Une clarté en soi – larosaturca

lundi 1 février 2016 § Commentaires fermés sur Une clarté en soi – larosaturca § permalink

larosaturca est le nom de plume d’une poète italienne dont les textes ont pour moi une résonance particulière. Elle publie plusieurs brefs poèmes chaque jour. Certains d’entre eux suscitent en moi le démon de la traduction. Vous en trouverez quelques traces sur son site. Elle a publié aujourd’hui un poème en prose que je trouve d’une grande beauté et que je suis heureux d’accueillir précédé de ma traduction sûrement imparfaite.

En un rien de temps, le brouillard nous a englouti, nous et nos vies
scintillantes et privées de splendeur. Bloc de clarté en soi, il a occupé
tout l'air et les lointains démêlant le rêve. Alors, la pierre taillée
et son dit solitaire se confient à nouveau dans la vue des forêts
soudain retrouvée.

La version originale italienne sur un des blogs de @larosaturca:

In qualche istante la nebbia ha avuto ragione su di noi, sulle nostre vite luccicanti e prive di splendore. Un corpo di chiarore per se stesso, ha occupato tutta l’aria e le distanze un dipanare di sogno, e la pietra manufatta e il suo detto solitario nuovamente si confidano nell’occhio restituito d’improvviso alle selve.

Haiku du tilleul

samedi 26 décembre 2015 § Commentaires fermés sur Haiku du tilleul § permalink

cime du tilleul
deux corneilles se bécotent
c'est du bec à bec

Sur les crètes du Cantau au Berbeillet

mercredi 23 décembre 2015 § Commentaires fermés sur Sur les crètes du Cantau au Berbeillet § permalink

ombre sur la hêtraie

allongement imperceptible des jours
attente vaine de l'hiver tardif
lumière rasante portant les ombres
en signes vagues sur les arbres chauves
un silence incroyable que seuls troublent
le cri du chocard, les cracs des fougères
nos pas hésitants guettent les pensées
des monts indifférents à nos destins

Dit du jour le plus court

lundi 21 décembre 2015 § Commentaires fermés sur Dit du jour le plus court § permalink

hêtres derrière la crète du Pic d'Andorre

au plus près de la crête
les hêtres contre le vent
nouent leurs troncs et leurs branches

plus bas nous circulons
sur les arêtes entre les dolines1

par temps de brouillard 
on se perd dans ces reliefs chaotiques
les conteuses racontent des histoires
de disparus transformés en arbres
par belle lumière on y pense
à d'autres sortilèges

soudain le grand tétras
s'échappe en froufroutant
nous l'imitons en trainant
les pieds dans les feuilles
  1. Cuvettes circulaires dans les massifs calcaires, l'eau s'écoulant au fond dans une cavité souterraine. []

Enfance / Adage sur le nom de Ravel

mardi 1 décembre 2015 § 4 commentaires § permalink

2. Adage : (de adagio) Suite de mouvements effectués sur un rythme lent, souvent avec l’appui d’un partenaire. (Le petit Robert)

Christine Jeanney et moi avons écrit à quatre mains et deux claviers un poème. Sa lecture vous est proposée au fil d’un enregistrement de l’Adagio du concerto en sol majeur de Maurice Ravel (interprété par Marguerite Long et l’Orchestre symphonique sous la direction du compositeur en avril 1932). Son écriture a suivi le même fil. Voici le produit de cette collaboration dont nous avons inventé les règles en marchant.

venu | ... à la rame | ... vers | ... la rive aimante | ... à vau-l'eau après | ... lumière rasante | ... rien vu | ... rien entendu | ... la rade l'ancre l'amarre | ... algues varech | ... vie égarée | ... linéament | ... esquissant l'à venir | ... voyageur enfoui | ... rafle l'avance | ... rive l'amour | ... aux voiles lointaines | ... au vent levé | ...
viens | ... entre elle | ... et lui | ... entre en eux | ... rassemble-les | ... lie leur étreinte | ... envoûte l'aléa | ... leurs esprits vacants | ... étire-les | ... vers l'étranger | ... vois | ... l'ébauche visible | ... la ligne | ... au ventre | ... arrondis-là | ...
vagir | ça monte emplir l'air vif | depuis très loin derrière nous aux alentours | n’aie pas peur les arômes | main sur l’épaule leurs voix | il n’y a pas de certitudes la vague répandue | oh comme elle meurt et le ressac | léger englouti | entendu voir | figure confiante leurs regards | et rien à obtenir lucarnes accrochées au vide | relâchement
appâts | atteindre espace enveloppe rêvée | silences vite l'agir | le poids infini avant l'abandon | une autre tessiture requiert | ce qui trébuche venue après l'absence | une autre voix rebelle | toute proche en lisière | maintenue amorce vacillante | tenace liesse | docile suit le courant verticales réjouissances | liesse encore les regards | les étreintes en renfort | ce qui enveloppe l’immensité
avec l'ample roulis | viennent les arpèges l'eau vibrante | pas d'inquiétude la vie | sa force souterraine enfle | ne lâche pas prise
la voix libérée | l’esprit l'enfant exulte | une rivière de sel l'avancée | sur les pierres qu’on enjambe encore retenue | parce qu’on ne sait rien
allongé au verger | ensuite apprendre les noms recenser les végétaux | les constellations les animaux | l’équation du ciel sur la mer la réalité | vive les ères | bouleversements les vies assemblées | reconstruites les ribambelles | éparpillées leurs éternels amas | ne pas pouvoir tout embrasser
regardant | ce qui est maintenant derrière soi lequel | tout a été avec | peines tranchantes et joies la vie | juste et en avant | sans course, sans brusquerie le labyrinthe | suivre les destinations, le fil enchevêtrant | les éclats de ciel, coulés rêves et affres | les arbres penchés en signe de consolation robe végétale | constellation aux ramilles étoilées | une danse énigmatique | un miroitement, on ne peut le saisir l'espérance | comme un insecte doux, une luciole à attraper aussitôt les larmes | ce qui s’éteint les regrets | ne peut se dire les vergognes | creusements aux arcanes voilés | inassouvis à la racine | rien n’est tari la lumière, la rosée | le jour recommencé essence volée | dans un parfum
assemblage labile | s’ouvre et s’ouvre encore reflet volatil | fugace approchant l'autre | la tête dans le creux du cou en vital élan | une marche éclate | le cri d’une mouette écoute la rumeur | les vagues bercent bleu le blanc vacillante étreinte | au bout de la jetée embrasement | plus loin – d'une force le voilà | soleil posé sur l’horizon l'esprit voyageur | une ligne dans le ciel
lentement | s’en allant vers l'épure | intraduisible aspirant | atemporel à l'entrevu | deux eaux l'ajour | disparition l'entrelacé | silence

Poème : Philippe Aigrain et Christine Jeanney
Segmentation de l’enregistrement et programmation : Philippe Aigrain.

Madeleine a cent et deux ans

mercredi 25 novembre 2015 § Commentaires fermés sur Madeleine a cent et deux ans § permalink

Madeleine à l'heure qu'il est
fête ses cent et deux ans
à l'hôpital voulaient la retenir
mais elle a dit au chirurgien :

"je dois fêter ça avec mes copines"

à deux fois et demi l'âge canonique
des copains plus beaucoup n'y a

à l'instant elle doit lever son verre
et se resservir de gâteau

bêtement on voulait lui cacher
le triste état du monde
mais elle nous a demandé si
à Paris pas trop de chambardements

Ce sera la matière d'un autre rêve
comme pour nous celle de nos écrits.

Obscurcissement

mercredi 7 octobre 2015 § Commentaires fermés sur Obscurcissement § permalink

au soir qui s'abat sur nous
viscosité de l'air
une pâte diffuse
gélatineuse froide
fluctuant nuage 
envahissant nos pensées
s'y figeant pour les éteindre
elles se débattent encore
cherchant des canaux
pour conduire au loin
des messages d'étreinte
une cascade de murmures

Chaos

mardi 6 octobre 2015 § Commentaires fermés sur Chaos § permalink

confusion des êtres et des choses
magma tumultueux
où rien ne cuit
solides rassurants
dissous en vapeurs
formes fugitives
de corps désirables
effrités par nos caresses
sols mouvants mares glauques
le bourdonnement constant
de nos pensées
lui même étranger

Kerameikou

dimanche 26 avril 2015 § 2 commentaires § permalink

Scène vue à Athènes dans une rue du centre, tout près de Zinonos, la rue des bazars les moins chers du monde, un kilomètre d’essuie-tout à 3,50 €, 1 € la paire de chaussettes en fil d’écosse. Russkiye Produkti annonce fièrement l’un d’eux mais ce sont les chinois qui importent-exportent. Le dimanche on s’y presse pour faire des affaires, et c’est aussi par là que certains migrants survivent un temps. Ce n’est pas la vérité d’Athènes, des structures de solidarité auxquelles j’ai rendu visite dans divers quartiers, des repas interminables et joyeux aux terrasses de Gazi ni de la nuit tombante sur l’Acropole, mais l’image de ce couple ne me quittera pas.

substance inconnue coupée dans la capsule
fondant au feu vif de la flamme de briquet
lui africain elle sans doute des Balkans
accroupis dissimulés entre deux voitures
se tenant compagnie en terre de malheur
ignorés par les flics aux motos rutilantes

Sonnet / 1

lundi 16 mars 2015 § Commentaires fermés sur Sonnet / 1 § permalink

ta si vive absence, sœur inexistante
ne manque pas à l'appel des vents printaniers
ils connaissent ton corps, frôlent ta chevelure
leurs doigts y embrouillent mon esprit égaré

j'y habite parfois un sommeil agité
tout un peuple rêvé en écorce brumeuse
t'escortant de feuilles, d'une robe végétale
un drap vert à froisser où je glisse mes mains

d'autres fois ce n'est que murmure suspendu
la forêt de bouleaux me guette désertée
où donc te caches-tu derrière leur troncs frêles ?

il est des nuits rares où nue tu me regardes
alors soudain je cesse d'exister sous tes yeux
je deviens le frère de ta mémoire absente

1989

lundi 13 octobre 2014 § Commentaires fermés sur 1989 § permalink

Cete année là, Suzanne Aigrain, alors âgée de 10 ans, offrit 10 poèmes et l’auteur de ce blog 17 à M. pour son anniversaire

1

  petite chataigne
déguisée en hérisson
mon festin d'automne

2

   rubans multicolores
dans les cheveux des étoiles
      aurore boréale

3

la fleur de cerise
s'envole,
petit oiseau-mouche
parmi les perroquets,
fleurs des dieux

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Ballade des hautes vallées

dimanche 4 mai 2014 § Commentaires fermés sur Ballade des hautes vallées § permalink

Les hommes-creux habitent dans la pierre, ils y circulent comme des cavernes voyageuses. Dans la glace, ils se promènent comme des bulles en forme d’hommes. Mais dans l’air, ils ne s’aventurent, car le vent les emporterait.
René Daumal, Histoire des hommes creux et de la rose amère, Cahiers du Sud n°239, 1941.

on n'est jamais au dehors
ni de soi ni du monde
tout au plus déplace-t-on
la focale et l'angle de nos regards
en se rapprochant de la montagne
c'est d'abord la focale qui change
les distances s'agrandissent
le temps s'allonge
en venant
les déplacements deviennent plus lents
deux heures de fusée ferroviaire
puis une ralentie
trois heures d'autocar
sinuant de gare en gare
il remplace le TER annulé
pour cause de travaux
quatre-vingt minutes de bus là où
jamais train ne fut bâti
fresque au village d'Espinasses
une heure de taxi
dans les gorges fortifiées
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Programme (II)

jeudi 20 mars 2014 § Commentaires fermés sur Programme (II) § permalink

sur des limites invisibles poser nos pieds de feu follets
du si peu d'un geste humain écrire une charte de droits
malgré la glu des arantèles dénouer nos entraves cachées
aux miettes des transactions préférer les repas du don
de nos rêves désenchantés faire des promesses à tenir
les cercles de nos multitudes réunir en sphère armillaire
dans la chaîne de nos étreintes forger l'insurrection des coeurs
les lots épars des destinées rassembler en trésor commun
heures rares de nos esprits vous gaspiller en joie sauvage
aux bornes ineptes des comptes opposer le geste du faire
oeil panoptique bienveillant t'aveugler de mille myriades
ces pensées de nos devanciers les lire comme un texte neuf
aux mains de tous ceux à venir faire offrande sans condition

Programme (I)

samedi 21 décembre 2013 § Commentaires fermés sur Programme (I) § permalink

le regard qui ne veut plus voir capter un instant ce qu'il a vu
la beauté passante entr'aperçue en aiguiser nos sens nos mots
avec la honte de l'assentiment réchauffer l'hiver de nos actes
du lambeau de phrase fugace écrire la suite en poème épique
de la justice piétinée faire une charte sensible
ce qui est raréfié le multiplier en artifices
dans la mémoire inconsciente mobiliser une armée de morts
de l'amitié immesurée réparer les oublis
des mondes contingents scruter le hasard
les seins de nos aimées couvrir d'un lacis de baisers
au fil des récits nouveaux décomposer les dogmes toxiques
l'irreproductible de chacun l'entrelacer de devenirs
ce qui tremble en nous en faire notre risque commun

Traces

mercredi 18 décembre 2013 § Commentaires fermés sur Traces § permalink

les traces de l'hermine s'estompent sur la neige
les lignes blanches aériennes fondent dans le ciel
des pas mouillés s'évaporent sur le sol
les herbes oublient le passage du jeune chevreuil
la pluie se dissipe sur le trottoir fumant
nos ongles griffent nos paumes de douleur
au coeur de la ville odeur de sang et de misère
un regard longtemps boit au fond de l'oeil
le souvenir d'une main marque à jamais la peau
le timbre d'une voix sculpte nos pensées
l'empreinte du vent courbe encore le buis
la limace abandonne sa matière au chemin
seuls des récit fugitifs peuvent les arpenter

Vertiges et assoupissements

jeudi 9 mai 2013 § Commentaires fermés sur Vertiges et assoupissements § permalink

cristaux déplacés dans canaux semi-circulaires
disposés en plans orthogonaux par la magicienne évolution
paroxisent vertiges bien qu'ils soient dits bénins
mais la lente dégradation du tissu social
ne fait qu'assoupir ceux qui encore pourraient agir
devinez ce qu'engendre ce sommeil

Sept mois

dimanche 7 avril 2013 § 1 commentaire § permalink

Yeux grands ouverts en forme de point d'interrogation
me tiennent un discours silencieux :
Qui es-tu donc pour t'intéresser à moi ?
Est-ce que je te dois quelque chose ?
Sauras-tu me donner un petit fil de plus
pour chemin trouver dans ce monde étrange ?

Motto du jour

mercredi 3 avril 2013 § 1 commentaire § permalink

quand la vérité surgit
on voit venir toujours
de prétendus disciples
craignant la prochaine

Ecriture cursive

vendredi 29 mars 2013 § Commentaires fermés sur Ecriture cursive § permalink

pas une tempête | pas une bourrasque | pas même un soufle
juste une empreinte
retourné comme un gant | le dedans dehors | un stylet dans sa chair
écriture cursive
dans un alphabet inconnu | une description précise | du ce qui pas
de ce qui tout de même
remis à l’endroit | cicatrice intérieure | une plaie invisible
qu’il caressait de sa main

Neige urbaine

mardi 12 mars 2013 § Commentaires fermés sur Neige urbaine § permalink

neige à Bruxelles

emprisonnée dans les courants | la neige ne tombait pas | elle envahissait l’air | l’habitait entre les tours | de ses mouvements browniens | sourde vengeance d’une captive | contre ses geôliers | elle nous asphyxiait doucement | nous privait du dehors | la ville se noyait | sans un regard pour ses insectes | constructeurs négligents

Où suis-je ?

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