurances
fissures vermeilles pour un temps tamisé

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