En cours

mercredi 13 janvier 2016 § 0 commentaire § permalink

Les principaux chantiers que je mène en ce moment sur ce blog sont une série de poèmes sur le thème des fissures dont la spatialisation sert à l’écriture mais est destinée à disparaître ou prendre d’autres formes à terme, une série de textes sur les néotopies et des quatrains inspirés de la poésie chinoise Tang et rédigés au fil du quotidien. De juin 2015 à janvier 2016, j’y ai publié (presque) chaque jour un quatrain, dont l’ensemble constitue un conte.

Fissures / 15

vendredi 24 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

dans cette plaie
qui ne guérit pas
d'autres flux s'engouffrent
la vie
se mêle à la douleur
l'un temps indicible
murmure de nouveaux mots
le mal connu
féconde l'insu
d'une question ouverte

un visage
entr'aperçu
une voix
traversant les pores
de plus que la peau
visites
sans attaches
régénération
de l'imaginable
baume d'eau fraîche
sur la brûlure

temps de chaos
quarante ans
de carence
nous rattrapent
nous y serons naufragés
happant des bois de dérive
pour y graver
un morceau de sens
mais nous y aimerons
encore

72-73. Dans la nasse

jeudi 23 juin 2016 § 2 commentaires § permalink

16:30 : absence d’incidents sérieux et mes peurs donc infondées. Mais à quel prix : des interpellations en masse pour des motifs qui se révéleront insignifiants, humiliations et confiscations d’objets insignifiants et surtout une dissuasion massive de la participation à la manifestion. La peur temporairement s’éloigne, la fureur devant ces atteintes aux droits les plus élémentaires demeure.


canons remplis d'eau
Faubourg Saint-Antoine
gendarmes mobiles
massés tout autour

apprentis tyrans
nasseurs aux abois
dira-t-on Bastille
comme on dit Charonne ?

Fissures / 14

mercredi 22 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

la topographie inconnue
des sens et des gestes
laisse pourtant affleurer
de nous
un autre corps
où bouillonnent
les flux de convection
du dedans au dehors
et dehors dedans
en pérpétuel mouvement

en tous sens
entrent et sortent
en nous de nous
des jaillissements de mots
de sensations de percepts
d'émotions de désirs
de sexes ignorés
sur la peau et nos fentes
nous sommes alors
fissurés
mais vivants

vivre
c'est un (dés)équilibre métastable
des flux
qui nous traversent
nous lient et nous délient
en nous mêlant
à d'autres

mais parfois
les flux entre deux êtres
sont si intenses
qu'ils sont la vie
même

les délier
est un arrachement
une blessure
qui ne cicatrise pas

Fissures / 13

vendredi 17 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

cavités intérieures
formant une galerie
dans le coresprit
l'empreinte
d'un passage
où se glisse
un fleuve intermittent
révélant
peu à peu
son empire souterrain

doit-on
ces cavernes
au passage
de fleuves rugissants
ou
comme pour
les marmites géantes
aux parois des canyons
à l'érosion lente
d'un goutte à goutte

son empreinte imprimée
dans les parois
sourd de partout
suintante
de sons d'avant la langue
qui disent brûlements
ou délices

suintent aussi par dehors
des mots pour d'autres
le flou des êtres
les tourbillons
des choses
des marques qu'on est seul à voir
un cercle dans l'œil
l'augure d'une présence

entre-deux
des chemins de langage
dans nos chairs fissurées

Fissures / 12

lundi 13 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

témoin brisé
la fissure s'élargit
devient fente
brèche, crevasse
s'ouvre en craquements silencieux
bientôt c'est une faille
dans des strates inconnues

émanations
souffles telluriques
doucement sulfureux
nous respirons
l'haleine de la terre
dépôt de ses âges
dans nos alvéoles

boire
la source cachée
à la bouche
de ton corps

sentir
l'ouverture secrète
de nos cicatrices
la brûlure
de leurs baisers
l'eau chaude
après le vent glacé

rien qu'un rêve
mais pourquoi alors
ce tiraillement des nerfs
ce vertige
le remous des mots
qui sondent
la douleur du réveil

la trace
sur la peau
d'un éclair

71. Pendant que

dimanche 5 juin 2016 § 0 commentaire § permalink

pendant que saluons
preux et victimes
que fait-on aux jeunes
sous nos yeux atones ?

Écrit pendant la cérémonie à la mémoire de Jean-Louis Steinberg. Avant de m’attribuer quelque point Godwin, sachez que le parallèle fait ici est mûrement réfléchi : il repose sur l’analyse que la montée des processus de fascisation et celle du nazisme n’ont pas consisté en une conversion massive de populations entières à l’autoritarisme, au racisme et à la haine de l’autre, mais bien en une intimidation, puis une terrorisation et une annihilation de ceux qui voulaient s’y opposer et portaient des alternatives. Un système de pouvoirs nationaux et européen qui organise une situation où entre 500 et 1500 personnes meurent par semaine en Méditerranée, où des populations entières sont suspectes et stigmatisées, où le meilleur de la jeunesse, c’est à dire sa sage révolte, est réprimé avec mépris et délectation mérite bien plus que les quelques mots que je jette à sa face.

De la destruction – Amandine André

samedi 14 mai 2016 § 0 commentaire § permalink

Un avertissement d’abord. Je vais vous décrire les textes réunis dans De la destruction comme des torrents charriant mots et petites phrases tels des galets qui s’entrechoquent. Or, pour le peu que j’en sache, quand Amandine André lit ces textes, elle le fait avec une lente et implacable douceur. Je ne crois pas qu’il y ait de contradiction. Le torrent que je décris se précipite dans l’esprit du lecteur du texte, en tout cas dans le mien.

Des rafales. Comme dites par une bouche d’où sortirait un petit zoo de mots. Avec beaucoup de répétitions. Mais ce n’est pas de l’écriture répétitive au sens où on parle de musique répétitive. Dans cette dernière, la répétition installe une constante sur laquelle la variation se détache et prend son sens. Dans l’écriture d’Amandine André, c’est la variation qui est permanente et la répétition en elle des mots, des structures de phrases brèves, ne sert qu’à rendre plus percutant le sens résultant d’un nouvel agencement ou de l’utilisation d’un mot qui n’apparaîtra qu’une fois. Qu’on en juge des premières phrases du texte Cercle des chiens qui ouvre De la destruction :

Chiens. Chiens dans la tête. Chiens dehors. Chiens. Dans la bouche dévorent chair. Chiens. Tournent et chiens fouillent et chiens gardent. Chiens dans la tête bouffent. Plus de silence. Chiens hurlent. Chiens grognent. Chiens menacent. Rognent.

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Surveillances

mercredi 11 mai 2016 § 0 commentaire § permalink

visuel Carole Zalberg

Sous ce titre paraît aujourd’hui aux Éditions publie.net un recueil de textes littéraires sur la surveillance et l’écriture des vies. Les contributions ont été invitées et suivies éditorialement par Céline Curiol et moi, avant que Guillaume Vissac et Roxane Lecomte prennent le relais pour produire le livre dans ses déclinaisons papier et numérique.

Dire d’abord ce que l’existence même du livre doit aux travaux antérieurs de l’une des contributrices, Cécile Portier. Dans son projet Traque Traces puis dans Étant donnée, elle ne s’est pas contentée d’écrire et de faire écrire sur la surveillance contemporaine, ni même de souligner, avant les révélations d’Edward Snowden, l’impact de l’existence d’une surveillance massive et pervasive sur la liberté de pensée et d’expression. Elle a esquissé un autre programme, celui d’une réclamation (au sens du mot d’ordre « reclaim the streets ») des récits, y compris ceux qui se déroulent dans l’espace des traces numériques, réclamation qui est la condition de la réclamation de nos vies, de leur écriture.

Plus directement, le projet du livre est né dans le cadre du Symposium Au-delà de Big Brother : la surveillance entre réalité et fiction, coorganisé par le Festival du Film de Lisbonne-Estoril et La Quadrature du Net en 2014. Activistes et écrivains y avaient échangé, mais avec une présence limitée des derniers et nous avons eu la volonté d’approfondir ces échanges par un appel à écriture.

visuel Céline Curiol

La question que nous avions posée aux auteurs invités était : Si nos vies sont suivies en temps réel, pourrons-nous encore les écrire ? Certains ont préféré laisser la question à distance, alors que d’autres comme Marie Cosnay l’ont décortiquée à la lettre. Les textes nous ont surpris par leur diversité et débordent largement des seuls aspects numériques : ils abordent la façon dont ceux-ci prennent appui sur des continents intérieurs de la surveillance et de ce qui y résiste ou négocie avec elle. Il y a la surveillance avant la surveillance, ce que le surveillé tente de restituer d’une symétrie avec le surveillant, si mise à mal par nos sociétés du drone sécuritaire et social, l’auto-surveillance de plusieurs façons. Mon propre texte plonge ses racines dans l’activisme de La Quadrature du Net qui a été en pointe dans les combats contre le partenariat public-privé de surveillance globale de masse. Mais peut-être pas comme on s’y attendrait. Bonne lecture.

70. Tourbillon

dimanche 8 mai 2016 § 0 commentaire § permalink

le milan attrape
l'ascenseur du vent
une aile puis l'autre
oublie les mulots

Anne Kawala – Le déficit indispensable

lundi 2 mai 2016 § 1 commentaire § permalink

Huit jours en montagne. De longues heures au refuge-auberge. De ces heures où on se plonge dans une forme de lecture particulière. Lire une phrase, un paragraphe et laisser résonner dans le corps fatigué, les rêveries encore habitées du paysage traversé le matin. Et on recommence. Ou soudain on lit quatre pages pleines dans le souffle d’une voix intérieure qu’on aimerait projeter autour, mais on n’ose pas. Il faut des livres qui s’y prêtent, et là j’étais tranquille, j’en avais deux. Deux livres de cette littérature contemporaine sur laquelle on ne sait pas complètement poser une qualification, si ce n’est que c’est celle qu’on voudrait défendre. On dit : enracinée dans le Web ou qui vient de ceux que le numérique a façonné et certains ont su ne pas se laisser façonner passivement, écrire un devenir dans ce temps. Il se trouve que ce sont des femmes (mais pas que) qui ont su le faire avec la plus grande liberté, osé produire des objets qui ne rentrent pas dans les cases, expl-oser la langue comme dit l’amie Juliette. Donc j’avais deux livres pas trop lourds dans le sac à dos, tous deux édités aux Éditions Al Dante, Le déficit indispensable d’Anne Kawala et De la destruction d’Amandine André (sur lequel je reviendrai dans une autre note de lecture).

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Et nos visages, mon cœur, brefs comme des photos de John Berger

dimanche 1 mai 2016 § 0 commentaire § permalink

Un petit livre rassemble en lui les facettes de l’écriture de John Berger. Son titre « and our faces, my heart, brief as photos » est le dernier vers d’un poème. Petits récits dont chacun porte une pensée profonde, immense pertinence de l’anayse du regard, de la perception du rapport entre corps et conscience, amour et humanité. On voudrait traduire chaque passage pour le rejouer dans son esprit, dans sa langue.

Il est allongé avec la tête entre ses jambes. Combien de millions d’hommes se sont tenus ainsi. Combien de femmes, plaçant une main sur leurs têtes et souriant pensivement, ont pensé à l’accouchement.

mais autant traduire d’abord le poème qui introduit le livre et lui donne son titre :

Quand j'ouvre mon portefeuille
pour montrer mes papiers
payer une note
ou vérifier l'horaire d'un train
je regarde ton visage

Le pollen des fleurs
date d'avant les montagnes
les Aravis sont jeunes
parmi les monts

Les fleurs produiront
encore des ovules
quand les Aravis vieillissants
ne seront que collines

La fleur dans le portefeuille
du cœur, la force
qui nous fait vivre
survivront à la montagne

Et nos visages, mon cœur, brefs comme des photos

Le livre a été traduit par Katia Berger Andreadakis en 1991 sous le titre Et nos visages, mon cœur, fugaces1 comme des photos aux Éditions Champ Vallon.

  1. Pourquoi ai-je traduit brief par bref et non par fugace ? C’est d’une part parce que brief (comme adjectif) veut dire bref, mais à soi seul cela n’excuserait pas l’étrangeté de dire que des visages ou des photos sont brefs. Mais les visages et les photos sont au cœur de tout l’ouvrage. Les photos ne sont pas fugaces, c’est ce qu’elles saisissent qui l’est. Quant aux visages, John Berger nous dit que ceux qui lui apparaissent lorsqu’il ferme les yeux sont avec certitude pour lui ceux de morts. Ce sont nos vies qui sont brèves. []

69. Marée

samedi 30 avril 2016 § 0 commentaire § permalink

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marée de jacynthes
sous le bois de frênes
vives joies ici
voies de fait au loin 

Une armée d’amants

mercredi 27 avril 2016 § 2 commentaires § permalink

Poetry at City Lights

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Il y a des livres qui vous embarquent. La seule décision que vous prenez vraiment c’est de les prendre dans vos mains. C’était dans la salle poésie de City Lights, la librairie et maison d’édition de Lawrence Ferlinghetti à San Francisco. Là où j’ai entendu plus de trente ans auparavant certains des poètes beats lire leurs poèmes. Un espace très vaste (pour un « rayon » poésie) et pourtant intime. Tout autour, il y a des chaises et les lecteurs qui s’y assoient se tournent vers les rayonnages, et donc le dos les uns aux autres. Toute une bibliothèque marquée « Beats », mais rien que des hommes. Les femmes sont relayées dans les rayons de poésie générale, là où j’ai trouvé l’édition des poèmes de Joanna McClure achetée ce jour là. City Lights a une collection de littérature contemporaine. C’était là, un petit livre gris, avec ce titre An Army of Lovers et deux noms d’auteurs. Je l’ai pris dans mes mains, je l’ai ouvert près de la fin, pas le genre de trucs que je fais d’habitude, et j’ai commencé à lire. Ça ne m’a pas lâché. Mais j’avais faim. Je suis allé payer à la caisse et manger dans un italien (c’est le coin des italiens). J’ai continué à lire. Puis j’ai marché très longtemps jusqu’à la maison d’amis à Noe Valley où je logeais. Je me suis remis à lire. Le lendemain, je suis retourné à City Lights et j’ai demandé qui s’occupait des droits de traduction. La personne à la caisse m’a laissé un papier avec un nom (Henry) et un n° de téléphone. De retour, j’ai fait lire le livre à quelques personnes en disant : « j’ai envie de le traduire, qu’est-ce que tu en penses ? ». Ils étaient pour.
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Désceller

dimanche 24 avril 2016 § 1 commentaire § permalink

Les poèmes brefs de @larosaturca (voir celui-ci sur son site) continuent à éveiller en moi le démon de la traduction1

Dissigillare

Dis — sigillare
il fuoco e
il ferro
dov’era il solco
del cuore
impresso a vivo
nella pelle nuda tra-durre umide
zolle
sul calcinato
di croste.

Dé-sceller
le feu et
le fer
au sillon
du coœur
imprimé à vif
dans la peau nue    trans-poser
des mottes de terre humides
sur les croûtes
calcinées
  1. Invoqué ici explicitement, même si j’ai dû m’en éloigner un peu en travestissant « tra-durre » en « trans-poser ». []

Fissures / 11 – Val Devero

dimanche 24 avril 2016 § 0 commentaire § permalink

trace sur le lac

soleil dans le dos
lumière matin
ombres longues
sur le plan parfait
du lac gelé
quelques centimètres de fraîche
durcie par le gel nocturne

au terme de chaque pas
la glisse s'allonge
étire les muscles
révèle la trace invisible
d'une skieuse fugitive
escortée
dans des rêves adolescents

sur les bords
plaques brisées
résidus chaotiques
de l'eau vidée
pour éclairer une ville lointaine

en lisière
la glace fond
cloaques gris
aux mouvements imperceptibles

au centre nulle menace
mais où prendre pied ?
la fugitive guetterait
au loin un escarpement
pont de neige
sondé du bâton
puis tâté d'un ski hésitant

il l'aperçoit
mais résistera-t-il
au poids du souvenir

Les debouteurs

lundi 11 avril 2016 § 0 commentaire § permalink

Ceci est le trente-quatrième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ici l’auteur doit s’interrompre un instant et faire part de son embarras réjoui. Jusqu’à présent, les néotopies se tenaient bien tranquilles chacune dans son compartiment, lequel fournissait le lieu d’une narration possible, fut-elle un peu chaotique. Ou alors elles se fédéraient en réseaux et coalitions où elles semblaient se figer plus que se sublimer et en tout cas ne s’emparaient pas de la totalité de ce qui nous fait souffrir ou jubiler. Certes, il y eut quelques signes avant-coureurs par exemple dans la troupe d’un fantomatique général. Mais maintenant, les néotopies se fondent en de nouveaux magmas sans pour autant perdre leur identité, leurs lieux se multiplient et prétendent se réapproprier l’espace public pour elles toutes. Au passage ils semblent qu’elles aient également pris possession de l’auteur de ces récits fragmentaires. C’est donc dans la brume du présent que doit s’écrire cet épisode. On ne peut même pas s’inspirer de ce qui se serait passé autrefois à cette même date du 42 mars. Certains cherchent des précédents dans Romaine Germinal, mais non, ce qui se passe ne ressemble à rien et à tout à la fois. Rien à faire, il faut écrire dans ce présent de la perception dont le philosophe1 disait : « Il nous faut bien refuser à la conscience perceptive la pleine possession de soi et l’immanence qui exclurait toute illusion ». Renonçons donc à la pleine possession de soi et illusionnons-nous s’il le faut.
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  1. Merleau-Ponty, cité dans l’article immanence du lexique du CNRTL. []

Le 36 mars

mercredi 6 avril 2016 § 0 commentaire § permalink


… et quelques pas de plus avec Francis Royo

dimanche 3 avril 2016 § 0 commentaire § permalink

Suivant Brigitte Célérier, je partage cette lecture un peu maladroite d’un poème de Francis Royo lors de la restitution d’un atelier d’écriture où nous avions lu ses poèmes, avec ces mots qu’il nous laisse parmi tant d’autres :

je ne suis pas absent
je pleure un jardin bleu

Fissures / 10

samedi 2 avril 2016 § 0 commentaire § permalink

fissure_w530

deux formes
délimitées par elle
qu'on peut lire
l'une sur le fond de l'autre
ou intimement emboîtées

deux êtres
dans l'indétermination
de l'amour
la fissure ne passe pas entre eux
elle traverse chacun
le divise entre
ce qui lui appartient
et ce que l'autre est en lui
ce qu'il lui abandonne
et l'à jamais inconnu

nul dualisme
pour répartir
de part et d'autre
masses et fluides
peau, chair, os
mots, pensées ou sentiments

quel bizarre mélange
entre l'irrémédiable solitude
et l'indistincte limite
de nos corps
à qui appartiennent
ces sexes ?

On trouvera une traduction de ce poème en italien sur un des sites de @larosaturca, avec qui nous écrivons entre les langues.

Fissures / 9

samedi 26 mars 2016 § 0 commentaire § permalink

elle débute au bord de l'allège
traînée noirâtre zigzaguante
sur le mur jauni
rappelant juste
la descente des forces invisibles

le regard perdu
dans son insignifiance
s'habite
de ce qu'on ne voudrait pas voir

sa brûlure
comme d'un éclair
que sait-elle
des chemins de l'air en nous
du froissement des alvéoles
quand passe la respiration
du souffle soudain absenté
de reprendre le pouls du monde

résonances imprévues
influx palpitant
au cœur du réacteur
emballement des systoles
et la note filée
d'une douleur inquiète

comme un appel muet
à porter nos incertitudes
en drapeaux de fièvre
et réclamer les villes