En cours

mercredi 13 janvier 2016 § 0 commentaire § permalink

J’élabore actuellement sur ce blog un texte poétique sur l’anatomie des sens, des poèmes phonétiques destinés à la performance, des poésies numériques et transmédias, une série de textes sur les néotopies et des quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. Voir les catégories du menu de gauche pour les travaux précédents.

Avant les mots

mercredi 7 décembre 2016 § 0 commentaire § permalink

avant les mots
avant le babil même
les pleurs ne sont pas seuls
à rompre le silence

le corps joue de ses instruments
flûte respirante
couinements et gargouillis
une pré-langue
agence des vouloirs

pendant le sommeil paradoxal
les rêves turbulents
de la jeune dormeuse
conversent en un sabir sonore
accompagné de gestes
comme plus tard
le seront les phrases

déjà elle parle

81. Landes

dimanche 4 décembre 2016 § 0 commentaire § permalink

grands rectangles d'arbres
posés sur le plat
des Landes sans fin 
sol déserté entre

Le silence primordial

jeudi 24 novembre 2016 § 0 commentaire § permalink

Avec l’émerveillement sans fin d’observer le développement perceptif et cognitif d’A., L. et L., la lecture de Maurice Merleau Ponty m’accompagne dans l’écriture d’anatomie des sens. En voici un extrait :

Nous perdons conscience de ce qu’il y a de contingent1 dans l’expression et dans la communication, soit chez l’enfant qui apprend à parler, soit chez l’écrivain qui dit et pense pour la première fois quelque chose, enfin chez tous ceux qui transforment en parole un certain silence. Il est pourtant bien clair que la parole constituée, telle qu’elle joue dans la vie quotidienne, suppose accompli le pas décisif de l’expression. Notre vue sur l’homme restera superficielle tant que nous ne remonterons pas à cette origine, tant que nous ne retrouverons pas, sous le bruit des paroles, le silence primordial, tant que nous décrirons pas le geste qui rompt ce silence. La parole est un geste, et sa signification un monde.

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, p. 224 de l’édition Tel / Gallimard.
  1. Par contingent, Merleau-Ponty signifie ici non déterminé par des significations déjà formées. Est donc contingent, ce qui constitue un événement dans l’histoire (individuelle ou sociale) des significations, comme est contingent dans l’évolution biologique ce qui n’était pas déjà déterminé, avec la différence que ce n’est pas le seul jeu du hasard, mais celui de la constitution de sujets dans et avec le monde. « Rien ne me détermine du dehors, non que rien ne me sollicite, mais au contraire parce que je suis d’emblée hors de moi et ouvert au monde » écrit-il dans la conclusion de Phénoménologie de la perception. []

Cloche

mardi 22 novembre 2016 § 0 commentaire § permalink

son d’une cloche

yeux désaccomodés
est-ce à l’intérieur
qu’ils regardent

son qui monte et descend
vague tremblante

que veut ce son ?
une main l’a agi
mais le regard
se porte ailleurs

dans le vide
où se discerne une volonté

tous les sens
submergés d’écoute

Balbutiements

mercredi 16 novembre 2016 § 0 commentaire § permalink

tout ensemble
vision d’un visage
lèvres remuantes
ondes audibles

sculpture intérieure
de la matière
du vouloir
encore indicible

langue
déjà là en puissance
d’écrire l’entendre
en intentions de dire

80. Cambridge

vendredi 28 octobre 2016 § 2 commentaires § permalink

lumière de Nord
rumeur des artères
promesse d'enfance
présages des grues

[in|ex]térieur

lundi 24 octobre 2016 § 0 commentaire § permalink

si tout est intérieur
sans limites
aux bords vagues

d’où alors l’entr’agir ?

le coresprit
mains virevoltantes
se regarde du dehors
en s’agissant du dedans

puis rêvant
joue l’extérieur en lui

il y a de l’autre
du monde
en soi

et de nous
tout autour

En soi

vendredi 21 octobre 2016 § 0 commentaire § permalink

masse de sons
où l’appétit né
d’entre agir
discerne un flux

des yeux boire cette onde
invisible pourtant
insubstantial
une brume à sa place
familière déjà

quand s’y discernera
une bouche
alors frémissement
des lèvres
l’écouter
sera dire
même sans un son

comme plus tard
lire
sera écrire
en soi

De nous

dimanche 16 octobre 2016 § 0 commentaire § permalink

selon le philosophe
trois sens de nous
intérieur, extérieur et propre

tube, membrane et
ce qui nous tient
debout

chez le nouveau-né
plomberie grinçante
comme dans une maison
où l’on rouvre
le robinet d’alimentation
après une longue absence

restera
siège des brûlures
des rongements du désir

la peau
est-ce dedans ou dehors ?
ça dépend
d’où l’esprit
pose la question
tiens, celui-là
où se loge-t-il ?

et la proprioception
sens de tout ce qui est
taken for granted
squelette, muscles, stature
battements du cœur
respiration

sentie
quand nous vient à manquer
dans le vertige
le souffle coupé
la syncope

les troubles
terribles et doux

Toucher

lundi 10 octobre 2016 § 0 commentaire § permalink

d’abord autour de la bouche

penser à la caresse qu’on fait
à l’entour de lèvres brûlées
par le soleil ou la fièvre

eau qui coule sur
est-ce déjà une peau

et puis partout
l’apesante poussée

bouger
ça résiste
mais quoi

parfois ça pousse
message d’un monde à venir

où l’on sent
du dedans
de dehors

où l’on revient
à touche touche

Goûter

samedi 8 octobre 2016 § 0 commentaire § permalink

fade | juste un peu salé

tout autour
un liquide-monde
absorption et excrétion
recyclage en trois heures

un seul goût aux nuances complexes

emprunt aux autres sens
odorat liquide

plus tard
comme un souvenir réinventé
imaginer un univers
en chair de fraise | ou de cerise

on y creuse des galeries
comme une taupe

sucré, amer, salé, acide
composants si simples
qu’on discourera sans fin
sur les saveurs

baiser interminable
de toutes nos bouches

Sentir

jeudi 6 octobre 2016 § 0 commentaire § permalink

on ne peut rappeler une odeur
c’est elle qui nous rappelle
mais nous rappelle pas elle
nous rappelle sa compagnie
nous raccompagne

sans doute pourquoi
sentir dit
à la fois l’odorat
et d’autres sens

on sent le grain
du bois de la table
la douceur de l’air
ou d’un tissu
sur la peau

on sent cet arrière-goût
qui nous délecte
ou nous dégoûte

on se sent mal
et c’est un sens aussi

la faim, la soif
aussi se sentent

mais on ne sent pas
ce qu’on a vu
on a juste l’impression
du déja cela

Les choses et les êtres sentent
c’est fragrant

en anglais
sentient c’est conscient et sensible
ce qu’on ne peut pas sentir
nous échappe à jamais

Ouïr

mardi 4 octobre 2016 § 0 commentaire § permalink

l’oreille interne | legs des poissons

boîte cranienne | cage thoracique
tout ce qui résonne | même dans le monde liquide

la peau invisible d’un tambour de chair
gravide soufflant
dans l’amniotique liqueur
des ondes rapides
cinq fois plus que dans l’air

plus tard
toujours corporel
l’ouïr nous transporte

musique
ou tendre gémissement
il joue de nous
en tous sens

ses bruits ininvités
écorchures intérieures
comment alors laisser ouverte
la porte à ses surprises

In visu

jeudi 29 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

voir

rétine projetée | point à point dans le cortex
camera oscura | image inversée
ou plutôt deux | parfois inconciliables

toute une machinerie derrière | soute inconsciente
sur le pont la pensée | capturée ou divisée
schize du coresprit

saccades oculaires | inconscientes ou ralenties
on ne sait pas ce qu’on regarde
mais on croit le guider

images intérieures | brièvement à portée
plus tard reviennent hanter nos rêves
fantômes d’un monde possible

première création
avant le langage

digestion du trop plein visuel

inondés d’images
rêvons-nous encore ?

Avant

samedi 24 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

rien

ou peut-être le goût de ce liquide
mais aucun avant qui permettrait de le caractériser
ou même de dire : cela existe

rien donc

puis peut-être une lueur de son | un bruit de lumière quand le rideau passe devant
devant quoi ?
les sons, tiens il y en a plusieurs | tout autour | vibrent

ivresse du mouvement | mais ça résiste | ça presse | ça coince | ça décoince

parfois ça bouge | ça berce avant le berceau

tout est un avant | ignorant de quoi ?

en ce temps quelque chose se forme, qui nous sera à jamais inaccessible
tout s’écrit si vite que rien ne peut s’effacer
avant l’oubli, donc avant la mémoire

À vif

vendredi 23 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

jamais uniques | interdits parfois

les penser avant la langue | en dessous de la langue | entre les langues
même si ne peuvent se dire que dans

la langue nous dit la difficulté de les dire dans son embrouillamini

les sens de sens ou avec

  • sens-ations
  • les sens (les cinq ou six et ceux dont les transports)
  • sensible | sensuel
  • s-ignifié : il y a du feu dans le sens
  • la raison et la perdre
  • dans ce sens : par là ou aussi à comprendre comme
  • sentiment (ce qu’on ressent pour | opinion sur) et pres-sentiment
  • bon sens ou sens commun

il n’y a pas d’essence des sens
une substance des sens, alors ?

l’anatomie des sens dans le coresprit
mais il faudrait une dissection à vif

Anatomie des sens

vendredi 23 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

Anatomie des sens est un projet initié le 23 septembre 2016, à un moment où ayant soumis des travaux précédents à divers éditeurs, leur poids invisible a cessé de m’empêcher d’en entamer un nouveau. L’écriture de ce texte poétique se fera sans doute entièrement sur ce blog, mais je n’en publierai probablement que certains fragments au fil de leur écriture.

Transfuges

lundi 12 septembre 2016 § 0 commentaire § permalink

Ceci est le trente-septième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ils sont dans la voiture 5, pas loin de la tête du train. Dans la lumière du jour finisssant, à l’approche de l’entrée du tunnnel, une légère appréhension saisit les passagers même expérimentés. Se réfugient dans le sommeil, dans le silence, dans un livre ou un film. Lui macère dans. Quoi, la honte ? L’impuissance ?. En tout cas de savoir qu’ils passent à grande vitesse le long de la rocade, pas loin de la jungle. Que bientôt, les anglais vont y construire un mur, comme si c’était eux qui délivraient les permis de construire dans le Pas-de-Calais.

À peine un petit choc. Dans une voiture, on aurait soupçonné un raté du moteur. Puis freinage à bloc. Leurs corps plaqués contre les sièges – les billets pas chers sont toujours dans le sens inverse de la marche – un long sifflement, l’arrêt et puis plus rien. Pas une conversation. C’est déjà arrivé une fois. Au retour. Des personnes s’étaient introduites dans le tunnel avait dit la voix du haut-parleur qui s’excusait du retard et de l’inconvenience mais on allait nous dédommager, c’est sûr. Personne n’avait rien dit. Mais là il y a eu un choc. Et pas d’annonce. Puis finalement si. Une qui dit qu’on est arrêté en pleine voie et de ne pas essayer d’ouvrir les portes. Des bruits de choc assourdis sur les parois. Une vitre fendue. On caillasse le train. C’est là qu’il arrête de penser.

Il se lève, se dirige vers le bout du wagon. Elle a compris qui sait quoi, mais le suit. Il appuye sur le bouton et la porte s’ouvre. Reçoit une pierre sur le bras. Forte douleur. Crie « stop, we are with you ». Les silhouettes s’approchent, veulent monter. « Three only ! » leur dit. Pourquoi trois, il ne saura jamais. Elle lui murmure à l’oreille : « Tu es fou, les autres voyageurs vont nous dénoncer ». Deux jeunes hommes qu’ils imaginent afghans. Et une jeune fille, arabe sans doute. Ils montent. La porte se referme. Un bip, bip retentit semblable à celui d’une pelle mécanique qui recule. Stupeur dans le wagon. « Il faut leur donner d’autres vêtements » dit-elle. Ils ouvrent leurs valises. Un jeune homme propose d’équiper l’un des afghans d’un sweater Abercrombie du plus bel effet. Plus loin, jeunes financiers ambitieux et bons citoyens s’affairent sur leurs portables et tablettes. Personne n’ose la dénonciation téléphonique. Bientôt un vide se crée au milieu du wagon, une minorité hésitante se rassemblant côté des réfugiés et une majorité craintive de l’autre. Remarques narquoises puis invectives à distance. Certains des bons citoyens partent vers la tête de train chercher des contrôleurs, lesquels sont de l’autre côté, ne trouveront que des préposés aux plateaux repas. Mais ça sent le roussi.

Le train parcourt les 53,5 km du tunnel et semble prendre un temps infini. C’est alors qu’ils se rendent compte que les réfugiés ont disparu. Évaporés. Sortie du tunnel. Ils s’attendent à ce que le train s’arrête pour fouilles et arrestations. Mais c’est sur une voie de garage d’Ashford International qu’on les parque. Flics ou militaires avec exosquelettes et armes de guerre tout autour. Les transfuges lèvent prudemment les mains, tout en continuant à fusiller du regard les bons citoyens. Ils sont à l’heure actuelle encore détenus pour interrogatoire et punitions applicables. Pas de nouvelle des réfugiés si ce n’est le communiqué habituel selon lequel aucune personne non autorisée n’est parvenue à entrer au Royaume-Uni par le train.

Faire le mur – Emmanuèle Jawad

samedi 3 septembre 2016 § 2 commentaires § permalink

C’était au Marché de la poésie, sur le stand des Éditions Lanskine. Sur une table, les livres regroupés des copines du Général : Lucie Taïeb, Marie de Quatrebarbes, Anne Kawala. Et celui-là, que je n’avais pas lu. Après une petite conversation, l’éditrice me donne le livre d’Emmanuèle Jawad, geste attentionné. Il est resté quelque mois sur l’étagère des livres qui me reprochent de n’avoir pas été lus. Puis m’a accompagné un matin pour aller boire un café au soleil. Je ne comptais pas en faire une note de lecture. Mais si.

En fait j’en avais déjà lu des bouts dans remue.net. Mais ce n’était pas la lecture au café ensoleillé. Le léger éblouissement dû au trop de lumière sur les pages, la sensation que ça ne va pas durer, ce moment, qu’il y faut y ếtre à plein. Pour la poésie cela donne la possibilité de percevoir en même temps la forme et ce que le poème dit/fait, au lieu de devoir alterner. Donc à l’oloé du café ensoleillé, j’emmène toujours des livres de poésie, parce que si on lit rien qu’un poème comme ça, la journée est sauvée.

Emmanuèle Jawad rend visite aux murs bien sûr, les incontournables (Berlin, Belfast, Chypre, la Palestine) et surtout ceux immenses et dispersés tout autour de notre Europe forteresse de la honte et au nord du Mexique. Ça, c’est la réalité, celle dont Mallarmé dit que le travail du poème est de l’abolir1, pas en la détruisant, mais en défaisant de ce qu’elle a d’évidence qui s’impose à nous et nous empêche de penser.
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  1. Ceci imprégné de la lecture de Pierre Campion, Mallarmé, poésie et philosophie. []

Les registrants

mardi 23 août 2016 § 0 commentaire § permalink

Ceci est le trente-sixième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ça va de pis en pis mal. Il y en a qui se réfugient. Là où ça ne se voit pas encore. Des coins qui ont échappé aux grands plans structurels, des sortes de réserves de l’espoir. Il y en a d’autres dont le regard se fige sur une petite zone, un jardin miniature de beauté encerclée de partout. Leur champ de vision se rétrécit comme dans un glaucome à angle fermé. D’autres encore ferraillent sans fin contre les causes du mal. Comme le chercheur qui voit tout l’univers dans une goutte d’eau, ils tirent sur tous les fils de la grande pelote. Mais derrière chaque nœud défait un autre se resserre.. Il faut retrouver du temps mais à force d’en gagner on oublierait d’en perdre. Il faut ralentir ce changement de tout pour rien qui nous englue sur place, nous empêche de ressaisir les devenirs. Vite, vite, il faut ralentir. Il faut remettre l’argent à sa place, mais comment si on n’en a pas. À force ces combats les épuisent.

On ne sait pas comment les registrants sont apparus. Mais on sait où. Au fond du désespoir. Là où on ne pense même plus aux causes tant les effets nous assaillent. Lorsque vient le sentiment qu’on n’y peut plus rien et que quelque chose en nous murmure, si, on peut encore, on peut l’inscrire, le noter, en faire un registre. Noter quoi ? Ce qui, par sa simple existence parle quand la parole nous fait défaut. Une notation qui à elle toute seule ne dirait rien, mais dont la répétition est un message. Aujourd’hui sur la rocade de Calais une jeune fille de 17 ans est morte écrasée par un camion. Un soldat engagé dans l’opération Sentinelle s’est suicidé avec son arme de service, c’est le troisième depuis la déclaration de l’état d’urgence. C’est le 19e soir de suite que des gendarmes ou des CRS évacuent de force les migrants qui se regroupent sous la ligne 2 du métro et détruisent leurs maigres possessions, y compris les certificats médicaux attestant les violences qu’ils ont subies.
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