Transfuges

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Ceci est le trente-septième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ils sont dans la voiture 5, pas loin de la tête du train. Dans la lumière du jour finisssant, à l’approche de l’entrée du tunnnel, une légère appréhension saisit les passagers même expérimentés. Se réfugient dans le sommeil, dans le silence, dans un livre ou un film. Lui macère dans. Quoi, la honte ? L’impuissance ?. En tout cas de savoir qu’ils passent à grande vitesse le long de la rocade, pas loin de la jungle. Que bientôt, les anglais vont y construire un mur, comme si c’était eux qui délivraient les permis de construire dans le Pas-de-Calais.

À peine un petit choc. Dans une voiture, on aurait soupçonné un raté du moteur. Puis freinage à bloc. Leurs corps plaqués contre les sièges – les billets pas chers sont toujours dans le sens inverse de la marche – un long sifflement, l’arrêt et puis plus rien. Pas une conversation. C’est déjà arrivé une fois. Au retour. Des personnes s’étaient introduites dans le tunnel avait dit la voix du haut-parleur qui s’excusait du retard et de l’inconvenience mais on allait nous dédommager, c’est sûr. Personne n’avait rien dit. Mais là il y a eu un choc. Et pas d’annonce. Puis finalement si. Une qui dit qu’on est arrêté en pleine voie et de ne pas essayer d’ouvrir les portes. Des bruits de choc assourdis sur les parois. Une vitre fendue. On caillasse le train. C’est là qu’il arrête de penser.

Il se lève, se dirige vers le bout du wagon. Elle a compris qui sait quoi, mais le suit. Il appuye sur le bouton et la porte s’ouvre. Reçoit une pierre sur le bras. Forte douleur. Crie « stop, we are with you ». Les silhouettes s’approchent, veulent monter. « Three only ! » leur dit. Pourquoi trois, il ne saura jamais. Elle lui murmure à l’oreille : « Tu es fou, les autres voyageurs vont nous dénoncer ». Deux jeunes hommes qu’ils imaginent afghans. Et une jeune fille, arabe sans doute. Ils montent. La porte se referme. Un bip, bip retentit semblable à celui d’une pelle mécanique qui recule. Stupeur dans le wagon. « Il faut leur donner d’autres vêtements » dit-elle. Ils ouvrent leurs valises. Un jeune homme propose d’équiper l’un des afghans d’un sweater Abercrombie du plus bel effet. Plus loin, jeunes financiers ambitieux et bons citoyens s’affairent sur leurs portables et tablettes. Personne n’ose la dénonciation téléphonique. Bientôt un vide se crée au milieu du wagon, une minorité hésitante se rassemblant côté des réfugiés et une majorité craintive de l’autre. Remarques narquoises puis invectives à distance. Certains des bons citoyens partent vers la tête de train chercher des contrôleurs, lesquels sont de l’autre côté, ne trouveront que des préposés aux plateaux repas. Mais ça sent le roussi.

Le train parcourt les 53,5 km du tunnel et semble prendre un temps infini. C’est alors qu’ils se rendent compte que les réfugiés ont disparu. Évaporés. Sortie du tunnel. Ils s’attendent à ce que le train s’arrête pour fouilles et arrestations. Mais c’est sur une voie de garage d’Ashford International qu’on les parque. Flics ou militaires avec exosquelettes et armes de guerre tout autour. Les transfuges lèvent prudemment les mains, tout en continuant à fusiller du regard les bons citoyens. Ils sont à l’heure actuelle encore détenus pour interrogatoire et punitions applicables. Pas de nouvelle des réfugiés si ce n’est le communiqué habituel selon lequel aucune personne non autorisée n’est parvenue à entrer au Royaume-Uni par le train.

Les registrants

mardi 23 août 2016 § Commentaires fermés sur Les registrants § permalink

Ceci est le trente-sixième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ça va de pis en pis mal. Il y en a qui se réfugient. Là où ça ne se voit pas encore. Des coins qui ont échappé aux grands plans structurels, des sortes de réserves de l’espoir. Il y en a d’autres dont le regard se fige sur une petite zone, un jardin miniature de beauté encerclée de partout. Leur champ de vision se rétrécit comme dans un glaucome à angle fermé. D’autres encore ferraillent sans fin contre les causes du mal. Comme le chercheur qui voit tout l’univers dans une goutte d’eau, ils tirent sur tous les fils de la grande pelote. Mais derrière chaque nœud défait un autre se resserre.. Il faut retrouver du temps mais à force d’en gagner on oublierait d’en perdre. Il faut ralentir ce changement de tout pour rien qui nous englue sur place, nous empêche de ressaisir les devenirs. Vite, vite, il faut ralentir. Il faut remettre l’argent à sa place, mais comment si on n’en a pas. À force ces combats les épuisent.

On ne sait pas comment les registrants sont apparus. Mais on sait où. Au fond du désespoir. Là où on ne pense même plus aux causes tant les effets nous assaillent. Lorsque vient le sentiment qu’on n’y peut plus rien et que quelque chose en nous murmure, si, on peut encore, on peut l’inscrire, le noter, en faire un registre. Noter quoi ? Ce qui, par sa simple existence parle quand la parole nous fait défaut. Une notation qui à elle toute seule ne dirait rien, mais dont la répétition est un message. Aujourd’hui sur la rocade de Calais une jeune fille de 17 ans est morte écrasée par un camion. Un soldat engagé dans l’opération Sentinelle s’est suicidé avec son arme de service, c’est le troisième depuis la déclaration de l’état d’urgence. C’est le 19e soir de suite que des gendarmes ou des CRS évacuent de force les migrants qui se regroupent sous la ligne 2 du métro et détruisent leurs maigres possessions, y compris les certificats médicaux attestant les violences qu’ils ont subies.
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Les vociférants

dimanche 7 août 2016 § 1 commentaire § permalink

Ceci est le trente-cinquième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Des ordures, vous êtes des ordures, mais regardez des loques vous êtes, gluantes, vos fringues ne tiennent même pas dessus vous, allez regardez ailleurs, mais moi je vous vois, je vous tiens, si je vous prends, je vous détruis comme vous m’avez, je me tenais debout et vous les bien polis vous m’avez cassé plus sûr qu’avec des barres, vous m’avez jetée comme un détritus, vos regards ailleurs toujours comme des crachats, mais je vous tiens maintenant, là vous, oui vous le beau petit monsieur de merde, vous lui ressemblez à celui qui m’a et aux autres aussi, mais lui je l’ai cloué dans son sommeil, t’as peur ça se voit peur d’une comme moi, c’est ça que tu vaux, elle le sait l’autre là qui a peur que je la salisse rien qu’en la regardant, mais t’es déjà sâle, tout à l’intérieur et ça déteint dehors, oui marche plus vite va mais tu ne m’échapperas pas, et lui non plus, c’est ça appelez les flics, ils me mettront à Saint-Anne, mais je reviendrai, vous êtes hantés pauvres cons…

Il y en avait toujours eu. Cela commençait par un bruit venu de loin, comme celui des voitures munies de mégaphones qui annonçent la présence d’un cirque. Mais très vite le son devenait inquiétant. C’était celui d’une colère, d’une dispute. Un couple peut-être. Mais se rapprochant c’était clairement un monologue. Une femme ou un homme poursuivant la terre entière de son courroux sans aucune intention de lui laisser placer un mot.
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Les debouteurs

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Ceci est le trente-quatrième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Ici l’auteur doit s’interrompre un instant et faire part de son embarras réjoui. Jusqu’à présent, les néotopies se tenaient bien tranquilles chacune dans son compartiment, lequel fournissait le lieu d’une narration possible, fut-elle un peu chaotique. Ou alors elles se fédéraient en réseaux et coalitions où elles semblaient se figer plus que se sublimer et en tout cas ne s’emparaient pas de la totalité de ce qui nous fait souffrir ou jubiler. Certes, il y eut quelques signes avant-coureurs par exemple dans la troupe d’un fantomatique général. Mais maintenant, les néotopies se fondent en de nouveaux magmas sans pour autant perdre leur identité, leurs lieux se multiplient et prétendent se réapproprier l’espace public pour elles toutes. Au passage ils semblent qu’elles aient également pris possession de l’auteur de ces récits fragmentaires. C’est donc dans la brume du présent que doit s’écrire cet épisode. On ne peut même pas s’inspirer de ce qui se serait passé autrefois à cette même date du 42 mars. Certains cherchent des précédents dans Romaine Germinal, mais non, ce qui se passe ne ressemble à rien et à tout à la fois. Rien à faire, il faut écrire dans ce présent de la perception dont le philosophe1 disait : « Il nous faut bien refuser à la conscience perceptive la pleine possession de soi et l’immanence qui exclurait toute illusion ». Renonçons donc à la pleine possession de soi et illusionnons-nous s’il le faut.
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  1. Merleau-Ponty, cité dans l’article immanence du lexique du CNRTL. []

Le 36 mars

mercredi 6 avril 2016 § Commentaires fermés sur Le 36 mars § permalink


32. Les destituants

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Ceci est le trente-deuxième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Tout devient de plus en plus clair, au point que c’en est éblouissant. On a publié la nouvelle liste des autorités de l’État, avec dans l’ordre protocolaire :

Le Président de la déprime publique ;
Le Chef du gouvernement des esprits ;
Le Ministre de la police ubiquitaire ;
Le Ministre de la justice invisible et renseignée ;

suivis d’une ribambelle de technocrates intercheangeables parmi lesquels deux ministres de la protection des intérêts des oligarques, une ministre des médias décérébrants, trois ou quatre ministres de la mise au pas des fainéants, deux ministres de la guerre totale, aveugle et permanente, et une dizaine de secrétaires d’État occupés à la réduction des coûts dans l’intérêt de tous.

La destitution, ce n’est pas nous qui en avons eu l’idée. Avant même les derniers développements, deux publicistes (au sens qu’avait ce mot au 18e siècle) ont affirmé que dans la situation, il fallait remplacer la visée d’un improbable processus constituant par la perspective plus immédiate d’un processus destituant. Citant Baudelaire :

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

ils nous ont invité à :

[…] ramener sur terre et reprendre en main tout ce à quoi nos vies sont suspendues, et qui tend sans cesse à nous échapper […] [à] la destruction attentive, douce et méthodique de toute politique qui plane au-dessus du monde sensible.

Ils l’ont fait avec leur coutumière posture, semblant parfois plus soucieuse de repousser ceux qui voudraient les rejoindre que d’attirer ceux qui ne sont pas encore convaincus. Pourtant, la pertinence du propos ne fait pas de doute. Les destituants sont nés de la volonté de donner un caractère concret à cette esquisse. D’où les assemblées destituantes. C’est ouvert à tous, mais avec des règles de fonctionnement. Il fallait éviter le tribunal populaire, après tout notre problème ce ne sont pas les personnes mais le système qui leur a permis d’exercer les fonctions qu’on veut profaner, c’est à dire rendre à l’usage commun comme l’a expliqué Giorgio Agamben. Les titulaires de ces fonctions sont bienvenus dans la discussion, mais curieusement ils se présentent rarement. Alors on désigne quelqu’un pour les représenter. Ils le font si bien que ça nous fait parfois peur. C’est comme cela qu’on a destitué le ministère de la justice. Attention, juste le ministère, pas les juges, pas les avocats, ni les procédures du moins celles qui respectent la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable devant un tribunal indépendant et impartial, ni les tribunaux donc sauf ceux d’exception. Il y en a qui se demandent ce qu’on met à la place. Mais rien, c’est toujours là, mais pour la première fois, la séparation des pouvoirs commence à ressembler à quelque chose. En fait, cela change surtout la façon de nommer. On ne dit plus ancien ministre, on dit titulaire du portefeuille de l’ancien ministère de la justice, destitué en date du…

31. Élucidation

mardi 15 décembre 2015 § Commentaires fermés sur 31. Élucidation § permalink

Ceci est le trente-et-unième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


C’est un temps de chaos et de soudaine clarté. De partout surgissent de lumineuses analyses. On en lit plusieurs, tombe d’accord avec chacune. Leurs constats sont d’ailleurs convergents, mais leurs conclusions diffèrent du tout au tout. On ressort donc de ces lectures avec l’étrange sentiment de mieux comprendre le monde et d’y être pourtant encore plus impuissant, écartelé entre diverses quêtes de l’agir, différentes trajectoires pour retrouver des degrés de liberté, rouvrir des possibles, desserrer ce qui nous ligote.

Ce sur quoi on est d’accord, c’est qu’il y a des serreurs de pelotes économiques, techniques, juridiques et militaires à l’échelle de la planète, qui se renforcent mutuellement. Chacun fonctionne comme un drone social dont les opérateurs sont des prêtres d’un culte particulier et dont le centre de décision est hors de portée du commun des mortels. Concepteurs et prêtres vivent dans des bulles différentes, l’une d’extraterritorialité luxueuse, l’autre d’aveuglement dogmatique. Concepteurs et prêtres sont placés à distance des effets des politiques qu’ils conduisent, jusqu’au moment où ces effets prennent la forme du chaos et de la barbarie, qu’ils imputent alors à une application insuffisante de leurs remèdes ou à l’action des forces du mal absolu. Cet isolement explique la non-apparition de ce qui fut dans l’histoire une ressource fondamentale pour les changements radicaux : les transfuges issus du monde ancien venant rejoindre le camp des néotopistes. Cela complique également l’activité des défecteurs.
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30. Les ralentisseurs

vendredi 13 novembre 2015 § 2 commentaires § permalink

Ceci est le trentième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


On a essayé à plusieurs reprises et ça foirait à chaque coup. On a mis le temps à comprendre pourquoi. Ou plutôt comment essayer autrement. C’est que si on tentait de ralentir tout à la fois, on finissait par ralentir ce qu’il fallait pas et pas ce qu’il fallait. C’est qu’en fait on savait pas trop ralentir quoi. C’est quoi qui fait chier quand ça s’accélère ? C’est quoi qui est bon quand ça ralentit ? En plus il y en a qui profitent de quand on ralentit pour nous faire des machins dans le dos à un rythme accéléré. Et puis on a compris qu’il fallait déplacer le problème. Pas se forcer à ralentir, mais donner la priorité à des trucs ralentissants. Ou plutôt des trucs où on ne voit pas le temps passer. Parce que si on ralentit des trucs qui sont déjà chiants, ça risque de ne pas s’arranger. Et si on mesure ce qu’on ralentit, ça va être pire, comme si cela transformait le ralentissement en accélération. Alors on a fait des listes. Pas des todo_listes, des listes de quand on ne voit pas le temps passer. Chacun la sienne, mais il y avait des points communs. Faire l’amour par exemple. Ça ne dure pas forcément longtemps, mais ce qui est un très bon signe, c’est qu’on évalue très mal combien de temps ça a duré. Quand on dit qu’on ne voit pas le temps passer, c’est peut-être cela qu’on veut dire, qu’on ne sait pas à quelle vitesse il passe. Ces caresses, est-ce que cela a duré 20 secondes ou 10 minutes ? Et ce moment où nous nous sommes assoupis après avant de reprendre conscience des limites qui séparent nos corps en temps ordinaires, combien de temps a-t-il duré ? Il n’y a pas que ça. Il y a aussi rêvasser. C’est le truc le plus urgent rêvasser. Des fois on peut rêvasser sur place, mais souvent il faut marcher, tourner en rond même. Écrire aussi. C’est pour cela qu’il ne faut jamais mettre « écrire » dans les todo_listes. Parce que la règle, c’est de faire une todo_liste de tous les trucs urgents et puis on va prendre le premier truc qui nous vient à l’esprit qui n’est pas dans la liste et dont on sait qu’on ne voit pas le temps y passer. Et c’est ça qu’on fait d’abord. Écrire donc. Mais quand on fait les machins de la liste, là on va le plus vite possible. Parce qu’on est pressé de ralentir de nouveau.
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29. …et repelotes

samedi 3 octobre 2015 § Commentaires fermés sur 29. …et repelotes § permalink

Ceci est le vingt-neuxième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Trois ans après, on se demande où on en est côté pelotes. Des copains ont essayé de démêler une très grosse pelote qu’on appelle la dette. Faut dire que ça faisait un sacré moment qu’elle les étranglait, leur serrait le ventre, leur comprimait les neurones et que son système leur portait sur le système si vous voyez ce que je veux dire. Ils ont commencé par tirer sur un fil qui sortait d’une maison appelée pouvoir politique. Des mecs négligents l’avaient laissé traîner à portée, attaché à une poignée de suffrage proportionnel. En plus un peu partout, les locataires habituels de la maison ont réussi à se rendre si dégoûtants que d’ouvrir la fenêtre sur l’inconnu fait entrer de l’air frais. Et puis ils ont grillé la politesse à des trop connus qui attendent pour entrer. Une fois entrés dans la maison, en tirant sur ce fil, ils se sont rendus compte qu’à l’autre bout, il y avait une machine énorme, qu’ils ont pris au début pour un serreur de pelotes géant. En tout cas ils sont tout emmêlés dedans et nous pareil. En plus, il y avait une pelote cachée dans la maison politique qui leur a tout entortillé les neurones avec des pensées qui n’étaient pas d’eux.
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28. Lieux

mardi 9 juin 2015 § 2 commentaires § permalink

Ceci est le vingt-huitième texte de la série Néotopies. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Il faut des lieux, disent les historiens. Des lieux élastiques, qui ne déterminent pas leurs usages, des lieux de socialité indéterminée. Des lieux sans étiquette, parce que ceux avec étiquette n’y vont que ceux déjà étiquetés. Pour que les gens y aillent, if faut d’abord qu’ils affichent une fonction banale, comme la supérette ou le café, mais qu’on soit conduit à y rester. Des lieux où l’on vient pour un quart d’heure, mais on reste des heures, où l’on vient pour lire tranquille et finalement on ne lit pas ou plutôt si mais la personne d’à côté vous demande si c’est bien ce qu’on lit ou pourquoi on le lit, et ça y est on ne lit plus. Ou alors à haute voix. A la campagne, il y en a de ces lieux, en ville c’est plus difficile, disent les sociologues, à cause des étiquettes. Autrefois, devant l’école, c’était un lieu élastique.

électro douce rue Instin
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Zones d’autodéfense lexicale

dimanche 25 janvier 2015 § Commentaires fermés sur Zones d’autodéfense lexicale § permalink

On a d’abord essayé de libérer toute la langue, mais c’est trop dur. L’entre les langues est attirant, mais pas à la portée de certains. Alors on a décidé d’adopter des mots. Juste quelques-uns, mais bien choisis. Ceux là, on ne les lâchera pas. Il y a deux sortes de zones d’autodéfense lexicale, celles des mots qu’on ne laissera pas salir et celles des mots qu’on ne laissera pas passer en douce.

Les deux premiers, ce sont radicalisation et peuplement. Ensemble curieusement. L’un sans doute étant censé compenser l’autre. Se radicaliser, c’est revenir à la racine, à l’essence de quelque chose. Ce genre de mot, quand il fait son irruption dans le discours politique pour désigner ce qu’on veut éradiquer, c’est par effraction. Pas comme terme juridique dans le code pénal. Non, il se loge dans les exposés des motifs, dans les études d’impact, dans des justificatifs d’amendements pour rendre un texte pire qu’avant. Pour faire passer la pilule, ils ajoutent parfois « violente ». Mais d’autres fois se gardent bien de le préciser. Parce que c’est vraiment après la radicalisation qu’ils en ont. Ce qui est fâcheux, vu que nous, on en a besoin, de se radicaliser. Et vite. En plus, nous avons quelque chose de plus difficile à faire : comprendre ce qu’il y a d’humain et de politique chez ces criminels qui sont nos enfants et savoir agir en commun avec ceux oh combien plus nombreux que nous avons également maltraités et qui ont fait avec, jour après jour, sans que nous sachions comment.
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Les insommés

mercredi 14 janvier 2015 § 4 commentaires § permalink

Comme quelque chose qui a longtemps dormi, la rébellion est à son état de pachyderme, un gros pachyderme, de tortue, elle avance tout doux.
Charles Pennequin et l’armée noire, La manifiesta

C’est l’union nationale. Avec les fachos et les dictateurs qui baillonnent la liberté d’expression. Encore ça ce n’est rien, il y en a toujours eu qui ont réussi à se glisser au premier rang. Le plus grave, c’est qu’il y en a qui ne s’y sentaient pas bienvenus. A cause de leur couleur ou de leur religion diront certains. Peut-être, mais pas seulement. Quelque chose faisait qu’ils ne s’y sentaient pas chez eux. Et puis il y a les insommés. Les insommés ce sont ceux ou celles qui ne répondent pas à la sommation de l’événement. Pourtant on les a mis en demeure, mais il y a quelque chose en eux qui renacle. Ce sont ceux aussi dont tout cela ne fait pas la somme. S’ils y étaient allés, à l’union nationale, s’y seraient sentis chez eux, connaissent tous les mots, même ceux qui ne veulent plus rien dire. Mais voilà, ils ne voulaient pas y être. Oh, ça leur aurait fait plaisir, ce moment d’être ensemble avec beaucoup. Se sentir agir soudain alors qu’on a été si passifs pendant des années. Elles auraient aimé les panneaux avec les expressions individuelles, cette symphonie de chacuns qui forment un tout. Elles auraient trouvé les gens beaux. Ils auraient eu peur de la foule mais admiré son calme.

Les insommés, ils écrivent et enregistrent leurs paroles. Ils expliquent pourquoi ils doutent. Le premier ministre, lui, il n’en a pas de doutes. Il va faire des mesures exceptionnelles mais pas de mesures d’exception. On va se cogner un Acte patriotique. Les insommés, eux, elles, ils font autre chose. Ils expliquent tout ce qui déborde, qui ne tient dans cette grande sommation. Une fait parler ses élèves et raconte ce qu’ils ont dit. Un autre parle de l’alternance de la passivité et de l’effusion et conclut que : « aucun élément concret ne permet pour l’instant de croire que ce ne sont pas les plus mauvais choix qui seront retenus ». Un autre encore explique comment la formule « je suis Charlie » a fonctionné comme une sommation. Les insommés ne sont pas seuls, ils se reconnaissent. On n’est pas près d’en faire la somme.

ZAC

mercredi 29 octobre 2014 § 1 commentaire § permalink

Ceci est le vingt-cinquième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Tout le monde a l’œil fixé sur les ZAD, les zones à défendre. On a même commencé à en dresser une carte, où les petits points rouges se multiplient, avec des effets géographiques surprenants comme le déplacement du plateau de Mille-Vaches dans le Nord où il anime la lutte contre la construction d’une usine laitière concentrationnaire clean. Tout cela n’est que le symptôme d’une éruption plus diffuse. Un magma brûlant déborde dans le Tarn où l’obsession aménageuse des conseillers généraux et la crispation autoritaire qui règne au sommet de l’État ont fait une victime. Mais ce magma circule dans des veines invisibles sur tout le territoire, dans nos corps mêmes. Pour une ZAD, il y a des centaines de ZAC, des zones à construire.
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La conjuration des émotions

mercredi 27 août 2014 § Commentaires fermés sur La conjuration des émotions § permalink

Ceci est le vingt-quatrième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


On n’avait jamais vu une grève aussi difficile à organiser. Pas de lieu de travail où en discuter. Quand on était gréviste, c’est à peine si les autres s’en rendaient compte. Tout juste détectaient-ils un étrange retrait, un défaut d’attention à l’amplification des horreurs à la une. Les premières tentatives de la conjuration1 furent des échecs complets. Pas moyen de faire boule de neige quand la neige ne se voit même pas. En plus chacun pouvait se transformer en jaune, sans même s’en rendre compte soudain on retweetait l’émotion sur commande. Ce qui a tout débloqué, c’est l’idée d’une grève du zèle ciblée. On n’attendrait plus la prochaine décapitation, le prochain lynchage, le fait divers horrible pour tenter désespérément de ne pas y prêter une attention fascinée. Ils voulaient qu’on s’émeuve ? Et bien on allait en rajouter, mais à notre façon.
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  1. On utilise ici le mot dans les deux sens identifiés par le Dictionnaire du CNRTL : un complot ourdi pour des motifs le plus suivant nuisibles et une formule pratique pour détourner des influences maléfiques. []

Les furtifs

lundi 21 juillet 2014 § 1 commentaire § permalink

Ceci est le vingt-troisième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Longtemps, on a voulu être bien lisible. Il faut dire que certains faisaient mauvais usage des allusions. Ceux-là suggéraient le pire pour entretenir la connivence des haines. Pour ne pas faire comme eux, on s’efforçait d’éviter toute ambiguïté, d’être toujours explicite dans chaque formule. Mais d’être toujours lisibles nous rendait calculables, traitables par des algorithmes. Et puis, c’était le plus sûr chemin vers la Novlangue, cette mise à l’écart de tout dire qui ouvre la porte à l’imagination, à un autre dire plus loin. Bien sûr les écrivains ne se privaient pas d’être moins aisément saisissables, voire tout à fait élusifs. Mais c’était à chacun la sienne, d’élusion, pas vraiment un mouvement social. Ils se voyaient comme une sorte de forteresse assiégée, la fiction ou la poésie dans un monde qui n’en voulait pas.

C’est la découverte de la surveillance généralisée qui a tout débloqué. Le mouvement des furtifs est lui même furtif. Personne ne saurait dire exactement quand il a commencé. Il y a trois courants qui pourraient passer chacun pour un mouvement autonome : les éphémères, les cryptiques et les ambigus. Ils visent tous le même but : rendre plus difficile la capture et l’utilisation par les surveillants des sens qui circulent entre eux.
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Les imploseurs

jeudi 19 juin 2014 § Commentaires fermés sur Les imploseurs § permalink

Ceci est le vingt-deuxième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


A force qu’on ait annoncé une insurrection citoyenne, il a bien fallu se rendre à l’évidence : entre ceux qui ont le couvercle sur la tête avec une tonne au-dessus, ceux qui ont quelque chose à perdre ou qui le croient, ceux qui attendent que les autres commencent, ceux qui n’ont pas une seconde pour y penser, ceux qui ont déjà donné merci et ça n’a rien donné et ceux qui ne savent pas par où commencer, il ne se passe rien. Quelques flambées intermittentes et quelques anciennes luttes rallumées. Quelques justes cris d’indignation et combien plus de silences souffrants, de hontes pour ce qu’on ne fait pas. Alors on s’est raccroché à autre chose : l’implosion.

Pour les uns, elle va se passer toute seule. L’économie sera de plus en plus crispée sur elle-même, comme un corps dont les tendons raccourcissent, tétanisée dans son effort de nous maintenir encore quelques mois de plus dans une quête absurde, de pressurer un peu plus de notre temps, d’extraire encore quelques gouttes ou grains d’énergie, de nous donner envie d’un rien de plus. A force qu’elle se resserre en une boule douloureuse, qu’elle se comprime, la gravité qui y deviendra si forte qu’elle s’effondrera sur elle-même.
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Conséquences

vendredi 25 avril 2014 § Commentaires fermés sur Conséquences § permalink

Ceci est le vingt-et-unième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Il y avait ceux qui se prenaient pour des stratèges, et puis ceux qui n’avaient pas d’arrière-pensées. Les stratèges se disaient que si les choses allaient de plus en plus mal et que juste au bon moment elles allaient un peu moins mal, alors la fragile mémoire humaine si avide d’espoir ne verrait que ce petit bonus, et revoterait pour la petite dose d’espoir, sans y croire trop, juste pour le flash momentané, juste pour le quart d’heure d’onnagagné. Ceux qui n’avaient pas d’arrière-pensées, ils étaient là pour faire avaler la potion amère à ceux qui avaient des arrière-pensées-mais-pas-trop. Les sans arrière-pensées, ils savaient qu’on les récompenserait, cette fois ou une autre. Leur mot d’ordre, c’était la discipline et marchons en groupe. Tout ensemble vers le désastre. Ceux aux arrière-pensées-mais-pas-trop, ils souffraient un peu dans un petit coin de leur corps éthique. Ils étaient nombreux. Certains étaient d’ailleurs en train d’en avoir trop des arrière-pensées, même que ça débordait, qu’on commençait à y distinguer fugitivement des pensées tout court. C’est pour eux que les sans arrière-pensées ont inventé les conséquences. Les conséquences, il vaut mieux ne pas les spécifier, on a chacun une imagination sans borne de toutes les conséquences possibles qui peuvent nous tomber dessus. Il suffit de juste chanter : il va y avoir des conséquences, et voilà qu’elles planent sur nos têtes, pénètrent nos cauchemars. On est prêt à rentrer dans le rang, à se faire tout petit même. Pour y aider on a inventé les fausses alternatives. Les modifications au plan qui gardent le même plan, avec des retouches que chacun pourra affirmer avoir obtenu de haute lutte. Des compromis négociés entre gens qui sont tous d’accord pour faire passer une pilule qui n’agit qu’à distance, au loin et sur les autres.

Au total, il en est resté très peu. Neuf, je crois. Neuf qui ont laissé les pensées commencer à fleurir. Ah, ça, des conséquences, il y en a eu. Pour tout le monde ou presque. Les conséquences du plan d’abord. Juste comme prévu, le désastre. Et puis, des sans-arrière-pensées, il y en avait tout un réservoir, prêts à en avoir encore moins, à mettre au pas tout un chacun et les uns contre les autres. Des conséquences pour tout le monde, donc. Sauf peut-être pour les neuf, mais ça, on ne s’en est rendu compte que beaucoup plus tard.

Contra-diction

dimanche 13 avril 2014 § 2 commentaires § permalink

Ceci est le vingtième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Le printemps déroule ses milliards de feuilles, éclot des fleurs innombrables. On marche dans des prairies de myosotis, de véronique, de violettes, de pissenlits et de bourrache. On laisse un soleil qui n’est déjà plus timide brûler légèrement nos joues. On s’endort pour une sieste improvisée la tête sur des cuisses aimées. Le vert tendre caresse nos rétines. On s’insoucie en marches lentes, on laisse nos regards errer, nos gestes sont hésitants et intrépides comme des caresses. La vie se multiplie et nous nous émerveillons de son infinie singularité. On sourit à des inconnus, on parle à des voisins de train de banlieue.

prairie

Pourtant la souffrance est tout autour de nous, en nous aussi. Pas seulement le lot de souffrance qui est celui de la vie même, celui sans lequel le mot bonheur n’existerait pas. Pas seulement la mort, la maladie et leurs injustices. Pas non plus les maux qui nous font vivre plus fort et parfois trop. Pas seulement nos frustrations de n’être que ce que nous sommes alors qu’il y a tant à faire et à donner qui nous paraît à portée. Non, les souffrances construites comme des édifices par les ingénieurs anonymes de nos consentements, les souffrances des assignations absurdes, des fausses contraintes, de la rupture d’humanité, des inégalités sauvages, des distinctions arbitraires, du temps capturé.

Cette contradiction est notre lot commun, mais c’est un lot dont nous décidons ce que nous faisons. De la contradiction, nous pouvons tirer la contra-diction, le dire contre et celui pour. De nos dires et des écrits qui les multiplient, nous pouvons entrelacer un treillis où grimpent les liserons de nos espoirs. Seulement, il faut que ce soit des dires agissants. Des dires de reprise de pouvoirs que nous avons abandonnés.

Au dévoté

lundi 24 mars 2014 § Commentaires fermés sur Au dévoté § permalink

Ceci est le dix-neuxième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint.


Pendant des années ils s’étaient résignés à aller au dernier moment sauver des politiciens en déroute pour éviter que de pires encore ne prennent leur place. Les politiciens en déroute devenaient de pire en pire et les pires encore, pires encore que pires encore. Ça aurait pu durer toujours, mais là, ils n’arrivent plus à savoir si les moins pires ne sont pas encore pires que les pires encore à force de renoncer à devenir moins pires, de se reposer sur le repoussoir des pires encore. Alors ils décident de leur faire vraiment peur. Pas juste un tour et puis on rentre au bercail, non, ils dé-votent radicalement, pour les deuxièmes tours aussi, même si ça veut dire que l’indicible est dit. Mais ils ne se résignent pas pour autant à laisser les pires encore faire leurs méfaits. Ils sont les premiers à s’y opposer, dans la rue, dans les tribunaux, dans les débats d’idées. Un truc assez troublant c’est que le dé-vote divise les familles, les voisins et les amis, et qu’on en rigole plutôt.
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Sécessions

lundi 17 février 2014 § 2 commentaires § permalink

Ceci est le dix-huitième texte de la série Vacance. Ni histoire, ni prédiction, ces textes accompagnent la naissance des néotopies à la façon d’un contrepoint1.


L’histoire des sécessions est déjà longue. Il y eut la guerre de Sécession américaine ou les slogans Secede! sur les plaques d’immatriculation du Texas. Côté artistique, la sécession de Berlin et celle de Vienne. Maintenant on fait des sécessions douces, par morceaux, à la carte. Une petite défection dans l’usage du temps, une impasse sur les moyens de transport, un boycott de certains magasins, un évitement de certains médias, des fêtes qu’on ne fête plus et d’autres qu’on invente, des prêts à taux zéro et de l’hébergement à titre gratuit, du jardin potager et de l’échange de services, du potlatch festif et de la publication non marchande, des outils partagés et des confitures, des philosophies patientes et du bricolage improvisé, des paresses lascives et des excès de zèle ludiques. Chacun n’en pratique que quelques unes, et certains sont mieux placés pour chacune.

A elles toutes, elles dégonflent la fausse valeur, elles sont comme des clous plantés dans le pneu du chariot fou, des épingles lilliputiennes dans la peau des géants, de minuscules Bartleby sapant l’obéissance. A elles toutes, elles minent le grand corps épuisé de la croissance sans fin. Alors pour soigner la libido déprimée de notre moi consommant, il faut un supplément de femmes dénudées vantant des voitures, d’hommes à la sueur déodorée, une dose de plus d’obsolescence programmée et quelques adultères de nos roitelets. Mais cela n’y fait rien, c’est la crise. Et la faute à qui ? A tous ces mauvais citoyens, ces saboteurs de l’économie, ces inutiles de la production qui ne font même plus leur travail pour l’absorber au bout de la chaîne.

Le tout c’est de les maintenir séparés, chacun dans son petit territoire sécédé. Parce qu’autrement, s’ils avisent de faire sécession ensemble, les tuyaux distendus de leur mise en perfusion vont se rompre. Si cela arrive, il va falloir les mettre au pas. Et vous ne voudriez tout de même pas qu’on en arrive là.

  1. Merci aux amis de l’Université Populaire du 18ème pour l’inspiration de celui-ci. []

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